DAOUDA MANE (ENVOYE SPECIAL)
6 Août 2005
WINDHOEK (NAMIBIE) — L'enseignement a pour support principal le livre où sont confinées les connaissances. Mais force est de reconnaître que dans le domaine des langues nationales, la question se pose avec acuité.
- La question du livre dans les langues nationales a été passée en revue par les experts réunis en conférence à Windhoek (Namibie). Qualifiant le problème de « crucial », Yaya Satina Diallo des Editions Ganndal en Guinée relève plusieurs handicaps en Afrique. Au plan politique, le problème est « criard », parce qu'il n'y a pas de « politiques linguistiques définies, introduisant les langues nationales dans le système éducatif. Les langues étant simplement utilisées dans l'alphabétisation, parce que considérées comme mortes », a souligné M. Diallo. Une marginalisation qui explique « la faiblesse de l'édition », même si, depuis Jomtien, l'on constate des expériences timides dans certains pays comme au Sénégal (Editions Papyrus), en Guinée (Editions Ganndal), en Côte d'Ivoire (Edition Edilis).
A cela s'ajoutent les efforts des Ong comme Tin Tua duBurkina Faso, Jamana du Mali et Ared du Sénégal, qui contribuent à la promotion de l'alphabétisation et un environnement lettré, en produisant des documents à lire dans les langues nationales. Les autres blocages sont relevés dans le domaine de la distribution (pas de rayons pour les livres en langues nationales dans les librairies, sauf au Mali et au Burkina), le manque de matériels et de personnels pour les maisons d'édition (facteur de capacité faible, malgré l'intervention de l'Aif), les difficultés d'accès au financement, le manque d'intrants. Autant de facteurs bloquants auxquels s'ajoute « la piraterie qui fait perdre 10 a 15 % aux éditeurs de la Namibie », selon M. Peter Reiner de la Namibie. Il y a bien des « inquiétudes », a-t-il indiqué. D'autant que « 30 % des écoles primaires et secondaires en Afrique ont un livre et parfois ce livre est partagé par 2 ou 3 élèves à cause du manque de financement », selon une étude de la Banque mondiale. Notant l'importance des livres dans le système éducatif, il a souligné que la formation des enseignants doit aussi être au coeur des préoccupations. Et M. Reiner de préciser que « la cherté de l'édition dépend de l'économie d'échelle », c'est-à-dire de « l'importance de la production ».
Insistant sur le fait que dans le cadre du développement de la langue, la question de terminologie ne « saurait être un frein », les experts ont mis l'accent sur la nécessité, pour les pouvoirs publics, de « définir une politique linguistique qui doit introduire les langues nationales dans le système éducatif, c'est-à-dire comme langue d'enseignement, définir une politique du livre, faciliter l'accès au crédit bancaire, valoriser le produit intellectuel (la propriété intellectuelle) ». Par ailleurs, la réduction du coût du livre à travers une subvention est un « impératif » qui doit s'accompagner par la mise en place d'une « industrie » pour créer des emplois et de la valeur ajoutée. « Faire un livre localement permet d'être indépendant de l'extérieur qui pratique une politique de dumping qui affecte le secteur », ont affirmé certains.
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