Thierry Ndong
2 Août 2005
Le gouverneur sortant de la province du Sud traîne des casseroles parmi lesquelles le trafic d'influence, la gestion approximative des deniers publics, le rôle ambigu dans des crises intestines opposant les élites de la province , etc.
Enow Abrams Egbe n'est plus le gouverneur de la province du Sud. Un décret présidentiel, signé samedi dernier, le dessaisit de ces importantes fonctions. L'ancien gouverneur occupera désormais le poste d'inspecteur général chargé de l'administration territoriale au ministère de l'Administration territoriale et de la décentralisation. Une promotion aux allures de limogeage. Le président de la République du Cameroun manie la carotte, mais surtout le bâton à l'égard de l'ancien patron de la province du Sud.
Le gouverneur sortant de la province du Sud paye en effet le prix de ses incartades et de ses nombreux manquements professionnels. Le rôle ambigu de Enow Abrams Egbe dans la crise actuelle au sein du conseil municipal de la Commune urbaine d'Ebolowa, est sans nul doute l'une des clés de compréhension du limogeage de l'ancien patron de la province du sud. Tel Ponce Pilate, Enow Abrams Egbe s'est lavé les mains dans la querelle opposant les conseillers municipaux de la ville, au sujet de l'adoption du budget de l'exercice 2005 de la commune urbaine d'Ebolowa.
L'ancien gouverneur du Sud, malgré le rôle d'arbitre que lui confèrent les textes, s'est toujours débiné. Mieux, il s'est illustré par des jeux d'ombre qui ont davantage compliqué la donne au sein du conseil municipal de la Commune urbaine d'Ebolowa. Bien qu'adopté le 24 avril dernier en présence des autorités administratives de la place, le budget de cette commune n'a jamais été rendu exécutoire. Et pour cause, le gouverneur a multiplié des blocages (visibles et invisibles). Extrait d'une correspondance datée du 24 juin dernier : " J'ai l'honneur, écrit le gouverneur au délégué du gouvernement auprès de la Commune urbaine d'Ebolowa, d'attirer votre attention sur le caractère illégal de tout engagement financier intervenu après le 31mars 2005, date marquant l'expiration du douzième provisoire accordé à votre commune par arrêté provincial n° 001/ Ap /L- Spc / Batef du 04 janvier 2005 du fait de l'inexistence du budget 2005 dont la validation est subordonnée à l'approbation des comptes administratifs et de gestion 2004 ".
Cette mise en demeure de Enow Abrams Egbe, relève-t-on à la Commune, avait un caractère partial et partisan. Puisque, affirment les tenants de cette thèse, le gouverneur avait bel et bien validé le budget d'une autre commune, en l'occurrence de la commune rurale d'Ebolowa, alors que cette dernière n'avait pas présenté ses comptes administratifs 2004. Le gouverneur limogé était d'autant plus sur la sellette de ses accusateurs qu'il refusait d'autoriser la tenue, sous l'égide du préfet territorialement compétent, d'un conseil municipal extraordinaire, avec pour seul point à l'ordre du jour l'adoption des comptes administratifs 2004 de la Commune urbaine d'Ebolowa. Les textes administratifs en vigueur lui donnent pourtant ce pouvoir. Même les conclusions d'une réunion politique - tenue voici plus d'une semaine à Ebolowa - suggérant que l'autorité administrative organise le conseil municipal d'adoption des comptes administratifs 2004 de la Commune sont restées lettres mortes au niveau des services du gouverneur.
Autres bévues
Enow Abrams Egbe aura auparavant traîné d'autres casseroles préjudiciables à son poste de gouverneur de la province du sud. La construction problématique d'une nouvelle tribune du 20 mai dans la capitale provinciale du sud fait encore des gorges chaudes à Ebolowa. Le gouverneur sortant est fortement soupçonné d'avoir détourné une bonne partie des 80 millions de Fcfa mobilisés (en dons et en espèces sonnantes et trébuchantes) pour la construction de cette infrastructure. " Il était à la fois l'ordonnateur et le gestionnaire des fonds et dons mobilisés pour la circonstance ", indique une source digne de foi. Enow Abrams Egbe quitte les commandes de la province, sans pour autant avoir fini son " projet ". Bien plus, il laisse des factures impayées. Que feront les fournisseurs victimes du gouverneur indélicat ?
D'autres incertitudes planent quant à la réalisation du centre linguistique bilingue d'Ebolowa, dont les travaux sont bloqués à l'élévation des murs. Les 80 millions de Fcfa décaissés pour la construction de ce bâtiment de trois pièces sont longtemps épuisés. Ici, comme ailleurs (électrification rurale dans la localité de Ma'an), les connexions mafieuses du gouverneur limogé sont indexées. Ses détracteurs l'accusent également de trafic d'influence. Familier du fait, il a réussi à obtenir (pour son compte personnel) à des coûts dérisoires des véhicules du garage administratif provincial. Dans la même lancée, il a " affecté " de longs mois durant, dans ses chantiers de construction à Douala, les cadres de la délégation provinciale du ministère des travaux publics.
Cerise sur le gâteau. Le gouverneur limogé s'était essayé - avec un succès relatif - à l'encouragement de l'incivisme fiscal. " Ne payez pas les taxes communales. On ne sait pas à quoi est utilisé cet argent ! ", avait-il lancé dans un marché populaire de la ville d'Ebolowa. Une façon peu cavalière de régler ses comptes. Autant de boutades et bien d'autres qui lui ont certainement coûté son premier poste de gouverneur. Secret de polichinelle. Les populations de la ville d'Ebolowa et de la province du sud ne regretteront pas le départ de leur gouverneur. Au contraire, ils lèvent leur verre depuis l'annonce de l'heureuse nouvelle.
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