Fraternité Matin (Abidjan)
Louis Amédé Speet
1 Août 2005
analyse
Abidjan — À l'indépendance en 1960, la Côte d'Ivoire n'avait aucune base industrielle. Quarante cinq ans après, le pays peut légitimement se prévaloir d'un tissu industriel des plus dynamiques de la sous-région
La Côte d'Ivoire, un laboratoire d'expérimentation
Les années 1980 et 1981 marquent un tournant décisif de la politique économique ivoirienne. Pour la première fois de son histoire, la Côte d'Ivoire est candidate aux crédits d'ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI).
Le pays présente un cas inhabituel en matière d'Ajustement Structurel (PAS). Peu de pays ont expérimenté autant de réformes en une aussi longue période. De 1980 à 2000, ce pays affiche à son compteur, 22 prêts d'ajustement de la Banque mondiale, 9 programmes conclu avec le FMI, nombre de financements bilatéraux d'opérations de réformes auxquelles aucun secteur de l'économie ne semble avoir échappé. Entre 1994 et 1997, la Côte d'Ivoire a bénéficié de la part de la Banque mondiale de plus du 1/3 de l'ensemble des crédits d'ajustement accordés par cette institution en Afrique au Sud du Sahara.
Les réformes financées par l'ensemble de ces concours ont-elles favorisé la croissance et le développement du secteur privé ? I. Première génération de PAS : 1981 - 1986
En 1980, la conjoncture économique en Côte d'Ivoire n'étaient pas à l'avenant. Elle se caractérisait en Côte d'Ivoire par une augmentation continue de l'endettement du pays, une chute des prix de ses principaux produits agricoles d'exportation et pour la toute première fois, le compte d'opération de la Côte d'Ivoire auprès du Trésor français est déficitaire. Face à cette situation, l'Etat a recours aux institutions de Bretton Woods.
Un premier accord est donc signé avec le FMI en 1981. Cet accord qui s'inscrit dans le cadre du mécanisme élargi de crédit porte sur un programme d'ajustement et de stabilisation de trois ans (1981-1983). Il est suivi neuf mois plus tard, par l'approbation du premier Prêt d'ajustement structurel (PAS) de la Banque mondiale.
Un second prêt est paraphé en juillet 1983 avec la Banque, tandis qu'avec le FMI sont conclus deux accords de compensation en 1984 et 1985. Ils seront suivis d'un accord de confirmation en 1986. L'objectif principal de ces programmes est de réduire le train de vie de l'Etat et rétablir les grands équilibres macroéconomiques.
A cet effet, des efforts de gestion sont faits dans le secteur public. Les entreprises publiques sont soumises à une vaste réforme (dans le cadre duquel, une dizaine d'entre elles seront dissoutes et une autre subira des changements de statuts). Le secteur privé est diversement touché par cette cure d'assainissement. Les entreprises ayant pour principal client l'Etat de Côte d'Ivoire et dont le marché est essentiellement local, sont les plus affectées. Le secteur industriel qui avait connu une hausse de 10% en 1981 accuse une baisse de 24,1% en 1984. L'industrie pâtit de l'accumulation par le Gouvernement des arriérés intérieurs et de la perte de compétitivité de l'économie ivoirienne.
I.1 Les réformes pour promouvoir le secteur privé
En vue de restaurer la compétitivité internationale de l'économie ivoirienne et d'en asseoir les fondations dans une optique d'expansion et de diversification des exportations, le Gouvernement a engagé à partir de 1984, dans le cas des programmes conclus avec la Banque et le Fonds, des réformes. Un schéma de subvention à l'export et une révision des tarifs douaniers étaient les principales composantes de ces réformes sectorielles.
En 1984, le code des investissements et les tarifs douaniers seront réformés. L'objectif de l'exercice est de réduire le niveau des protections industrielles et de promouvoir les exportations de produits transformés par l'industrie ivoirienne. Cela va se traduire par :
- l'entrée en application d'un nouveau code d'investissement dont les innovations portent la suppression de l'exonération de droits sur les importations de matières premières, l'allongement des exonérations d'impôts (onze ans dégressif au lieu de cinq), l'instauration d'une aide à la valeur ajoutée et la prise en compte des PME,
-l'entrée en vigueur de nouveaux tarifs douanier et le remplacement des contingentements par un système dégressif de surtaxes,
-la mise en place d'une prime à l'exportation pour donner aux entreprises exportatrices une protection effective d'environ 40%,
-la modification du code général des impôts pour l'amortissement accéléré. I.2 Résultats des nouvelles mesures
Il était attendu de la mise en oeuvre de ces nouvelles mesures dans le cadre de la politique industrielle de la Côte d'Ivoire, qu'elle s'accompagne d'une croissance plus rapide du secteur industriel, appuyée en partie sur les exportations. Les recettes fiscales devant tirer profit de la croissance du secteur industriel.
Concrètement, ces mesures se sont soldées par des résultats mitigés. Les effets seront négatifs sur les entreprises opérant dans des secteurs tels que le montage de véhicules. Qui, étaient hyper protégés, alors que leur efficacité économique était sujette à caution. Il n'en sera pas de même dans le secteur agroalimentaire. Les multinationales opérant tireront profit du nouveau cadre des affaires pour renforcer leur présence en Côte d'Ivoire. A l'ombre de ces nouvelles dispositions va émerger une nouvelle génération d'entrepreneurs ivoiriens. Ces derniers se trouveront dans les domaines de la distribution, de l'installation, de la maintenance, des services aux entreprises ou des services liés à l'import-export.
L'orientation nouvelle de la politique économique ivoirienne en faveur des exportations et du rétrécissement des champs d'intervention de l'Etat au travers de son désengagement progressif du secteur productif après 1984, va donc induire un renforcement du secteur privé. En même temps que celui-ci enregistre des cas de dissolution de sociétés (d'Etat et privées), il note de nombreux cas de création et/ou de renforcement d'entreprises. II. Deuxième génération de PAS : 1987 - 1993
L'embellie induit par la première génération de PAS en 1985 - 1986 sera de très courte durée. L'économie ivoirienne, vulnérable aux chocs extérieurs, ne résistera pas à la chute brutale, du dollar américain par rapport au Franc français (FF). Cette situation va obérer gravement la compétitivité de l'économie qui mécaniquement se retrouve avec un franc CFA surévalué. Conséquences les recettes d'exportation de la Côte d'Ivoire dont la vente du café et du cacao constituait la principale source s'en trouveront sérieusement affectées. L'état va décider unilatéralement en mai 1987, de suspendre tous paiements de sa dette publique extérieure.
Le pays, victime de la détérioration des termes de l'échange, se trouve dans la même situation que le Ghana, le Nigeria, l'Indonésie et la Malaisie. Ces pays réagiront vigoureusement à cette situation par une dévaluation de leur monnaie. Cette mesure qui constituait la solution la plus adaptée à la situation était difficile à appliquer par la Côte d'Ivoire. Et pour cause, Elle a le franc CFA en commun avec quatorze autres pays. Il eut fallu convaincre ces pays dont la France de modifier la parité entre le franc CFA et le FF auquel il est lié par une parité fixe.
A défaut d'une dévaluation, la Côte d'Ivoire, pour faire face à la perte de compétitivité de son économie, a recouru à un ajustement interne dont l'impact sur son économie ne pouvait être aussi bénéfique et dynamique que la révision de la parité du FCFA. Pour compenser la diminution de la base fiscale, le gouvernement a dû relever les taux de taxation. Une mesure qui a fini par entraîner l'expansion du secteur informel. II.1 Mesures pour promouvoir le secteur privé
Ces efforts bénéficient d'un soutien des institutions de Bretton Woods au travers du troisième prêt d'ajustement structurel qui vise à intensifier les réformes. Le Gouvernement se rétractera et entravera la mise en oeuvre des mesures auxquelles il s'était engagé. Cette attitude conduira la Banque mondiale à suspendre tout concours à la Côte d'Ivoire durant deux années (1987 - 1989).
L'Etat prendra cependant différentes mesures visant à juguler cette situation. Celles plus en rapport avec le secteur privé sont :
-augmentation générale des tarifs
-nouvelle vague d'exonérations pour les firmes industrielles
-renforcement des barrières non tarifaires via le contrôle des importations
-nouvelle vague de libéralisation du commerce II.2 Résultat des mesures mises en oeuvre
La crise qui frappait de plein fouet l'économie ivoirienne était aggravée par l'ampleur et la durée de la chute des prix du café et du cacao. Le piège de l'endettement dans lequel le pays était tombé, conjugué au prolongement de la conjoncture internationale défavorable, rendait quasi-évanescents les efforts entrepris dans le cadre de la politique d'ajustement interne. Cette politique tendait à accentuer le déclin du secteur moderne (au profit du secteur informel) sans pour autant rétablir la compétitivité internationale de la Côte d'Ivoire.
Le secteur privé a été fortement impacté par la récession au cours de cette période. La part de l'investissement privé dans le PIB est passée de 11,3% de 1985 - 1986 à 7,1% sur la période 1987 - 1991. La croissance économique passant respectivement de 2% à -1,6%. Sur cette même échelle de temps où l'Etat subissait une cure d'amaigrissement qui lui interdisait d'entreprendre de grands projets, la part de l'investissement domestique dans le PIB tombait de 17,9% à 11,5%. III. L'ère post-dévaluation :
1994 - 1997 L'ajustement interne ayant échoué dans le rétablissement de la compétitivité économique de la Côte d'Ivoire, la dévaluation du franc CFA était devenu un impératif. Le 12 janvier 1994, les autorités de la zone franc décideront de la modification de la parité du franc CFA avec le franc français (FF). Une décision dont la Côte d'Ivoire tirera le plus grand profit.
La Côte d'Ivoire qui a renoué avec la Banque mondiale et le Fonds travaille à appliquer les mesures contenues dans le programme conclu avec ces institutions financières internationales. L'économie ivoirienne à nouveau compétitive retrouve le chemin de la reprise. Le pays affiche de 1995 à 1997 un taux de croissance qui oscille autour de 6%. L'Etat se désengage du secteur productif au travers d'un programme ambitieux de privatisation. Une cinquantaine d'entreprises sortiront du portefeuille de l'Etat pour passer sous le contrôle d'opérateurs privés. Plus que jamais, le secteur privé semble être le véritable moteur de la croissance économique. III.1 Les réformes en faveur du secteur privé
Le programme triennal 1994 - 1997 conclu avec la Banque mondiale et le FMI insiste sur la nécessité pour l'Etat de réduire son train de vie et de circonscrire ses interventions à son rôle régalien, laissant au secteur privé le secteur productif. Le Gouvernement a adopté un certain nombre de réformes à cet effet. Celles-ci sont :
-la libéralisation de l'économie au travers d'un programme de privatisation
-simplification des procédures d'investissement
-élimination des restrictions quantitatives sur de nombreux produits
-la libéralisation des prix d'un grand nombre de produits
-la libéralisation partielle du marché du travail
-la libéralisation du transport maritime III.2 Résultats des mesures mises en oeuvre
La Côte d'Ivoire renoue avec une période de croissance économique. De 1994 à 1997, le pays est à nouveau considéré comme l'une des meilleures économies émergentes de l'Afrique. Le nouvel essor économique de la Côte d'Ivoire coïncide avec l'émergence d'un secteur privé dynamique et diversifié.
La composante formelle et informelle de ce secteur privé contribue pour environ 2/3 à la formation du PIB et davantage en ce qui concerne l'emploi. Au plan sectoriel, les contributions au PIB indiquent une poursuite de la modernisation de l'économie ivoirienne, dans laquelle le poids de l'agriculture diminue régulièrement au profit des secteurs secondaire et tertiaire.
Le secteur primaire ne représente plus que 28% du PIB contre plus du 1/3 en 1994. La part de l'industrie et du secteur tertiaire dans la richesse nationale en progression régulière s'établit respectivement à 23,5% et 40% (cf. tableau 1). La structure de l'économie connaît une modification marquée par un renforcement du tissu industriel et un développement du secteur privé.
L'industrialisation de l'économie ivoirienne est soutenue par un taux d'investissement croissant. Celui-ci a plus que doublé. En 1998, il atteignait 16,6% contre 7,8% cinq ans plus tôt (cf. tableau 2). L'investissement privé représente près de 70% des investissements globaux en 1997 contre 53% en 1993 et le nombre d'entreprises créées en 1996 est de 1272 contre seulement 292 en 1993 (Duncan 1998).
L'importance croissante du secteur privé dans l'économie ivoirienne tend à se renforcer. Et la mise en oeuvre du Programme cadre pour le développement du secteur privé élaboré en 2001 avec pour objectif principal d'accroître la participation du secteur privé à l'activité nationale (en terme d'investissement et de diversification de sa participation dans les structures de production) renforce cette perspective.
Stratégie économique de 1960 à 1980
A l'indépendance en 1960, la Côte d'Ivoire n'avait aucune base industrielle. Quand bien même en 1959 déjà, le Gouvernement de Côte d'Ivoire dirigé par le Premier ministre, Félix Houphouet- Boigny avait mis en place un code des investissements (loi 59-134 du 3 septembre 1959) avec un système généreux d'incitation en vue d'attirer, sur une base sélective, les capitaux étrangers. Ce dispositif qui prévoyait une exemption de taxes à l'exportation et à l'importation de matières premières rentrant dans la fabrication de produits finis destinés à l'exportation, et des facilités au plan fiscal n'a pu permettre l'essor du secteur industriel qui en était attendu. Tant il est vrai que le pouvoir colonial avait négligé l'intérêt du secteur privé. Le système d'incitation qu'il avait mis en place après 1956 favorisait l'importation bon marché de produits alimentaires destinés à la population européenne et décourageait la transformation locale des produits par une forte taxation des matières premières, des intrants semi-finis et des équipements.
Continuant sur la lancée de 1959, la Côte d'Ivoire libérée du joug colonial a mis en oeuvre sa stratégie orientée vers l'exportation. Le pays a adopté une politique économique relativement libérale, encourageant l'investissement étranger direct. Le Gouvernement a beaucoup investi dans l'éducation et les infrastructures socio-économiques. L'industrialisation était une préoccupation majeure et le secteur industriel passait pour le relais de l'agriculture comme moteur de la croissance économique. En dépit de la prépondérance de l'Etat dans le secteur productif, l'encouragement à la libre entreprise était réel. I. Le tissu industriel
La politique d'industrialisation d'inspiration libérale et axée sur l'appel aux capitaux privés et la création d'entreprises fabriquant des biens de substitution aux importations lancé par le Gouvernement s'est accompagnée d'une réponse enthousiaste des opérateurs économiques étrangers, surtout français. Les investissements privés qui atteignaient déjà 162,8 milliards de francs CFA en 1965 contre 73,3 milliards de francs CFA d'investissements s'élèvent au rythme de 6,3% par an en valeur réelle jusqu'en 1970.
Certes, les investissements publics croissent encore plus vite (10,2% l'an de 1965 à 1970) mais ils sont à majorité dirigé vers de grandes opérations de diversification agricole pour approvisionner les industries existantes. La forte croissance industrielle, plus de 14,4% en moyenne par an entre 1965 et 1970, est liée au dynamisme des capitaux privés. Les secteurs industriels de l'agroalimentaire, du textile, de la chimie et du pétrole ainsi que des services enregistrent au cours de cet " âge d'or " la création de nombreuses entreprises.
Conscient des limites de sa politique d'import - substitution ", le gouvernement va enrichir sa politique d'industrialisation, d'une dimension nouvelle : la valorisation des matières premières et l'exportation des produits transformés localement. Cette orientation expressément exprimée dans le plan quinquennal 1971 - 1975 s'accompagne d'une tentative d'ivoirisation du capital par la prise de participation dans les filiales ivoiriennes des groupes étrangers et la création d'entreprises d'Etat. Cette seconde phase de l'industrialisation si elle se caractérise par le maintien à un bon niveau de la croissance industrielle (plus de 7% par an), ne se fait cependant pas moins au prix d'un endettement dans le secteur parapublic. II. Structure de l'économie
Entre 1960 et 1980, la structure de l'économie ivoirienne a fortement changé. En 1975, la part du secteur primaire dans cette économie a baissé, passant de 57,2% en 1965 aux alentours de 37%. Celle du secteur secondaire par contre est passée de 12,4% en 1965 à 16%. Sur la même période, la part du secteur tertiaire faisait un bond de 30,4% à 46,6% du PIB.
Cette tendance se constate également concernant les exportations de biens et services. Si en 1965 les recettes d'exportations du pays proviennent pour 75% des ventes de produits agricoles, 20% de celles des produits manufacturés et pour 5% des prestations de service, dix ans plus tard les proportions s'établissent respectivement à 55%, 35% et 10%.
La formidable croissance économique (plus de 7% en moyenne par an) en dépit de la contribution sans cesse en hausse du secteur industriel continue d'être tirée, au niveau des exportations, par le secteur agricole, notamment le binôme café-cacao et au niveau des investissements par le secteur public qui s'endette de plus en plus. III. La base de la croissance économique
En dépit de la bonne progression du secteur privé, ce qu'il a été convenu d'appeler "le miracle ivoirien" avait pour principale source le secteur agricole. Dès le début des années 1970 le secteur industriel a commencé à s'essouffler du fait de certaines faiblesses structurelles. Primo, la sophistication progressive de la demande intérieure et la limitation du processus d'import-substitution aux seuls biens de consommation ont entraîné une croissance soutenue des importations. Secundo, la faible transformation des principaux produits d'exportation, le café et le cacao, a ralenti considérablement la diversification nécessaire pour prémunir l'économie ivoirienne contre des chocs extérieurs sur ces deux spéculations. Tertio, l'incapacité de l'industrie locale à satisfaire la demande de biens nouveaux et le niveau très élevé d'une grande partie des productions locales.
Le slogan " le succès de ce pays (la Côte d'Ivoire) repose sur l'Agriculture " traduisait parfaitement la réalité. Il est corroboré par l'explosion en apothéose du miracle ivoirien en 1975 - 1977 sous le coup du triplement du cours mondial du cacao et de la multiplication par 3,6 de celui du café. Avec une production estimée à 300.000 tonnes pour chacune de ces spéculations, la Côte d'Ivoire s'en tirait avec le jackpot. Elle laisse libre cours à l'euphorie des grands travaux. Le Gouvernement s'engage dans un endettement croissant. En 1980, le pays se présente avec un tableau de bord qui affiche un déficit du secteur public de 11,9% du PIB contre 2,2% en 1975, des emprunts extérieurs nets publics atteignant 7,9% du PIB contre 2,8% cinq ans plus tôt, l'encours de la dette à moyen et long terme est passé de 24,2% du PIB à 42,2% de 1975 à 1980. La facture est lourde et la communauté internationale est convaincue que la solution passe par une bonne cure d'amaigrissement.
Les réformes ont eu un effet bénéfique sur le secteur privé
De 1981 à 1999 les PAS auxquels l'économie ivoirienne a été soumise ont accordé une place importante à l'amélioration de l'environnement des affaires, donc à la création des conditions d'émergence en Côte d'Ivoire d'un secteur privé dynamique qui puisse être la locomotive de la croissance.
Après vingt années d'ajustement structurel, la Côte d'Ivoire se présente au plan économique avec un tissu industriel qui est sans doute le plus étoffé de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). Et faisant partie des plus développés de l'Afrique au Sud du Sahara.
La tendance est à la concentration de l'Etat sur son rôle de régulateur laissant l'initiative de l'investissement au secteur privé considéré comme le moteur de la croissance. Cette approche s'est consolidée au file des PAS au travers de diverses reformes :
-la reforme de l'environnement légal et réglementaire
-la réduction des coûts opérationnels
-le programme de privatisation
-le renforcement de la lutte contre la corruption et la fraude
-le renforcement du dispositif de promotion de l'investissement. I. Impact des PAS sur le cadre réglementaire, juridique et judiciaire
La justice est un critère essentiel d'investissement. Les investisseurs privés ayant besoin d'être rassurés quant au sort de leurs investissements. La préoccupation d'assainissement de l'environnement réglementaire, juridique et judiciaire des institutions financières de Bretton Woods s'est traduite au travers des PAS par :
-la libéralisation de la concurrence interne et la mise en place de nombreux mécanismes de régulation en matière d'attitude concurrentielle,
-la création d'une cour d'arbitrage,
-le renforcement des contrôles transfrontaliers,
-le renforcement de la lutte contre l'insécurité,
-simplification et accélération des procédures judiciaires,
-adoption d'un code du commerce
-révision du droit des sociétés II. La compétitivité face au marché
Avant la dévaluation du franc CFA par rapport au FF, les coûts des facteurs et des services en Côte d'Ivoire étaient nettement supérieurs à ceux des pays concurrents. Les réformes entreprises par le Gouvernement dans l'optique de réduire les coûts d'opération et d'améliorer la qualité des services s'est traduite par :
-la réduction de la fiscalité,
-l'élimination de certains monopoles freinant la concurrence,
-la libéralisation du transport maritime et la rationalisation des procédures portuaires.
Ces mesures combinées à la dévaluation ont contribué à améliorer quelque peu la compétitivité de l'économie ivoirienne. Un atout au renforcement duquel l'Etat n'a de cesse d'oeuvrer. Qui de 2001 à 2005, a pris, à travers les annexes fiscales aux lois de finances, une kyrielle de mesures et reformes propres à assurer à la fois la couverture des dépenses budgétaires et le soutien à l'activité économique nationale. III. Les défis du secteur privé ivoirien
Les différentes réformes mises en oeuvre dans le cadre des PAS ont permis de doter la Côte d'Ivoire d'un environnement économique des entreprises favorisant le développement du secteur privé et l'accroissement de son rôle d'investisseur et de principal moteur de la croissance. Cette situation s'accompagne de défis pour le secteur privé. De plusieurs ordres, ces défis se déclinent en : être compétitif, maîtriser les marchés naturels de l'UEMOA et de la CEDEAO, maîtriser les règles du commerce international pour conquérir de nouveaux marchés et atteindre des objectifs d'exportation plus ambitieux et développer les activités de transformation. Y faire face est possible. Mais à certaines conditions.
Le prix de la gagne
Gagner le pari de sa densification du tissu industriel et du positionnement du secteur privé comme l'acteur incontournable de la croissance économique de la Côte d'Ivoire, a un prix. Certes, moteur de la croissance, le secteur privé l'est en Côte d'Ivoire aujourd'hui plus que par le passé. Il tend même à y devenir un facteur de lutte contre la pauvreté avec la cohabitation du secteur formel avec un secteur informel qui ne cesse de s'étendre et qui est tout aussi dynamique et diversifié. Mais des efforts restent à faire pour lui permettre de mieux tenir sa place dans l'édification de la nation économiquement prospère et socialement accomplie que la Côte d'Ivoire aspire légitimement à être.
La recette est notoirement connue. Dans le cadre de sa stratégie de développement du secteur privé, l'Etat doit oeuvrer à consolider dans le sens d'une plus grande sécurisation l'environnement général des affaires et à l'avènement d'un climat de l'investissement qui soit favorable à la croissance. En outre son rôle d'arbitre mérite d'être conforté au travers de la promotion de la transparence, la prévisibilité des politiques et l'amélioration de la sécurité des droits de propriété. Dans la logique de la politique de décentralisation du Gouvernement, il conviendrait de créer dans les régions des zones industrielles spécialisées et/ou franches, grâce à une politique d'incitation fiscale. La tendance générale étant à la concentration des grandes entreprises sur leur coeur de métier, il faudra créer les conditions de renforcement de l'émergence d'un tissu dynamique de sous-traitants (PMI/PME) performants et efficaces. Et cela passe par la création de conditions d'accès facile des entreprises à des crédits pour financer le développement de leurs activités et la diversification de leurs produits.
Vous avez dit mesures génériques ? Il faut les mettre en oeuvre résolument et avec beaucoup d'hardiesse. Ce n'est pas cher payé pour développer un pays.
Un autre moyen de pérenniser le pacte colonial
Le développement industriel est l'une des conditions essentielles de l'essor de l'Afrique et des pays qui la composent. Pour Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS, il n'y a pas d'autres solutions à la réduction comme peau de chagrin de la part de cette partie de la planète dans le commerce mondial. " Le vrai problème réside dans l'échec de l'industrialisation du sous-continent. Le vieux modèle colonial de l'économie rentière s'est affaissé dès les années 60. L'ajustement structurel de type néolibéral, inspiré par le FMI et la Banque mondiale à partir des années 80, s'est soldé par un désastre parce qu'il a été conçu de façon outrancièrement idéologique et que les prétendues réformes de libéralisation ont été instrumentalisées par les élites au pouvoir " de son point de vue.
Ce verdict a beau paraître sévère, il traduit une réalité que la densification du tissu industriel dans quelques pays du continent ne saurait valablement édulcorer. Déjà en 1996, Razali Ismail, alors président de la 51eme Assemblée générale de l'ONU, déplorait que " le principe d'un partenariat international à l'appui du développement industriel de l'Afrique énoncé dans diverses déclarations de politique générale, ne soit guère suivi de manifestations tangibles et efficaces des engagements pris. " En effet, les besoins économiques et financiers ainsi que les aspirations de développement du continent n'ont jamais reçu de la part de la communauté internationale une attention politique conséquente ni un haut niveau de priorité sur le plan financier. Et pourtant, la Côte d'Ivoire comme la majorité des pays du continent, a entrepris sous la férule du couple Banque mondiale - Fonds monétaire international (FMI), des programmes, tant difficiles qu'impopulaires, d'ajustement structurel (P.A.S).
Tous ont suivi leurs prescriptions péremptoires de " faire du secteur privé le principal moteur de la croissance, juguler l'inflation et assurer la stabilité des prix, se rapprocher au plus près de l'équilibre budgétaire, éliminer ou abaisser les barrières douanières, supprimer toute restriction à l'investissement étranger, se débarrasser de toute notion de quotas et de monopoles, accroître les exportations et privatiser les entreprises d'Etat " En réalité pour pas grand'chose. Le développement économique et social - tiré par l'afflux des investissements étrangers et l'accroissement et la diversification de leurs exportations - qui leur était prédit, n'a jamais suivi. Au contraire, le continent continue d'attirer moins de 5% de l'IED tandis que les investissements en capital social sont toujours aussi rares qu'avant l'expérimentation des toutes sortes de déclinaison des programmes d'ajustement structurel (P.A.S).
La mise en oeuvre, sous différentes formes, des prescriptions des institutions de Bretton Woods a beau se solder, comme dans le cas de la Côte d'Ivoire, par un frémissement des exportations, elle n'a pas pu impulser la dynamique de croissance durable, l'intensification des échanges commerciaux, l'élévation du niveau de vie et le développement industriel "vendus" comme gains automatiques.
Razali Ismail affirme en conclusion que " l'un des principaux facteurs qui ont empêché le développement industriel des pays africains est la nature des conditions imposées aux termes des P.A.S : celles-ci ont forcé les pays à s'orienter vers l'exportation de produits primaires, dont les prix sont très bas et les ont empêchés de développer de nouveaux types d'industries ". A dix ans environ d'intervalle, lui et Jean-François Bayart aboutissent à la même déduction : la doctrine de la mondialisation de l'économie de marché tend plus à préserver le vieux pacte colonial plutôt qu'à favoriser le développement réel des pays africains.
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