Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Xavier Devictor: «Il y a de bonnes raisons d'accompagner le processus de réunification de la Rdc»

A.M.K. et F.K.

2 Août 2005


Kinshasa — Depuis l'endossement en avril 2003 à Sun City (Afrique du Sud) de l'Accord global et inclusif consacrant la réunification sociale et économique de la République démocratique du Congo (Rdc), la Banque mondiale a mis en oeuvre un dispositif pour accompagner le gouvernement de transition dans la réussite de ce processus.

Ce qui a justifié l'adoption en 2003, pour 214 millions Usd, du Projet d'urgence de soutien au processus de réunification économique et sociale (Puspres). Tout récemment, soit le 26 mai 2005, le conseil d'administration de la Banque mondiale a une fois encore décidé de son soutien pour la partie Ouest, Sud et Nord de la Rdc au Projet d'urgence pour l'amélioration des conditions de vie (Puacv) d'une enveloppe globale de 82 millions Usd. Le passage en revue de ces deux projets a été fait par M. Xavier Devictor, directeur adjoint des opérations de la Banque mondiale pour la région Afrique du Centre et des Grands Lacs, au cours d'un entretien exclusif accordé à notre rédaction.

Deux ans après l'adoption par la banque mondiale du Projet d'Urgence de soutien au processus de réunification économique et sociale (Puspres), quel commentaire faites-vous sur l'état d'avancement de ce projet?.

De manière générale, nous sommes assez satisfait de la manière dont les choses progressent même si ça et là nous avons enregistré de retard. Au fait, il y a cinq composantes. La première composante permettait au gouvernent de financer les importations qui étaient nécessaires à la réunification du pays. Cette composante était entièrement décaissée. Les factures d'importation qui sont nécessaires pour le contrôle financier de ce qui se fait ont été rassemblées, elles devraient être auditées le mois prochain. Rien ne nous laisse penser pour le moment qu'il y ait le moindre problème à ce sujet. Cette première composante était de 50 millions Usd. Il y a une deuxième composante de 15 millions Usd de renforcement institutionnel qui visait essentiellement à appuyer les institutions congolaises. Là dessus, nous avons énormément progressé. Ce que nous avons essayé de faire est de limiter tant faire se peut les marchés d'étude et de consultance extérieurs et nous focaliser sur la fourniture d'équipements, la petite réhabilitation et les sessions de formation tant des institutions elles-mêmes que de leurs agents. C'est quelque chose qui a bien fonctionné et ce que nous avons réussi à faire en sorte qu'en échange de ce qui était apporté par le projet produise des résultats.

Est-ce que vous avez pu étendre cette démarche dans d'autres composantes ciblées dans le Puspres?.

Nous l'avons fait pour chaque institution bénéficiaire, une espèce de petits contrats entre l'Ucop et l'institution en question avec comme obligation de l'Ucop de fournir un certain nombre de choses et les obligations de l'institution bénéficiaire en terme de résultats. Par exemple, la Dgi (Direction générale des impôts) est bénéficiaire de quelques véhicules, travaux de réhabilitation, ordinateurs et des moyens lui permettant de communiquer avec ses agences de l'intérieur du pays. Et en échange, si ces moyens lui sont fournis elle devra augmenter ses recettes fiscales dans les zones concernées de x pour cent. Nous avons préféré travailler de cette manière que de nous focaliser sur les vrais problèmes que rencontrent ces entreprises et essayer de limiter au maximum la consultance extérieure, en particulier internationale. Plus de 70% de l'argent ont été engagés sur le mode de ces conventions que je décrivais tout à l'heure.

Quel est l'état des lieux de l'exécution du Puspres?.

Pour le moment, il y a des activités qui se passent bien mais il y a quelques retards ici et là mais rien encore qui vaille la peine de s'inquiéter. La troisième composante est une composante routière évaluée à 90 millions Usd. Il s'agissait de rouvrir la route Rn4, entre Kisangani et Beni, et la route Rn2, entre Mbuji-Mayi et Bukavu. Sur la route Rn4, les entreprises sont à pied d'oeuvre. Il faut insister sur le rôle particulier qu'a joué l'Office des routes dans les études et dans la supervision parce qu'elle a pris le rôle de la mission internationale. Les choses ont connu du retard pour des raisons de difficulté d'obtenir de garantie bancaire pour des entreprises qui ont été sélectionnées et les difficultés de déploiement, notamment sur Kisangani qui est et qui reste difficile d'accès.

Pour le tronçon Bukavu-Mbuji Mayi, nous avons eu de cas similaires avec de retard qui sont d'un ordre un peu différent. Sur Bukavu, nous avons eu un problème d'attribution de contrat, c'est à dire que l'entreprise qui était la moins disante s'est révélée avoir menti sur le permis de pré-qualification. Ce qui fait que le contrat a dû être annulé et relancé. Aujourd'hui, l'entreprise chinoise Cnctpc a été sélectionnée. Tout porte à croire qu'ils vont se déployer rapidement d'autant plus qu'ils sont déjà en Afrique de l'Est et qu'ils ont par conséquent un certain nombre de matériels et d'équipements dans les pays voisins, en Tanzanie et ailleurs. Au départ de Mbuji-Mayi, on a eu une entreprise qui était sélectionnée et qui a eu d'énormes problèmes de déploiement.

Nous avons eu des discussions avec eux. Nous espérons que les choses vont s'accélérer dans les jours qui viennent. Je crois qu'ils ont affrété des avions pour transporter leur matériels, ce qui va permettre de régler un certain nombre de problèmes. Ainsi, c'est un peu onéreux pour cette compagnie mais que faire.

Sur la composante quatre qui concerne la réfection urbaine pour 30 millions Usd, nous avons commencé par les travaux mis en oeuvre par le Bceco à Kisangani ( école primaire de Kisangani I et II), 8 pavillons à l'hôpital général. Les choses se sont bien bien passées. Les bénéficiaires sont contents. Le médecin inspecteur général nous donnait les chiffres de taux de fréquentation de l'hôpital qui ont considérablement augmenté. A Kindu, il s'agissait de refaire une école. Là aussi les choses se sont bien passées. L'école est plus fréquentée qu'avant, évidemment dans un meilleur état. A Bukavu, c'était une conjonction de travaux hospitaliers, un petit pont, une école. Là encore les choses se sont bien passées pour autant qu'on puisse les voir, mais rien de plus grave. A Goma où nous intervenions sur un stade et sur le marché, il y a eu plusieurs difficultés, essentiellement dues au fait que c'est difficile de trouver de bureaux d'études pour des études techniques sur place dans chacune de ces villes. Donc, des petites insuffisances au niveau des études, en particulier au niveau du stade. Je crois que c'est une leçon à apprendre.

Maintenant, il faut rectifier le tire, ça va prendre un peu du temps. Mais cela fait partie des aléas de la gestion du projet. J'essaie d'être franc avec vous pour vous dire non seulement des choses qui ont très bien marché mais surtout celles ne l'ont pas été. Tout ne peut pas bien marcher. Après il y avait une deuxième tranche de travaux qui étaient des travaux plus ambitieux qui doivent être mis en oeuvre par un maître d'ouvrage. A cet effet, une partie de cadres de l'Ucop et un de mes collègues de la Banque mondiale vont se rendre à Goma où est basé le maître d'ouvrage en question pour essayer de voir comment les choses peuvent être relancées. C'est une composante qui nous pose énormément de soucis. La dernière composante vient en appui aux zones rurales isolées pour un million Usd. Cette composante est par nature extrêmement compliquée. Il s'agit de faire de micros-dons dans des petits villages qui du reste sont inaccessibles.

Est-ce que vous vous faites une échéance pour l'accélération de différents projets retenus dans le Puspres?.

Nous devons relever ce défi d'ici décembre. Là encore une entité, la Ctb, a été sélectionnée pour la composante. Elle a même présélectionné six Ong qui sont dans ces zones. Celle-ci, à leur tour, devront mettre en oeuvre ces micros-projets. C'est des choses qui vont lentement pour des raisons que j'ai évoquées. Toutefois nous avons essayé de prendre des choses par ordre de priorité et de facilité. Ce qui fait qu'il y a des composantes sur lesquelles nous avons moins poussé. La deuxième raison qui est fondamentale est la difficulté de transférer des fonds dans ces zones tant au niveau de fret que celui de sécurité. Donc, il a fallu quand même bien réfléchir pour voir comment les choses allaient se passer. C'est ce qui explique un peu le retard dans certaines composantes.

La Banque mondiale s'est souvent plainte de la faible capacité d'absorption des crédits accordés à la Rdc. Avez-vous changé d'opinion sur cette question au regard des contacts que vous venez d'avoir avec différentes agences gouvernementales?.

Je vais retourner le problème si vous le permettez. Je pense que dans tous les pays dans lesquels nous travaillons il y a des difficultés qui se posent pour préparer et mettre en oeuvre des projets. Notre métier, c'est de trouver des solutions à ces problèmes. Je pense que l'habitude qui consiste à s'asseoir à l'intérieur d'un café, à prendre une bière avec un ami en se disant qu'il n'y a pas de capacité ce n'est pas une bonne attitude. La raison pour laquelle nous sommes payés et bien payés c'est de trouver de solution à ce problème. Donc, constater le problème c'est bien mais nous sommes là pour le solutionner. Je suis convaincu, au point technique, qu'il y a de moyens d'avancer. Dans tous les pays il y a des gens sur lesquels on peut s'appuyer et des gens sur lesquels on ne peut pas. Ce que nous avons essayé de faire c'est de repérer des institutions avec lesquelles nous pouvions travailler et puis les épauler là où elles sont faibles, les aider à améliorer leurs performances. Je crois que globalement ça marche pas mal. Avec l'Office des routes, il y a un travail remarquable qui était fait. Avec nos collègues de l'Ucop et du Bceco, je crois que, les choses marchent bon an mal an. Il est maintenant question de répliquer le travail que nous avons fait avec la Regideso, l'Ovd, l'Office des routes et d'autres. Il ne faut pas voir le problème de la promotion de capacités comme des données mais vraiment comme des paramètres sur lesquels on peut influer.

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Le conseil d'administration de la Banque mondiale vient d'adopter le 26 mai 2005 un financement de 82 millions Usd en faveur du Programme d'urgence pour l'amélioration des conditions de vie (Puacv). Quels en sont les principaux mobiles et composantes?

Avec ce qui se passe nous avon,s tirer des leçons de l'expérience avec le programme Puspres. Nous essayons de voir dans quelle mesure les activités qui étaient financées par le Puspres pourraient être mises en oeuvre dans d'autres provinces qui n'ont pas bénéficié de Puspres. Il s'agit en fait d'une réplique à l'Est du pays de ce qui était fait à l'Ouest. Ce qui devrait nous permettre d'aller vite dans la préparation. L'objectif est double. C'est essentiellement de désenclaver des zones qui sont isolées et ensuite d'appuyer l'amélioration des conditions de vie dans les grands centres urbains du pays, de redonner un peu d'espoir dans les zones qui étaient longtemps délaissées. Les composantes sont au nombre de quatre: appui aux petites villes, appui aux villes moyennes, appui aux villes moyennes et les routes.

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