Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Mamour Cissé, leader PSD/JANT-BI : « Il y a une nécessité, aujourd'hui, que les hommes politiques aient un métier »

Par MATHIEU BACALY et IDRISSA SANÉ

9 Août 2005


Mamour Cissé est clair. Il n'a pas changé. Il est resté fidèle à lui-même. Il partage la démarche du président de la République qui veut que la lumière jaillisse sur les « chantiers de Thiès ».

Le leader du Psd/Jant-BI qui était mardi dernier l'invité des « Rencontres du Soleil » a sans ambages tenu à demander aux députés ne pas politiser cette affaire. Fortement attaché à la gestion saine des affaires publiques, il demande aux Sénégalais de laisser la Justice faire son travail.

Quelles étaient vos motivations en créant votre parti ?

« J'ai toujours dit que je me suis engagé en politique pour trois raisons. D'abord, parce que j'aime mon pays, ensuite mes enfants et tous ceux que j'ai aujourd'hui. Je pense que ce sont ces trois raisons fondamentales qui peuvent pousser un individu à prendre ses responsabilités. Responsabilités, par rapport à tout ce qui a été toujours constaté dans ce pays. Nous avons quarante-cinq ans d'indépendance, cela ne nous a pas empêché d'être un pays pauvre très endetté ou sur les dix, sept n'ont pas 500 francs Cfa par jour (c'est-à-dire 1 dollar par jour). Nous avons 45 ans d'indépendance et Dakar ne dispose que d'une route d'entrée et de sortie. Ce sont des faits avérés parmi tant d'autres qui sont là.

En dehors de cela, il y a que depuis les années 80, il n'y a plus de politique de développement au Sénégal. Ce que nous constatons, ce sont plutôt des programmes. Existe-t-il aujourd'hui d'autres alternatives que les politiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international ? Le débat est ouvert. Moi, j'ai l'intime conviction qu'il existe autre chose. Cet autre chose a commencé à être prise en compte par les nouvelles autorités qui ont pu sur la base de notre campagne des élections législatives dire qu'il y avait une possibilité d'augmenter l'aspect fiscal, de renforcer les capacités financières du Sénégal. Ce qui a été fait. Elles ont aujourd'hui pu emmener le budget du Sénégal de 500 milliards de francs Cfa à plus 1.200 milliards de francs Cfa.

Cela est à saluer. Car, le Sénégal est en chantier. Mais, l'autre particularité, c'est peut-être insolite, un social-démocrate qui croît aux acquis de l'économie de marché. Cela n'est pas une contradiction. Nous sommes des sociaux-démocrates de conviction et nous pensons que l'entreprise doit être le moteur du développement, mais que l'Etat doit jouer son rôle de régulateur. Cela n'était pas dit. Dans les politiques et les actes qui ont été posés, on ne le comprenait pas. Je pense que c'est cela qui nous a poussé en venir en politique. Voilà un peu les motivations qui ont été à la base de notre militantisme. Nous aimons le Sénégal, puisqu'il y a des perspectives. Nous croyons à la grandeur de l'homme, mais également et à l'alternance générationnelle ».

Ã- vous entendre parler, on a l'impression que le Sénégal ne fonctionnepas comme il faut. Et que les hommes politiques passent à longueur de journée leur temps dans les radios. Mais qu'est-ce qui justifie cela ?

« Les hommes politiques n'ont pas le monopole du coeur. Je pense que c'est l'une des raisons qui m'ont poussé à venir dans la politique. L'autre explication est qu'au Sénégal, nos hommes politiques vivent de politique. Pour l'essentiel, ils n'ont pas de métier. Cela, il faut qu'on le constate. Faire de la politique 24 heures sur 24 nous conduit à faire de la compromission ou à légitimer le pourquoi nous le faisons. Je pense que la politique, c'est comme une veste. En Eté, on la range dans une armoire et en Hiver la ressort. Chaque fois qu'il est besoin de faire de la politique qu'on la fasse, c'est-à-dire par rapport au calendrier républicain et aux instances de son parti.

Il ne faut pas faire aussi du nihilisme. Pourquoi certaines institutions pensent que le Sénégal n'est plus « sûr » ? C'est que pour expliquer le pourquoi, on est obligé d'occuper les radios, les journaux et de battre campagne, parce qu'il y a une certaine opposition qui nous fait croire que rien ne marche au Sénégal. Alors que cela est faux. L'homme d'affaires que je suis est en train de travailler dans toute la sérénité, comme tant d'autres. Je pense qu'on gagnerait à apaiser les choses et qu'il y ait plus de sérénité dans le débat politique. En fait, il y a une nécessité aujourd'hui que les hommes politiques aient un métier et fassent autre chose. Et que chaque fois que les autorités posent des actes concrets, qu'ils arrivent à les saluer. Je pense que ce n'est pas parce qu'on est dans l'opposition qu'il faut systématiquement tirer à boulets rouges sur ceux qui nous gouvernent.

Il y a une responsabilité citoyenne que nous devons avoir, de même aussi une vigilance citoyenne. Cela veut dire quoi. Quel est l'intérêt aujourd'hui, pour notre génération à mettre notre pays dans le chaos ? Que Dieu vraiment nous en préserve. Cela n'est pas notre volonté. C'est la raison pour laquelle certains ne comprennent pas aujourd'hui ce discours responsable que nous avons. Nous avons autant intérêt à trouver une sérénité et qu'on découvre également un pays qui a ses racines, ses cultures et sa charpente intactes. C'est la raison pour laquelle nous ne pouvons que nous plaindre par rapport à ces campagnes permanentes au Sénégal ».

Quel contenu donnez-vous au concept de l'alternance générationnelle ?

« Hier, c'était nos parents. Aujourd'hui, c'est notre tour de gérer. Jusqu'au mois dernier, nous avions 2.800 milliards de dettes publiques. L'impact de cette dette, c'est par rapport aux infrastructures. C'est nul. Plusieurs entreprises ont été privatisées. L'Etat n'a plus de moyens pour appliquer une politique sociale pour servir les populations. Depuis trente ans, ce sont les mêmes hommes politiques qui occupent les devants de la scène politique. S'ils avaient une alternative, ils auraient pu le démontrer depuis très longtemps. Tout est à faire. Face à cela, nous disons que l'accent doit être mis sur une nouvelle génération d'hommes politiques qui ne sont pas politiques jusqu'au bout des ongles. C'est-à-dire, qui ont un autre métier en dehors de la politique. La politique ne peut rien me donner de plus. J'ai déjà réalisé l'essentiel avant de venir à la politique. Raison pour laquelle, je suis à l'aise. Ce n'est pas en venant au pouvoir que je ferais ce qui est constaté aujourd'hui.

Vous me direz aussi ce n'est pas parce qu'on fait la promotion de l'alternance générationnelle qu'on sortira le pays du sous-développement. Dans notre génération, il y a des brebis galeuses. Nous pensons qu'il y a un esprit d'avoir de nouveaux visages et de nouvelles têtes. Des gens propres qui ont été dans de bonnes écoles et qui n'ont pas le complexe de colonisé. Des gens qui connaissent ce qu'est la mondialisation. Nous devons compter sur les intellectuels militants pour redéfinir un développement. Depuis les années 1980, il n'y a plus de politique de développement. On n'entend pas les intellectuels sur les problèmes majeurs ».

Comment allez-vous faire pour que les personnes s'approprient ce concept d'alternance générationnelle ?

« Il y a un de vos confrères qui nous avait dit, après la création du concept : "il faut nous laisser le temps de l'apprécier et de le vulgariser". Cela a commencé au « Soleil », avec la promotion des jeunes à la tête des services. Partout, au Sénégal, à la tête des journaux, on rencontre des jeunes. Cela ne veut pas dire que tout marche. C'est un grand pas. Le président de la République Abdoulaye Wade a toujours cru à la jeunesse de son pays. L'ex-chef de l'Etat, Abdou Diouf, répondant à la question d'un journaliste, avait dit qu'il souhaiterait après Wade qu'une personne d'une autre génération dirige le pouvoir. L'affaire est tombée dans le domaine public. Elle ne nous appartient pas. On théorise, mais je pense qu'il y a des gens réceptifs à ce discours. Cela ne veut pas dire que nous n'avons pas besoin de nos aînés. Au contraire. Nous souhaiterions qu'ils continuent de s'appuyer, afin qu'on profite de leur expérience ».

Que pensez-vous de la floraison des partis ?

« On dit souvent qu'il faut limiter le nombre de partis. Nous ne sommes pas de cette option. Pour nous, tous les partis qui naissent doivent avoir l'honnêteté de se présenter aux élections. Quand ils n'ont pas pu obtenir 1 ou 2 % d'électorat, qu'il puisse avoir une sélection naturelle. Cela pourrait être une solution. J'avais vu à Kaolack un parti qui a été créé au lendemain de l'alternance, il a regagné la Cap 21. Il faut avoir un métier. Il ne faut pas faire de la politique pour avoir du riz et 250 mille frs par mois. Nous ne sommes ni à la Cap 21 encore moins au Cpc. Nous voulons jauger notre force. Nous devons un minimum d'honnêteté.

Dans notre statut, il est clairement dit que nous voulons conquérir le pouvoir par l'expression du suffrage universel. C'est la raison pour laquelle nous n'avons pas rallié un camp. Nous étions partis seuls aux élections législatives, nous avions obtenu 8.000 voix. Aucun parti politique n'est plus fort que le Psd/Jant-BI à Vélingara. Nous avions formé une coalition, avec Abdourahim Agne, aux élections municipales. Nous avions obtenu 378 conseillers sur l'étendue du territoire national. Et pour les prochaines élections, nous irons seuls. Les partis politiques doivent partir aux élections afin qu'on puisse les juger et les tester. Si un parti s'engage dans les élections et obtient un début, en ce moment, on le rembourse les fonds qu'il a utilisés ».

Pourquoi n'entend-on pas généralement les hommes politiques sur les débats en matière de politique de Santé, en ce qui concerne surtout les questions Genre ?

« Il y a deux ou trois ans, j'étais dans le Karantaba, nous avons passé la nuit dans ce village. Le lendemain, nous avions visité la case de Santé. C'était ahurissant. Quand nous sommes revenus à Dakar, nous avons soumis au ministre d'alors Eva Marie Coll Seck notre ambition de transformer cette case de Santé en un poste de Santé. Le ministre avait dit que dans six mois elle allait régler la question. Entre-temps elle a été remplacée. Son successeur l'a fait. L'autre exemple, tout le monde a entendu que le Psd/Jant-Bi a failli marcher, n'eut été la marche de l'Idewa. C'était pour lutter contre la mortalité maternelle à Kolda. Plusieurs femmes en état de grossesse ne possèdent pas d'argent pour prendre en charge leurs frais d'hospitalisation. Tout le monde sait que nous sommes à la base de cette fameuse décision qui a fait aujourd'hui que les femmes de Kolda, Vélingara, Kaolack sont prises en charge du début de la grossesse jusqu'à la césarienne. Le président de la République avait donné les instructions au ministre de tutelle d'alors. Les questions de Genre nous préoccupent ».

Votre avis sur la polémique sur la démission du président de la Cena ?

« Je ne suis pas d'accord que l'on demande la démission du président la Cena, parce que simplement sa femme est dans un parti politique. C'est dommage. Aujourd'hui, les Sénégalais savent prendre leur responsabilité. Il y a consensus sur l'Alternance. Je ne pense pas que quelques personnes puissent prendre en otage le vote des Sénégalais. Le peuple sénégalais est suffisamment éveillé. Lors des élections passées, les résultats se donnaient en temps réel. Ce débat sur les membres de la Cena, c'est ce qui bloque beaucoup de choses. S'il y a des retards dans le démarrage des inscriptions, cela n'incombe pas au président de la République et son gouvernement. Le 26 juin dernier, au conseil national de nos femmes, elles nous ont dit que l'objectif de leur mouvement, c'est d'avoir un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale. Raison pour laquelle, nous demandons une parité sur les listes ».

Quelle lecture faites-vous sur l'arrestation de l'ancien Premier ministre ?

« Je dis qu'Abdoulaye Wade est le président de la République. Nous sommes des opposants. Il a été élu par les Sénégalais et par la grâce de Dieu. Il avait fait confiance à quelqu'un. On constate que celui-ci n'a pas honoré la confiance placée en lui. Le président de la République est en train de poser des actes très forts. Et, sur ce point, il a tout mon soutien. Le fait d'avoir déclenché ce dossier a permis à la majorité de savoir un peu plus sur cette affaire. Il s'agit de bonne gouvernance. Je demande au président de la République d'aller jusqu'au bout dans l'affaire des « chantiers de Thiès ». Ã- l'époque, nous étions les premiers à demander la clarification sur les milliards du Rail. Mais aller jusqu'au bout suppose qu'il n'y ait pas d'exception. Toutes les personnes citées par le rapport de l'Ige doivent être entendues. On parle de politisation de cette affaire.

Mais qui l'a politisée ? Qui n'a pas aujourd'hui intérêt à ce que la vérité s'éclate ? Nous invitons tous les patriotes sénégalais, à soutenir cette démarche du président de la République, qui est en train de poser des actes forts. Ã- partir de cette affaire, rien ne sera plus comme avant dans ce pays. Les hommes qui auront à gérer ce pays doivent avoir à l'esprit qu'ils auront des comptes à rendre. Mais toute évolution, pour qu'elle soit durable, il faut du temps. Il a posé des actes, il appartient aux Sénégalais de les consolider. L'ancien Premier ministre est jusqu'ici supposé être innocent. Il a des prétentions. Il a dit qu'il va battre campagne et il va gagner les élections présidentielle et législatives. Mais nous avons besoin d'être gouverné par des gens propres. Dès qu'il y a un doute, il faut qu'il tire les choses au clair. Mais divulguer les secrets de l'Etat, il y a problème. Le peuple sénégalais exige la lumière. S'il n'a rien fait, c'est un boulevard pour ses ambitions. Mais s'il y a des manquements, nous demandons à la Justice de faire ce qu'elle doit faire ».

Tout en laissant à la Justice ce qui lui revient de droit, une certaineopinion a pensé qu'on est parti des « chantiers de Thiès » pour parler d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Quelle lecture faite vous de cela ?

« Les chantiers de Thiès étaient une préoccupation du PSD/Jant-Bi depuis longtemps. Les gens nous taxaient même d'être des anti-ancien Premier ministre Idrissa Seck. Parce que simplement, on voulait que la lumière soit faite sur cette affaire. Je pense qu'au début de la procédure, il y avait les chantiers de Thiès. Entre-temps, j'ai lu dans la presse que la Division des investigations criminelles (Dic) a vu qu'il y avait d'autres charges. Ces charges ont politisé cette affaire. Au stade actuel, je ne suis ni le juge d'instruction encore moins un avocat ayant accès au dossier pour savoir si les motifs invoqués étaient fondés. Il se trouve simplement que je crois à la Justice de mon pays. Je pense qu'on ne doit pas décrédibiliser ou banaliser notre Justice.

Faisons confiance aux hommes qui président à sa destinée et respectons toutes les libertés individuelles et collectives. Il faut assurer aujourd'hui la sécurité et la liberté d'Idrissa Seck, s'il n'a pas commis de faute. Il ne faut pas que nous tombions dans des erreurs en banalisant nos institutions, en décrédibilisant la Justice et les corps de contrôle efficaces que nous avons. Si j'avais 46 milliards de francs Cfa, j'aurai transformé Kaolack en un Monaco extraordinaire. Quel est aujourd'hui l'impact économique de ce qui a été fait à Thiès ? Il n'y a aucune unité industrielle performante. Alors qu'on avait la possibilité de créer des caisses d'équipement pour la Petite et moyenne entreprise pour des sociétés de développement régional ».

Qu'est-ce que vous pensez de la politique agricole du Sénégal ?

« Aujourd'hui, nous ne sommes pas d'accord sur la privatisation de la Sonacos. On l'a dit au président de la République. Parce que la Sonacos était le bras séculier de l'Etat du Sénégal en milieu rural. Sur onze régions du Sénégal, l'arachide occupait au moins huit à neuf régions. On ne peut pas d'autorité décider de ne plus faire de l'arachide. Car, l'arachide fait partie intégrante de nos traditions ancrées au Sénégal avant les indépendances. On avait la possibilité de nos jours de faire de ce produit une exportation phare, en diversifiant les approches face à ce produit. Qu'on donne l'arachide destinée aux industries vivrières. Il faudrait par d'autres moyens fixer les femmes et les jeunes, en luttant contre l'exode rural.

Mais également, il faut arriver à permettre aux industries agricoles et aux autres de pouvoir s'approvisionner directement en aliment de bétail. Il faut créer de la richesse et la donner aux populations du monde rural. Il faudra penser aussi à des zones économiques. Il y a aujourd'hui des faiblesses quant au maillage de nos villages à l'intérieur du Sénégal. Des villages où il n'y a pas 50 personnes, où pour avoir de l'eau, il faut creuser 50 mètres de profondeur. Les sols également y sont fatigués. Est-ce qu'il n'y a pas une possibilité de penser à des zones économiques en donnant une activité commerciale aux femmes à l'intérieur du pays par des groupements féminins ? Cela doit être aujourd'hui une préoccupation du ministère chargé de la Femme, de celui des Pme et Pmi et du ministère de la Solidarité nationale.

Ã- côté de l'arachide, on a la possibilité de diversifier les cultures. Des zones comme Kolda ou Vélingara, etc., ont les mêmes conditions climatiques que la Côte d'Ivoire. On a la possibilité dans ces zones de faire de la banane et du cacao. Mais pour tout cela, il faut que l'Etat accepte de reprendre langue avec le Cncr qui, qu'on le veuille ou non, est aujourd'hui un intermédiaire privilégié de l'Etat du Sénégal. Il occupe 80% des paysans. C'est un partenaire qui ne demande qu'à aider le pouvoir. J'invite donc, le président de la République, comme le ministre de l'Agriculture, à prendre contact avec le Cncr ».

Au Sénégal, aujourd'hui, le débat théorique s'est appauvri. On ne sent plus de confrontations par rapport aux idées de projets de société. Quelle est la part de responsabilité des hommes politiques que nous avons ?

« Les hommes politiques sénégalais ne posent pas de débats économiques. Mais, est-ce que cela n'expliquer pas notre mal développement ? C'est un constat. Je disais tout à l'heure que depuis les années 80, il n'y a plus de politique de développement dans nos pays. Aujourd'hui, le document de base, c'est le Drsp. Les conséquences sont là, visibles. Les réformes en soit, on ne les a pas encore. Mais faudrait-il que l'on en discute et que l'on sache que toute révolution, pour qu'elle soit durable, il faut du temps. Donc, donnons nous du temps. Il y a beaucoup de choses à revoir. Le débat économique ou contradictoire ne se pose pas, parce que d'aucuns diraient qu'il n'y a plus d'espace pour ces débats-là. C'est le temps pour des réflexions. J'interpelle les intellectuels pour leur dire qu'il nous faut des intellectuels militants. Nous, nous posons un débat de savoir s'il y a aujourd'hui d'autres alternatives que des multilatéraux ? En fait, moi je dis que j'ai l'intime conviction qu'il y a autre chose que les multilatéraux. Parce que tant qu'on sera avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, on n'aura jamais le privilège de poser des débats sur le développement du Sénégal. »

Est-ce que vous pouvez nous définir cette politique de développement que vous proposez ?

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« Je dis économie de marché d'accord. Mais une économie régulée, c'est-à-dire que l'Etat a toute sa raison d'être et sa présence. Pourquoi je dis économie de marché mais régulée ? C'est parce que nous sommes dans un pays qui a aujourd'hui ses spécificités et ses particularités. C'est que la pauvreté est une réalité dans nos pays. Face à tout cela, l'Etat a un rôle de régulateur social. D'abord puisque nous croyons à l'économie de marché, elle permet aux hommes d'affaires sénégalais de pouvoir accroître leur développement. La spécificité de l'entreprise sénégalaise, c'est l'absence de fonds propres et de garanties réelles. Nous avons à lutter contre la pauvreté, à mettre l'accent sur un cadre incitatif qui permet à l'entreprise de pouvoir se développer. Nos Etats ne peuvent pas, à cause de ces multilatéraux (Banque mondiale et autres) recruter comme ça. Aujourd'hui, l'agent économique qui recrute le plus, c'est le secteur informel. Donc, on doit permettre aux gens qui oeuvrent dans le secteur informel d'avoir un statut particulier que j'appelle le « statut de l'entreprise en émergence ».

Il faut que cette entreprise puisse bénéficier d'une fiscalité douce. Cette entreprise, sur les cinq premières années, on doit l'exonérer de toute taxe sinon de la Tva. Cela va lui permettre, puisqu'elle ne paie pas l'impôt, de constituer son fonds de roulement et de recruter d'autres personnes. Nous disons qu'il faut des mesures d'ordre fiscal, juridique et financier pour permettre aux jeunes de pourvoir avoir des facilités par rapport à leur forme de sociétés, des sociétés unipersonnelles à responsabilité limitée. Cela est accepté maintenant dans les nouvelles dispositions de l'Ohada. C'est à saluer. En fait, je disais tantôt que nous devons mettre l'accent sur la nécessité d'avoir des caisses d'équipement pour la Petite en moyenne entreprise, et les sociétés de développement régional avec des mesures incitatrices ».

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