Essama Essomba
9 Août 2005
Le ministre de l'Economie et des Finances vient de rendre publique une décision importante aussi bien pour l'Etat que pour les salariés et pensionnaires émargeant au budget de l'Etat. A partir du mois d'octobre prochain, les salaires et les pensions d'un montant supérieur ou égal à 100 000 FCFA (cent mille francs CFA) seront désormais payés exclusivement par virement bancaire.
Dans la perspective de la mise en oeuvre d e cette mesure, le ministre de l'Economie et des Finances " demande à tous ceux qui sont concernés et qui perçoivent encore leurs arrhes par la voie du bon de caisse de bien vouloir ouvrir des comptes bancaires auprès des établissements de crédit ou de micro finance agréés et d'adresser l'attestation de compte correspondante à la direction générale du budget pour prise en compte ". Le ministre de l'Economie et des Finances explique l'exigence d'ouverture des comptes bancaires par " le souci de réduire, voire d'éradiquer les malversations sur les salaires et les pensions et de participer à l'assainissement du fichier des personnels de l'Etat et de la solde ".
La maîtrise de la dépense publique, plus particulièrement celle de la masse salariale, constitue l'une des quêtes fortes de l'Etat depuis la mise en oeuvre des programmes d'ajustement structurel au Cameroun. Depuis bientôt une vingtaine d'années, les pouvoirs publics ont pris plusieurs mesures à cet égard portant à la fois sur la réduction drastique des salaires et indemnités éventuelles des personnels émargeant au budget de l'Etat, sur la chasse aux salaires et personnels fictifs, sur l'assainissement et la maîtrise des fichiers des personnels, leurs avancements et leurs reclassements La lutte contre de multiples malversations - augmentation ou changement indus de corps, de grades et d'échelons avec incidences financières, faux rappels et fausses avances sur salaire, manipulations diverses sur les bons de caisse des salariés ou des pensionnaires, etc. - a permis de panser ou de s'employer à arrêter l'hémorragie financière au détriment de l'Etat.
L'exigence d'ouverture des comptes bancaires pour les salariés et pensionnaires apparaît ainsi comme l'une des nouvelles pistes en vue de la maîtrise de la masse salariale. Il faut espérer qu'elle soit vite et bien comprise par tous les intéressés, dans un contexte où certains salariés demeurent réfractaires à la modernisation ou méfiants vis-à-vis du système bancaire malgré l'assainissement mené avec quelque succès depuis des années dans ce secteur.
Mais au-delà des mesures administratives, la maîtrise de la masse salariale est aussi et surtout une affaire de civisme pour de nombreux Camerounais eux-mêmes. Car l'histoire récente révèle que les malversations constatées ou non, punies ou non, sont le fait de certains personnels de l'Etat organisés ou non en réseaux, qui peuvent effectuer à leur profit ou au bénéfice de tiers, par exemple, des virements indus dans un ou plusieurs comptes bancaires. Ainsi, l'ouverture d'un compte bancaire accroît sans doute les possibilités d'information et de contrôle des pouvoirs publics. Mais elle n'est pas, à elle toute seule, suffisante. Le respect de la chose publique , en d'autres termes, le sens civique, participe aussi de cette quête de la maîtrise de la masse salariale.
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