Anzoumana Cissé
9 Août 2005
L'élaboration du nouveau plan national de développement sanitaire (PNDS-2006), permettra d'améliorer l'Etat de santé de la population, par une adéquation qualitative et quantitative entre l'offre des prestations sanitaires et les besoins essentiels de la population.
Le système sanitaire ivoirien est malade. Il a du mal à retrouver ses repères. Et ce, depuis le déclenchement de la crise politico-militaire du 19 septembre 2002. Au regard du plan national de Développement sanitaire (PNDS) (1996-2005), les résultats de la situation de la Côte d'Ivoire, au plan sanitaire ont beaucoup régressé. Avec la fuite du personnel de santé des zones ex assiégées vers les zones libres, cela a provoqué la dégradation des infrastructures sanitaires, une non-fonctionnalité du dispositif de santé dans les zones occupées et un engagement des structures dans les zones d'accueil. Cette situation a influé négativement sur le profil épidémiologique et explique la résurgence des maladies à potentiel épidémique (la rougeole, la fièvre jaune, le choléra, la méningite, la fièvre typhoïde ) et la prévalence accrue des infections sexuellement transmissibles (IST) et du VIH/SIDA. Les menaces liées aux maladies « émergentes et ré-émergentes tells que la tuberculose, le paludisme, la poliomyélite, la grippe aviaire, l'ulcère de burili et l'asthme sont réelles. Selon le ministre d'Etat, ministre de la santé et de la population, Dr. Albert Mabri Toikeusse. La Lèpre, les infections respiratoires aïgues, la malnutrition et les problèmes de santé de la mère et de l'enfant sont toujours d'actualité. Et les pathologies chroniques, comme l'hypertension artérielle (HTA), le diabète, le cancer, l'insuffisance rénale font désormais partie des priorités de santé publique. S'agissant du programme élargi de vaccination (PEV), la non-organisation des journées nationales de vaccination (JNV) contre la poliomyélite en 2002 et 2003 et leur partielle exécution en 2004 sont à la base de l'augmentation des cas. Ainsi entre décembre 2003 et juillet 2004, 17 cas de polio ont été détectés sur l'ensemble du territoire ivoirien alors que la Côte d'Ivoire était sur le point d'obtenir la certification de l'éradication de la maladie.
Résurgence des maladies à potentiel épidémique
Concernant le tétanos néo-natal, 124 cas ont été enregistrés en 2004. Dans les différents districts sanitaires, il a été relevé que 7,4 % des enfants souffrent d'une malnutrition sévère avec une gravité particulière dans l'Ouest du pays. De fin 2003 au début de 2004, plus de 500 enfants étaient hospitalisés pour cause de malnutrition au centre hospitalier régional (CHR) de Man. Quant au taux d'accouchement assisté, il est très faible. Avec seulement 37,5 % de naissances enregistrés dans les maternités.
VIH/SIDA : Le taux de prévalence toujours en hausse, 7 %
Le taux de prévalence du VIH/SIDA est toujours en hausse en Côte d'Ivoire : 7 %. Et ce malgré les campagnes de sensibilisation du ministère de tutelle et des ONG, engagées dans la lutte contre cette pandémie. Toutefois grâce aux opportunités dont bénéficie actuellement la Côte d'Ivoire, le nombre total de malades sous Anti-rétrovirus (ARV) est passé de 2.105 en 2003 à 4.350 en 2004. Au cours de l'atelier national organisé du 9 au 13 février 2004 à Aboisso, sur le thème : « élargissement de l'accès au traitement au profit des malades du SIDA », les recommandations adoptées ont permis la prescription d'ARV dans six régions sanitaires sous contrôle gouvernemental. Et l'année 2005, selon les partenaires du système sanitaire, sera celle de la prescription des ARV dans tous les départements du pays.
L'ulcère de Buruli
Son incidence continue de progresser, principalement dans la région des lacs (Tiébissou, Yamoussoukro), le N'Zi-Comoé (Bocanda, M'Bayakro) le Haut Sassandra (Zuénoula, Daloa, Issia, ), la Marahoué (Bouaflé, Oumé, Diégonéfla) le Zanzan (Bouna, Bondoukou ) et la région des montagnes (Man, Danané, Bangolo ) 1256 nouveaux cas ont été dénombrés en 2004. Le nombre de cas cumulé estimé à 22.000 fait de la Côte d'Ivoire le pays le plus touché en Afrique. La structure « DEMI EMILE », de prise en charge de cette affectation initialement établie à Zouan-Hounien a été délocalisée à Abidjan à cause de la guerre.
La co-infection tuberculose-SIDA est en nette progression. Et l'élimination de la Lèpre prévue par le plan National de Développement sanitaire (PNDS) (Plan décennal) n'est pas encore atteinte.
Le paludisme
Il représente toujours le premier motif de consultation dans les structures santé. Sa prévalence est de 60,5‰.
Selon les statistiques délivrées par le ministère d'Etat, ministère de la santé et de la population, le paludisme a causé en 2004, 42 % d'absentéisme professionnel dans le secteur privé et 50 % de pertes de revenus agricoles. L'augmentation de la chloroquino-résistance a conduit à l'adoption d'un nouveau schéma thérapeutique pour la réduction de la morbidité et de la mortalité liées à ce fléau.
Pour ce qui est de la dracunculose (ver de guinée), elle persiste encore dans les régions du Zanzan et du N'Zi Comoé. L'objectif d'éradiquer cette maladie, prévu dans le PNDS, n'a pu d'être atteint. En effet, en 2004, 21 cas ont été enregistrés dans sept villages avec 16 cas dans le district de Tanda. L'onchocercose, la trypanosomiase humaine africaine (maladie du sommeil) et la bilharziose, ne sont pas encore sous contrôle malgré tous les efforts des partenaires système sanitaire ivoirien. Quant aux cancers du sein et aux cas de diabète, ils connaissent un accroissement significatif. La prévalence de la carie dentaire est de 62,4 % et celle des gingivites est de 85 %. Eu égard à ce tableau sombre, le ministère de la santé doit mettre en oeuvre des actions visant l'élaboration et la mise en oeuvre des Programmes de santé spécifiques aux groupes vulnérables (populations carcérales, déplacées, populations en situation de précarité, enfants de la rue, les handicapés et personnes du troisième âge).
Manque criant de personnel de santé
Les besoins en personnel de santé se sont accrus du fait la crise qui sévit en Côte d'Ivoire. Selon le directeur des Ressources humaines, du ministère d'Etat, ministre de la Santé et de la Population, Loukou Dia, à ce jour, ces besoins sont estimés à 4202, (agents) dont 18 chirurgiens dentistes, 290 médecins, 28 pharmacies, 1131 infirmiers diplômés d'Etat. 640 sages-femmes et 207 techniciens supérieurs de santé. Les dernières statistiques de 2005 révèlent que 952 agents sont en service dans les zones Forces nouvelles. Sur cet effectif, 149 sont des nouveaux fonctionnaires et 632 agents restés sur place. Il faut retenir que actuellement 2417 agents déplacés se sont faits enregistrer à la Direction des Ressources humaines (DRH) du ministère de la Santé. Et 1220 ont été redéployés dont 217 de façon définitive. La Côte d'Ivoire compte aujourd'hui 1 médecin pour 9802 habitants, alors que des centaines de médecins sont toujours en quête d'un premier emploi. Aussi, faut-il le signifier, il y a un dispensaire pour 12000 habitants. La Côte d'Ivoire a, en croire le ministre d'Etat, ministre de la Santé et de la population, Dr Albert Mabri Toikeuse recrute annuellement 100 à 120 médecins. Et le taux de croissance en Côte d'Ivoire est de 3,5 à 3,6 %. Il déplore le fait que l'évolution démographique ne soit pas suffisamment prise en compte par l'Etat dans le recrutement des médecins et la construction des centres de santé. Les partenaires du système sanitaire avancent que les problèmes budgétaires ralentissent l'exécution de certains projets. La part de la santé, confie docteur Mabri Toikeusse, représentait 4,38 % du budget de l'Etat en 2004 contre 5,73 % en 2003. « Nous sommes encore loin des 15 % du budget promis à la santé en 2001 par l'Accord d'Abuja, signé par les chefs d'Etat. La Côte d'Ivoire n'a pas encore 5 % de son budget à la santé. Mais nous espérons toujours », affirme le premier responsable de la santé en Côte d'Ivoire.
Infrastructures et équipements de santé
Les infrastructures et équipements de santé ont subi des dommages allant du pillage à la destruction partielle à la faveur de la situation politico-militaire du pays. Il ressort que 44 % des équipements ont des âges inconnus, 9,8 % des équipements sont à reformer et 84,4 % des équipements sont fonctionnels. L'état du parc auto date de 2000. Aucun recensement exhaustif n'a été fait. Toutefois selon le directeur des Ressources humaines et matérielles, Loukou Dia, une liste du parc issue du fichier du garage de la présidence, datant de février 2005 fait état d'un nombre total de matériel roulant de 2478 (véhicules, motos et ambulances tous confondus). Notons qu'avec l'action du CNPRA, des ONG, et des organisations humanitaires, les centres de santé dans les zones forces nouvelles sont en train d'être réhabilités.
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