Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Les dernières danses de ventre du monstre

Guy Aris NDOUYE

10 Août 2005


opinion

Assurément, les démons africains que l'on a bien aimé croire enterrés sont encore bien vivants. Ils continuent encore leurs danses de ventre dévoilant par pans entiers, telle une habile strip-teaser, les atrocités innommables résultant de l'effet que leurs charmes opèrent avec volupté, sur la boulimie de pouvoir de nos dirigeants africains.

Je suis étonné, outré, choqué voire pétrifié de constater ce qu'un Faure Eyadema ose se permettre encore aujourd'hui au Togo. La réponse à une telle question est décidément un défi de taille pour toute personne analysant de manière objective l'évolution de la situation politique dans le monde et plus particulièrement en Afrique. Un début de réponse peut sûrement être trouvé dans la grande passivité de la communauté internationale et surtout africaine qui, dernièrement a imposé la reprise des élections dans un grand pays comme l'Ukraine malgré l'opposition d'une grande puissance comme la Russie. A n'en pas douter et, à la lecture des commentaires de certains responsables politiques de la gauche française, la main de Jacques Chirac est derrière non seulement le courage d'un Faure Eyadema prêt à arracher le pouvoir au mépris de toutes les règles constitutionnelles, d'organiser des élections de façade et de marcher sur le corps et le sang versé de centaines de ses concitoyens pour arriver à ce pouvoir; mais aussi derrière le silence docile, complice et meurtrier des responsables politiques ouest-africains sur cette tuerie et cette dérive sans nom. Ce même silence, nous l'avons déjà observé au précédent sommet de la francophonie à Ouagadougou sur les tueries de l'armée française devant l'Hôtel Ivoire en Côte d'Ivoire dernièrement.

Nos dirigeants sont-ils donc si franchement révulsés à l'idée de dénoncer (ne serait-ce) les manigances meurtrières et dévastatrices des gouvernants français campés plus que jamais sur la défense des Intérêts de leurs pré-carrés coloniaux ? Où est passé le discours et la démarche salutaires et osés du président Wade dans le cas de la dernière crise à Madagascar? Aux moments où ces pré-carrés sont fortement menacés par la volonté d'émancipation des jeunesses africaines, cette attitude de nos gouvernants africains est plus que jamais entrée dans une logique en déphasage consommé avec les intérêts des peuples africains et, toute démarche d'émancipation économique depuis longtemps entamée par la plupart des peuples sous domination coloniale au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.

Comment peut-on avec une telle attitude briguer un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies - pour ce qui est notamment du Sénégal ? Quand on n'est pas prêt à dénoncer une tentative sanglante de «monarchisation» d'une république soeur parce que les intérêts français sont en jeu, serait-on alors plus tard en mesure de trouver le courage politique d'apposer son veto contre des intérêts de cette même France pour défendre les intérêts des peuples africains en cas de besoin ? Permettez mon scepticisme sur une telle question. Le Sénégal au Conseil de sécurité des Nations unies est un cadeau empoisonné aussi bien pour lui-même que pour l'Afrique et surtout. Cette France comprend d'ailleurs fort bien l'avantage qu'elle pourrait tirer de la nomination d'un pays africain sous son joug comme membre permanent au Conseil de sécurité; ceci explique largement qu'elle pousse la candidature sénégalaise. Par ailleurs, si aujourd'hui la France siège à cette instance, ceci n'est duni à son poids économique, qui est inférieur à celui d'un Etat comme la Californie de ce cher Arnold Schwarzenegger, ni à son poids démographique, ni à son action pendant la Deuxième Guerre mondiale car, elle a été balayée en un temps record comme la Pologne par les vagues nazies mais, elle doit son siège au Conseil de sécurité à sa mainmise sur l'Afrique. L'octroi de deux sièges permanents au Conseil de sécurité à l'Afrique, en plus de signifier la reconnaissance, pour une première fois, d'une existence politique propre à l'Afrique, implique de manière directe la négation de cette mainmise française sur l'Afrique et, consacre de fait une bénédiction aux volontés d'émancipation politiques et économiques des jeunes africains.

Il ne faut pas s'y tromper, ce besoin d'émancipation est bel et bien une tendance lourde qui oppose entre d'un côté, les jeunesses africaines en mal d'emploi, d'ouvertures économiques et de liberté tout court et, de l'autre côté la France et les dirigeants serviles, assoiffés de pouvoirs de nos pays, à sa solde, qu'elle a utilisés de connivence pour voler leurs indépendances factuelles aux Africains aux moments où tous les pays du Tiers monde accédaient à leur intégrité. Ce même coup est en train de se rejouer avec ces deux sièges au Conseil de sécurité des Nations unies octroyés à l'Afrique et que la France veut encore contrôler par dessous la main comme pour confirmer que l'histoire se répète toujours

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La lutte qui se joue aujourd'hui au Togo n'échappe pas à cette tendance forte dont ne saurait faire l'économie l'Afrique francophone si elle veut se libérer du joug français du moins tant que le régime du président Jacques Chirac sera en place. Je reste convaincu que cette tendance est irréversible et devra aboutir à la libération de nos peuples et nos économies captifs même si pour cela il lui faudra comme au Togo mener deux guerres de libération: l'une contre le régime en place, et l'autre plus globale contre la mainmise française omniprésente et dévastatrice dans nos pays. Mon soutien et ma solidarité sincère et complète à la jeunesse togolaise qui y entrée de plein pied dans cette lutte. N'oublions cependant pas qu'à la guillotine de ses intérêts économiques le monstre a enchaîné tous nos états et que le bûcher ardent de la révolte réprimée risque d'être notre seule porte d'épanouissement. Les mirages que nous a servis cette «grande France» durant des siècles ont perdu de leur éclat et les danses de ventre du monstre n'ont de charmes qu'auprès de ceux qui s'abreuvent à la misère des leurs. La vague arrive : qui du monstre et de nous sera meilleur surfer ?

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