Senior manager à Microsoft, l'écrivain camerounais Jacques Bonjawo, PCA de l'Université virtuelle africaine (UVA) vient de publier son deuxième essai « l'Afrique du XXIè siècle » chez Karthala Paris. Il nous parle, dans cette entrevue, des solutions innovantes pour une Afrique qui anticipe grâce aux technologies de l'Information et de la communication (TIC).
Jacques Bonjawo, vous êtes senior manager à Microsoft, ce géant de l'informatique mondialement respecté. Comment fait-on pour se retrouver à un poste aussi prestigieux que celui de collaborer avec Bill Gates ?
C'est en faisant des tests, des entretiens. Ce sont des procédures d'interview très longues. J'en ai passé une dizaine. Il faut avouer que Microsoft, c'est une équipe, une vision, un management. Il ne faut pas seulement y retenir l'aspect technique. Les qualités humaines comptent beaucoup dans ce groupe où vous côtoyez des gens d'horizons divers.
Tout petit, quel métier rêviez-vous d'exercer plus tard ?
Petit, j'avais à l'idée de devenir médecin. Mais en grandissant, je me suis rendu compte que je n'avais pas le coeur à ça. Je ne supporte pas le sang. J'ai aussi été tenté par la musique. Je dois vous dire que j'ai été le guitariste de l'orchestre scolaire du collège Vogt de Yaoundé (capitale du Cameroun, ndlr). Jeune, je consacrais le clair de mon temps à la musique. Je n'étais pas très intéressé par le système éducatif qui s'imposait à moi. Je ne sais pas si l'on peut dire que j'étais un rebelle
Justement à propos de « rébellion », vous commencez votre deuxième essai, par le refus du maïs américain, en 2002, par le président zambien alors que son pays était frappé par la famine, au risque de laisser son peuple mourir de faim. Est-ce ce type de volonté que vous souhaitez pour vos compatriotes africains ?
Il faut que les Africains fassent preuve d'un courage exceptionnel. Lorsqu'on a essayé plusieurs fois sans succès le même remède, il faut essayer quelque chose d'autre. Malheureusement en Afrique, nous n'avons pas cette approche. Nos politiques s'abreuvent du diktat des institutions internationales. Et personne ne s'offusque des mauvais résultats enregistrés.
Si la dette, les programmes d'ajustement structurel (imposés par le FMI et la Banque mondiale), le libéralisme aveugle et la concurrence déloyale infligée aux paysans du Sud font déchanter les Africains, qu'est ce qui fonde votre conviction à croire que les technologies de l'Informatique et de la communication pourront permettre de mieux traduire en acte la prospérité de nos entreprises ?
Ma conviction, je la puise en grande partie de mon expérience. Je pends l'exemple de l'Université virtuelle africaine (UVA), lancée à l'origine à partir de la Banque Mondiale. Lorsque j'ai été sollicité pour faire partie du projet, j'ai tout de suite compris qu'il fallait qu'il se démarque de cette institution s'il veut réussir. Pour la simple raison que la Banque Mondiale est un système. C'est une bureaucratie qui a son agenda caché. Une institution placée sous la coupe des grandes puissances. C'est l'une des raisons des grandes faillites de ses programmes. Parlant du libéralisme, même les Etats-Unis réajustent leur vision lorsque leurs intérêts sont en jeu.
Avec l'UVA, nous avons déjà formé plus de 25 000 étudiants pour le marché du travail. Au terme de la formation, nos étudiants sont directement opérationnels. Il ne s'agit pas, pour nous, de délivrer « des diplômes pour le diplôme ». Il s'agit d'atteindre les masses critiques. Nous apportons des solutions innovantes. L'exemple du téléphone portable qui est un outil de communication important. On peut l'utiliser pour former des gens à distance.
Dans votre livre, vous évoquez également la question de la biotechnologie. Peut-on en parler avec sérénité sans évoquer les OGM ? Avec la position que vous occupez peut-on être un altermondialiste ?
Pour commencer, je ne suis pas un altermondialiste. Ils ne proposent pas de solutions de rechange. Les altermondialistes ne font que dénoncer. Alors que je suis un homme d'action qui propose des solutions innovantes. A propos de biotechnologie, nous ne pouvons pas l'ignorer. La Chine, le Brésil et les Etats-Unis le font déjà. Elle permet d'accroître de façon substantielle les revenus agricoles. Je suis conscient des dangers. C'est pourquoi, je propose que nous fassions une étude préalable. Je me réjouis des études importantes faites à ce sujet, par l'Académie des sciences et techniques du Sénégal.
En définitive, c'est quoi « L'Afrique du XXI è siècle », Jacques Bonjawo ?
C'est l'Afrique qui anticipe, en raison des mutations technologiques, en raison de la biotechnologie. « L'Afrique du XXIè siècle » c'est celle qui pense que demain c'est aujourd'hui. « L'Afrique de nos volontés », c'est l'Afrique telle que nous souhaitons qu'elle soit. C'est Sartre qui disait : « L'homme est liberté ». Les pays africains doivent prendre conscience de leur existence et prendre leur destin en main. Je suis optimiste. Ce qui ne veut pas dire que je sous-estime nos défis.

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