R.T.
1 Août 2005
opinion
Plusieurs signes concourent à la concrétisation de la perspective de l'atteinte du point d'achèvement de l'Initiative Ppte en 2006. Il est désormais impératif de penser une politique de croissance.
Fait inhabituel. Ce jeudi 4 août 2005, le ministre de l'Economie et des finances, Polycarpe Abah Abah et la responsable du dossier du Cameroun au Fmi Mme Doris Ross donneront une conférence de presse conjointe à Yaoundé. Principale nouvelle attendue de cette communication, le Cameroun a réalisé de façon satisfaisante le programme de référence qui s'est achevé le 30 juin dernier. Le pays boucle en ce moment avec le Fmi les consultations sur le contenu de la nouvelle Facilité pour la réduction de la pauvreté et de la croissance qui va soutenir son programme économique et financier jusqu'au 30 juin 2008. Des nouvelles qui peuvent donner du baume au coeur. Mais qui ne sauraient installer le pays dans une naïve jubilation.
Si sur le plan budgétaire, les mesures d'assainissement entreprises depuis janvier 2005 commencent à produire des résultats, malgré les grincements de dents de certaines administrations où l'on affirme que " l'argent est devenu rare ", le plus important est assurément la maîtrise progressive de la dépense publique. 2005 est donc une année charnière dans le processus de réconciliation du Cameroun avec la communauté financière internationale. Il importe cependant de souligner que ce ne sont pas les satisfecits du Fmi et de la Banque mondiale qui apporteront les solutions aux problèmes de sous-développement auxquels le Cameroun est confronté. Le point d'achèvement n'est pas la fin des difficultés pour le Cameroun. Le point d'achèvement signifie que le pays a mis en oeuvre l'ensemble des réformes institutionnelles devant lui permettre, certes, de bénéficier d'un allégement substantiel de sa dette extérieure, mais aussi et surtout, les réformes pouvant lui assurer la mise en oeuvre d'une politique économique et financière productive de valeur ajoutée.
Le Cameroun a encore six mois pour accélérer le déploiement des réformes qui lui restent pour y parvenir. La matrice des conditions requises en vue de l'atteinte du point d'achèvement de l'Initiative Ppte comporte des mesures qui ne concernent pas le seul ministère de l'Economie et des finances. La révision du Document de stratégie de réduction de la pauvreté (Dsrp) sur la base de nouvelles projections de croissance est achevée. Le plan d'action " Energie et pauvreté " a été adopté ; le gouvernement est appelé à déposer dans le compte Ppte la totalité du montant de l'assistance intérimaire. (Le retard actuel est de 100 milliards) et payer tous les arriérés de ce compte. Cette conditionnalité paraît forte. Mais, pour le Fmi, il s'agit d'apprendre au Cameroun à honorer ses engagements à date, parce que le Fmi est la seule institution au monde qui n'accepte pas les arriérés.
Encore des épines sous les pieds
En ce qui concerne les réformes sectorielles, le guichet unique des opérations du commerce extérieur du Port autonome de Douala doit être interconnecté avec le système informatique de la douane. Le contrat de concession du terminal à conteneurs doit être mis en oeuvre. Le gouvernement doit transférer la gestion du Port autonome de Garoua à la commune urbaine de cette ville. S'agissant de la privatisation des services publics, le processus de privatisation de la Snec doit être relancé, assorti d'un calendrier validé par la Banque mondiale. Une banque d'affaires doit être recrutée pour suivre la privatisation de Camtel. En ce qui concerne la Cdc, la stratégie de désengagement de l'Etat de la filière banane reste attendue, pendant qu'une banque d'affaires devra s'occuper de la mise en vente des plantations d'hévéa et de palmier à huile de la même Cdc. Dans le secteur forestier, l'appel d'offres pour l'attribution des ventes de coupes et des unités forestières d'aménagement à attribuer en 2006 doit être lancé.
L'adoption par l'Assemblée nationale de la loi sur le Code de procédures pénales en juin dernier faisait partie des " déclencheurs " du point d'achèvement. Il reste maintenant à accélérer la formation du personnel judiciaire et parajudiciaire pour l'appropriation de ce code ainsi que l'adoption du schéma directeur d'informatisation de la justice. L'opérationnalisation de la Chambre des comptes constitue encore une épine sous les pieds des autorités camerounaises qui doivent par ailleurs sanctionner systématiquement toutes les violations à la réglementation sur les marchés publics. Dans le secteur de l'Education, le gouvernement doit achever d'ici le 30 juin 2006, la construction de 3 250 salles de classes, réorganiser l'enseignement primaire en trois sous-cycles. Le secteur santé qui opère un saut qualitatif indéniable depuis 2001 doit poursuivre de façon plus vigoureuse la lutte contre le paludisme en distribuant 300 000 moustiquaires imprégnées aux femmes enceintes en 2005 ainsi qu'aux enfants de moins de cinq ans. La priorité accordée par le gouvernement à la lutte contre le Vih/Sida devra s'intensifier avec la mise en service de 30 nouvelles unités de prise en charge à travers le pays et, surtout, l'impératif d'offrir gratuitement le traitement Arv à 1 000 personnes pauvres.
Préparer l'après-point d'achèvement
Pour plusieurs Camerounais, certains officiels y compris, l'avenir semble suspendu à l'atteinte du point d'achèvement. Et pourtant, il s'agit de s'appuyer sur le cadre macro-économique et institutionnel en construction pour donner plus de vigueur à la volonté des réformes et construire la base d'une croissance durable. Le Fmi a, jusque-là, travaillé à aider le Cameroun à sécuriser l'environnement de gestion de sa trésorerie. Il va poursuivre son rôle de surveillance au titre des consultations de l'article IV. Mais c'est au gouvernement d'élaborer un programme, une politique de développement capable de générer l'activité économique et des emplois. Parmi les leviers à explorer, l'on peut relever le secteur agricole dont l'activité a toujours soutenu la croissance du pays. L'environnement des affaires (attractivité du pays) est à améliorer. Ce corpus d'actions est bien connu des autorités. Ce qui importe est de s'assurer qu'un leadership de qualité accompagne ce retour à la confiance.
En attendant la publication cette semaine de l'audit sur la dette intérieure et les modalités d'apurement de cette dette, le Cameroun entame la dernière ligne droite de son avenir. Cet avenir dépasse largement l'horizon du point d'achèvement qui n'est que la reconnaissance par la communauté internationale, des efforts que le pays entreprend pour inscrire sa gouvernance dans un champ de réformes au service d'une politique économique plus audacieuse. Si l'urgence des urgences était jusque-là la réduction de la dette du pays, le principal défi à venir du gouvernement est de capitaliser ces réformes pour produire des richesses, afin de réduire la pauvreté.
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