Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: La dictature au Sénégal : causes et conséquences

3 Août 2005


opinion

Officiellement, le Sénégal donne l'impression d'une république démocratique comparée aux autres Etats africains. Mais une analyse exiguë des faits divulgue clairement le contraire. En effet, le régime en place est un pouvoir personnel dont le président Abdoulaye Wade a cultivé les tendances.

Un nombre d'actes à foison prouve clairement que le Sénégal s'est exclusivement engagé dans un processus d'autocratie wadiste. La dictature, par définition, est un concept autoritaire, établi et maintenu par la loi du plus fort, dans lequel un homme ou un groupe d'hommes détient le pouvoir absolu. Pour le cas du Sénégal, elle s'inscrit dans une tradition d'arbitraire qui consiste à épier toutes les occasions pour mater, accuser ou emprisonner. La présente contribution s'articulera autour de deux axes majeursqui sont les causes et les conséquences de la dictature sénégalaise et une conclusion en sera tirée.

La nouvelle constitution taillée sur mesure donne des pouvoirs monarchiques au chef de l'Etat, non seulement elle affaiblit les masses laborieuses mais tronque la séparation des pouvoirs avec une prédominance de l'exécutif sur le législatif et le judiciaire. Cette dérive monarchique encrasse les valeurs et symboles de la République. La souveraineté, qui est un héritage sacré et inviolable, s'avère transgressée par des décisions arbitraires imposées par le président de la République qui n'écoute que ses propres désirs de pouvoir personnel et absolu poussé à un extrême populisme. La dictature sénégalaise est la suite logique d'une situation de crise produisant insupportable les antagonismes sociaux. La tragique réalité politique continue à entretenir une médiocrité devenue générale par une gestion aussi écoeurante qu'opaque. Le régime fainéant, comprimé par ses asthénies chroniques, subit un délestage sans antécédent. L'inexpérience politique et l'absence de traditions démocratiques expliquent aussi le recours à cette dictature. Les conditions économiques, la concentration des richesses dans les mains des proches du pouvoir et le faible niveau de développement du Sénégal, ont contribué également à l'émergence de l'autoritarisme. Parmi les réponses à cette dictature on peut mentionner la démocratie interne du Pds. Une question de fond mérite d'être posée, à savoir comment un parti au pouvoir qui devrait incarner la démocratie, se remarque être un parti sans débat, sans projet, sans programme et au contraire cultive une arrogance incongrue, une boulimie orgiaque et excelle sur toutes les configurations de la violence: physique, organisationnelle, décisionnelle, comportementale et verbale. En réalité, le Pds est un parti dictatorial où tous les arrêts sont pris par le secrétaire général national, fondateur et actionnaire majoritaire absolu et qui détient le monopole total de l'action politique. Or il y a une coexistence profonde entre les membranes de l'Etat et de ce parti au pouvoir. L'inféodation des institutions républicaines et des corps de l'Etat par le Pds. est effective par l'appropriation totale de tous les pouvoirs et le dépouillement des institutions républicaines de leur arrimage. De facto, la confusion du parti et de l'Etat se réalise sur la suprématie du parti sur l'Etat. Un contentieux avec le Pds se commute en contentieux avec l'Etat.

La situation politique telle que vécue dans notre pays est dangereuse pour la République. Les problèmes internes du parti-Etat ne devraient pas mettre en péril les fondements de la République que sont la stabilité politique et pacifique, la sécurité publique et la défense nationale et enfin le respect des institutions républicaines et des corps de l'Etat. L'ubiquité dans la gérance et dans le camp accumule des dysfonctionnements dans la marche ordinaire des institutions républicaines et de l'administration publique et procrée des effets funestes dans le fonctionnement de l'appareil de l'Etat. Cette dictature est le résultat du Sénégal actuel ou agonisant, devenu avachi, altéré et rétrograde. En effet, le palmarès de ce césarisme est couronné de résultats efflanqués face aux attentes urgentes des Sénégalais. L'action inefficace de l'actuel régime est marquée par des échecs récurrents, des contre-performances records et d'une régression politique, diplomatique, économique et sociale. Hélas, le Sénégal est en crise conjoncturelle et structurelle paralysant tous ses secteurs et l'absolutisme du président Abdoulaye Wade l'a amplement rétrogradé en effectuant un recul qualitatif, quantitatif et qualificatif.

Notre économie s'est fortement délabrée et ne cesse de s'ancrer au sein des pays les moins avancés (Pma) et des pays pauvres très endettés (Ppte). La dégradation continue de la situation économique a développé la régression affreuse de tous les agrégats macro-économiques. Le manque de transparence dans la gestion des deniers du pays et de la coopération internationale, favorise la mise en place de véritables apanages de la corruption et des malversations impunies côtoyant un système incompétent et irrémédiablement voué à l'échec dans l'administration des affaires. La tyrannie colossale représente aussi un Sénégal des nominations fantaisistes, funambulesques ou de complaisances. Une des conséquences de cette dictature est aussi l'attitude menaçante contre tous ceux qui osent critiquer la politique du régime. Depuis mars 2000, plus d'une dizaine de directeurs de publication tels que Madiambal Diagne, Thierno Talla ont défilé devant la Dic (Division des investigations criminelles) qui est devenue non seulement le bras armé de Me Wade contre la presse mais aussi le passage obligé de ses opposants tels que Abdourahim Agne, Mahmoud Saleh, Abdou Latif Guèye, Mbaye Diouf, Abdoul Aziz Tall, Ibrahima Gaye et tout récemment Idrissa Seck. A l'actif des dérives du régime du Wade, on peut ajouter l'expulsion de la correspondante de Rfi Sophie Malibeaux, l'agression de l'opposant Talla Sylla, la mort de l'étudiant Balla Gaye etc. L'histoire a donné raison à Me Ousmane Ngom qui discourait mordicus que «Me Abdoulaye Wade parle comme un vrai démocrate mais agit comme un vrai monarque». Incontestablement, plusieurs agissements ont démontré que le discours était totalement différent de la méthode. Le monde s'est largement civilisé et la légitimité ne peut être acquise par la sujétion, la factice et le truquage des règles de la compétition mais par des choix décontractés, limpides et incontestables. Il est inconcevable de perpétuer à agir par les tribunaux, l'emprisonnement, la torture, les insultes, le harcèlement et l'humiliation. Le droit international existe et nul ne peut en échapper aussi facilement. Me Abdoulaye Wade est un grand dictateur qui dépasse la Haute cour de la justice mais devrait s'expliquer devant le Tribunal pénal international.

Cheikh Sidiya DIOP Coordonnateur/Superviseur provisoire Mouvement sauver le Sénégal "Faire Partir Wade"

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