Le Journal de l'Economie (Dakar)

Afrique: Coopération franco-africaine : les chambres consulaires à la croisée des chemins

Rédaction

1 Août 2005


Dakar — Dakar va abriter, au mois de novembre 2005, la 31ème assemblée générale de la Conférence permanente des chambres consulaires africaines et françaises (CPCCAF). La rencontre devrait consacrer un tournant dans la vie de ce réseau de coopération entre secteurs privés d'Afrique et de France, créée en 1974, et qui doit désormais tenir compte de l'évolution d'un monde marqué par la libéralisation des économies.

Béthune, ce 20 juin. La petite ville du nord de la France, située à quelques dizaines de kilomètres de Lille, voit débarquer, tout au long de la journée, des Africains en costume chic, attachés-cases à la main. Les habitants de la paisible agglomération s'interrogent : "Bizarre, aucune foire n'a été annoncée, de quoi s'agit-il alors". On pense à une manifestation commerciale à cause du poids économique de l'arrondissement béthunois qui le plus industriel du Nord-Pas-de-Calais, troisième région économique de la France, la première en termes d'investissements étrangers, avec 100 millions de consommateurs dans un rayon de 300 km.

L'"invasion" de la centaine de personnalités africaines préparait simplement, du 21 au 23 juin, la 35ème réunion du comité directeur de la Conférence permanente des chambres consulaires africaines et françaises (CPCCAF). Il est de tradition, en effet, que chaque année, l'une des 13 chambres de commerce et d'industrie ou chambres de métiers et d'artisanat de France membres de la Conférence accueille la rencontre de l'instance exécutive, à charge pour l'une des chambres sours africaines organise l'assemblée générale.

La rencontre de Béthune, qui intéresse près de 150 présidents et hauts responsables de chambres consulaires de France et d'Afrique, revêt une importance particulière, car elle doit arrêter, entre autres décisions, la stratégie de la CPCCAF pour la période 2006-2009, préparer le renouvellement du bureau lors de l'assemblée générale qui se tiendra à Dakar en novembre prochain et se prononcer sur la nouvelle dénomination de la Conférence permanente.

La délégation sénégalaise, forte d'une vingtaine de membres, aura été la plus importante en termes numériques. Conduite par M. Mamadou Lamine Niang, président de l'Union nationale des Chambres de commerce, d'industrie et d'agriculture du Sénégal (UNCCIAS), elle présent la particularité de compter chacune des chambres de commerce régionales comme membre de la CPCCAF, en plus de son organisation faîtière. De plus, Dakar va accueillir, du 14 au 16 novembre 2005, la prochaine assemblée générale avec, à la clé, l'élection du président de la Conférence permanente, poste que convoite le Sénégal.

En marge de la réunion du comité directeur, les délégués des chambres consulaires ont passé en revue les activités des cinq groupes de travail : "Agriculture", "Appui institutionnel et Bonne gouvernance économique", "Formation professionnelle et Emploi", "Appui aux entreprises et Développement des services industriels et commerciaux" et "Investissements et Infrastructures". Ils ont également fait le point de la coopération travers le "Forum des porteurs de projets", espace libre de rencontre entre les institutions consulaires membres de la CPCCAF.

La constitution de ces groupes de travail avait été décidée en fonction des cinq priorités de la Conférence permanente arrêtées lors de la mandature 2003-2006 : Bonne gouvernance économique, Appui institutionnel, Appui aux entreprises, Formation des opérateurs économiques et développement de l'Autonomie financière des chambres consulaires.

Pour la mandature 2006-2009, la CPCCAF devra, selon une opinion exprimée à l'unanimité des responsables des institutions consulaires, tenir compte de l'évolution du monde. Pour M. Oambi, le président de la CPCCAF et par ailleurs président de la Chambre de commerce, d'industrie, des métiers et d'agriculture de Brazzaville, la Conférence permanente est "la parfaite illustration de ce que peut être un mariage de cour et de raison : en prolongeant au plan des affaires et du business les relations historiques plus que centenaires entre la France et l'Afrique".

Mais M. Edmond Viviand, directeur des Actions et de la Coopération internationales de la Chambre de commerce de Paris, relativise quelque peu cependant cet enthousiasme. En effet, souligne ancien professeur de HEC Paris qui a suivi les premiers pas de la CPCCAF, "la Conférence permanente avait été créée en 1973, à une époque où l'aide au développement présentait encore un aspect assez généreux". Aujourd'hui, fait-il remarquer, les choses ont beaucoup changé, et "l'esprit qui souffle dans les relations internationales fait plutôt appel au mariage d'intérêts : c'est du win-win".

De plus, débordant de son périmètre premier limité aux seules chambres de commerce et d'industrie d'Afrique subsaharienne et de France, la Conférence a commencé à s'ouvrir, d'abord aux chambres des métiers, des services, d'agriculture ou d'artisanat, ensuite à des pays situés en dehors du champ classique de la coopération franc-africaine. C'est d'abord la Fédération belge des chambres de commerce et d'industrie qui a fait son entrée, suivie peu après par la Chambre consulaire de Rabat-Salé au Maroc. Adhèrent ensuite les Chambres de commerce de Sotavento et de Barlavento (Iles du Cap-Vert), la Chambre de commerce de Guinée Bissau, tandis qu'est annoncée l'arrivée prochaine d'institutions en provenance du Canada, du Québec et de Suisse ainsi que de Tunisie, d'Algérie et même de Libye.

L'arrivée de la Belgique a ouvert le champ de coopération avec les institutions européennes. C'est ainsi que depuis deux ans, la CPCCAF bénéficie de l'appui de ProInvest, le bras financier de l'Union européenne visant à stimuler le développement du secteur privé des pays ACP. L'adhésion des autres pays francophones ne manquera pas de faire profiter la CPCCAF de l'appui de la Francophonie. C'est ce qui justifie d'ailleurs, sous le même sigle CPCCAF, la nouvelle appellation de Conférence permanente des chambres consulaires africaines et francophones, dont le dernier terme est appelé à se substituer, en novembre prochain, à l'autre, "francophones".

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