Antoine Lawson
10 Août 2005
Baltimore — La cinquième Biennale sur le commerce et les investissements entre les Etats-Unis et l'Afrique a souligné l'importance de la sécurité énergétique qui justifie la présence américaine en Afrique, notamment dans le Golfe de Guinée, pour sécuriser les exportations de pétrole.
Organisée par le 'Corporate Council on Africa' (CCA), la biennale, réunie récemment à Baltimore, aux Etats-Unis, a attiré plusieurs décideurs des secteurs privé et public d'Afrique et d'Amérique qui ont reconnu l'importance de l'Afrique d'un point de vue politique, stratégique et économique dans le monde.
Le CCA comporte dans son carnet d'adresses plus de 200 compagnies opérant sur le sol africain et est, en général, responsable de près de 85 pour cent des investissements du secteur privé américain en Afrique.
L'ancien ambassadeur des Etats-Unis au Gabon, Kenneth Moorefield, qui intervenait en tant que consultant pour le compte du CCA, a déclaré que "les Etats-Unis plaident pour la paix et la sécurité pour le développement des affaires, et qu'un programme spécifique de maintien de la paix est développé pour soutenir les problèmes de croissance et de sécurité en Afrique...".
Selon Herbert Howe, professeur assistant à l'Université de Georgetown, "il fallait créer un climat des affaires, couplé d'une opération de paix. Je suis rassuré que les militaires africains soient de mieux en mieux entraînés de nos jours par nos soldats".
La plupart des 2.500 participants à la cinquième biennale, du 21 au 24 juin, ont reconnu l'intérêt de cette réunion internationale destinée à jeter les bases d'un véritable partenariat économique entre les Etats-Unis et l'Afrique. Selon eux, la rencontre est porteuse d'espoir pour bon nombre d'entrepreneurs africains désireux de s'arrimer au marché mondial.
Parmi les banques de crédit présentes à Baltimore, figurait l'Export-Import Bank des Etats-Unis, qui aide les exportateurs américains à bénéficier d'un financement compétitif à destination de leurs clients internationaux, par l'intermédiaire d'une assurance crédit à l'exportation, avec des garanties d'emprunt.
Les produits africains sont encore rares sur le marché américain. Selon les données disponibles à l'AGOA (la Loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique), visant à stimuler les exportations de l'Afrique subsaharienne vers les Etats-Unis, celles-ci sont passées de 20,4 milliards de dollars en 2001 à 30,7 milliards de dollars en janvier 2004.
Pendant la biennale de Baltimore, le Ghana a ouvert, le 22 juin, une série de signatures pour le secteur privé, avec l'obtention d'un transfert de technologies agricoles pour promouvoir son agriculture.
Pour Thea Parisot de la Chambre de commerce, d'industrie et d'artisanat de Guinée, "les Africains et les Américains ont pu échanger leurs expertises diverses, notamment sur leur savoir technique et la réalité du marché".
Marathon Oil Corporation, l'un des opérateurs pétroliers en Guinée Equatoriale, a financé dans ce pays un projet technique pour la réduction, de 80 pour cent, des infections de malaria provoquées par des moustiques qui tuent 17 pour cent des enfants de moins de cinq ans. La malaria est une maladie endémique en Guinée Equatoriale.
La firme Daimler Chrysler a remis, le 22 juin, un chèque de 500.000 dollars au président mozambicain Armando Guebuza, destiné à la préservation des parcs au Mozambique. Guebuza a annoncé également la signature d'un partenariat pour la fabrication des emballages, par Suntree, une compagnie américaine basée en Californie, destinés à conditionner les produits agricoles mozambicains dans les supermarchés américains.
"Nous sommes persuadés que les entreprises américaines investiront davantage en Afrique. Notre objectif premier est de renforcer les liens commerciaux et les investissements entre les Etats-Unis et lesàpays d'Afrique représentés au sommet", a souhaité Stephen Hayes, président du CCA.
L'IPIA (International Private Infrastructure Association) et l'AIC (African Investment Corporation) ont exprimé leur volonté de devenir les leaders de la finance à travers le financement du secteur privé émergent en Afrique pour 60 millions de dollars par an.
"Il faut que les entreprise américaines investissent dans les réseaux télécoms et les routes, avant de trouver des acheteurs potentiels pour leurs produits", souligne Rob Rogers, président de World Alliances, basé à Charlotte, en Caroline du Nord.
Le ministre guinéen du Commerce, Djéné Saran Camara, a indiqué à IPS que "la Guinée possède 60 pour cent des réserves mondiales de bauxite et la Global Alumina est une compagnie qui est le deuxième producteur mondial de ce minerai". La Guinée a investi 2,2 milliards de dollars pour mettre en place des infrastructures de développement, a-t-elle ajouté.
Plusieurs pays comme le Cameroun, le Gabon, et la Guinée Equatoriale, ont présenté leurs opportunités d'investissements dans les domaines des infrastructures, de l'énergie, de l'agriculture et du tourisme.
Le premier vice-président de l'US Export-Import Bank, April H. Foley, a affirmé que "la part de l'Afrique dans l'économie mondiale est arrivée à un seuil appréciable..." Selon lui, "Les Etats-Unis importaient, en 1999, un total de 56 milliards de dollars de vêtements des quatre coins du monde.. Cette banque est prête à aider les industriels de l'Afrique subsaharienne à développer leurs activités en finançant l'exportation américaine d'équipements et services de production".
Le Ghana, le Mali, le Nigeria, le Niger, le Sénégal, le Cameroun, et plusieurs autres pays ont déjà attiré des investissements et des partenaires américains dans les domaines du textile, des télécommunications, du transport, du bâtiment, de l'agroalimentaire et dans bien d'autres secteurs.
"Ces échanges incluent aussi bien des hommes d'affaires offrant leurs produits à des Américains et vice versa", a expliqué à IPS, Ali Keita, directeur de Money Gram, une société de transfert international d'argent, basée à Conakry, la capitale de la Guinée.
Pour Parisot, "ce sommet a été une esplanade pour les PME (Petites et moyennes entreprises) et les entreprises répertoriées dans Fortune 500 d'identifier de potentiels partenariats". (Fortune 500 est le répertoire des 500 meilleures entreprises africaines, sélectionnées selon leur chiffre d'affaires annuel par le CCA.
Fatimata Guinguere du Burkina Faso, était à la recherche d'un partenaire pour développer son entreprise, Import-export commerce général. "Le sommet des affaires représente pour nous, entrepreneurs africains, un espace pour saisir des opportunités financières, mais encore faut-il avoir les moyens de faire le déplacement et discuter avec les financiers". Le billet d'avion coûte entre 1.800 et 2.400 dollars entre l'Afrique et l'Amérique..
Le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, s'est adressé aux nombreux entrepreneurs africains présents à ce sommet, leur conseillant de développer le secteur privé. "Le monde des affaires sur le continent africain est en perpétuelle évolution, et il existe une marge de progression significative pour les cinq prochaines années", a-t-il déclaré.
L'Afrique a enregistré par rapport au reste du monde le taux de retour sur investissement le plus élevé, selon Hayes. Il a ajouté que bon nombre d'investisseurs internationaux ont pris conscience des occasions de faire des bénéfices conséquents en partenariat avec leurs homologues africains d'une part, et d'autre part, d'apporter leurs contributions à l'amélioration des économies africaines.
Toutefois, certains hommes d'affaires africains se plaignent encore de la bureaucratie dans les échanges avec les Etats-Unis, notamment sur les critères économiques qu'ils doivent satisfaire avant que leurs nations ne puissent se qualifier pour un accord commercial préférentiel qui donne à l'Afrique un plus grand accès au marché américain.
L'AGOA a été votée par le Congrès américain en 2000 après plusieurs années de débats. Elle supprime les barrières américaines à l'importation sur pratiquement toutes les principales exportations d'Afrique subsaharienne vers les Etats-Unis, en particulier sur les textiles et les vêtements.
Mais, les pays africains ne peuvent exporter sans tarif douanier sur le marché américain que s'ils satisfont certains critères et que des responsables américains certifient qu'ils ont libéralisé leurs économies, privatisé leurs avoirs publics, minimisé l'interférence du gouvernement dans les entreprises privées, et créé un système juridique de style américain.
La loi couvrait à l'origine une période de huit ans (octobre 2000-septembre 2008), mais des amendements promulgués par le président George W. Bush dans la loi, en juillet 2004, ont prolongé l'AGOA jusqu'en 2015.
Selon les derniers chiffres de la Commission américaine pour le commerce international, les importations américaines des pays éligibles pour l'AGOA s'élevaient à près de 14,1 milliards de dollars en 2003, une augmentation de 36,3 pour cent par rapport aux neuf milliards de dollars en 2002.
La plus grande part des importations américaines aux termes de l'AGOA venait du Nigeria, un pays exportateur de pétrole (66,3 pour cent), suivi de l'Afrique du Sud (11,8 pour cent) et du Gabon (8,3 pour cent). Parmi les autres grands fournisseurs, figuraient le Lesotho, la République du Congo, Madagascar et le Kenya.
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