Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Lieutenant colonel Yao Yao Jules : cet homme est devenu fou

Franck Dally

12 Août 2005


opinion

Yao Yao Jules par-ci, Yao Yao Jules par-là. L'homme s'étale dans la presse, insinue, menace, divague. Il s'en prend à tout le monde, se prend tantôt pour un martyr, tantôt pour le rebelle John Garang, tantôt encore pour "superman".

Pour un poste de porte-parole qu'il a obtenu grâce au général Mangou qui l'a appelé pour le remplacer parce qu'il partait sur le front pour des choses plus sérieuses, un poste non rémunéré que la force Licorne renouvelle tous les trois ou quatre mois, le lieutenant- colonel zozoteur a complètement disjoncté : brusque sympathie pour la rébellion, déclarations pro "G7" et ethnocentriques, appels aux soldats à désobéir à la hiérarchie, diffamation, affirmations gratuites, rêves fous, tout y passe.

Une taupe découverte un peu tardivement

Les prises de position intempestives du lieutenant- colonel Yao Yao remontent pratiquement à la fin juin, quand, au sortir d'un dîner à la résidence de l'ambassadeur de France, il a eu maille à partir avec des soldats. La vérité que le lieutenant-colonel fait semblant d'ignorer est que le rôle de pion et d'espion pour le compte de la France et de certains commanditaires de l'agression contre la Côte d'Ivoire était depuis découvert. Ses accointances avec la rébellion et son tuteur la France n'étaient qu'un secret de polichinelle. Mais on pardonnait à l'homme ces écarts de langage et certaines insinuations parce que, à l'Etat-major des FANCI, on était convaincu que cet officier supérieur spécialiste en informatique ne représentait pas un danger. On l'avait quand même à l'oeil, surtout pour ce qui était de l'intoxication à laquelle Jules Yao Yao se livrait à visage découvert. Par exemple, il ne se gênait point pour critiquer ouvertement l'opération "Dignité" que tous les Ivoiriens saluaient, même si, par la faute de la force Licorne elle n'était pas arrivée à ses fins. L'homme critiquait l'opération à tout bout de champ. Au mess des officiers du camp galliéni, à un groupe de journalistes (nous en faisions partie), il dira : "L'opération Dignité, c'est de la folie. Elle ne respecte aucune norme militaire. Mais quelle bête a donc piqué Mangou pour envoyer les enfants à l'abattoir. Il n'y avait point de base arrière parce que nous n'étions pas avertis ici à Abidjan. Je suis opposé à cette manière de faire les choses " Dans les échanges, Jules Yao Yao était presque content de la destruction des aéronefs ivoiriens par la force Licorne. "Il fallait s'attendre à cette réaction de la France", avait-il répondu à un confrère qui voulait avoir son avis sur la lâche agression française.

Depuis cet instant et la nomination au rang de chef d'Etat-major de Philippe Mangou, Yao Yao n'a cessé de multiplier les impairs. C'est ainsi que, par exemple, il prendra ombrage du fait que Philippe Mangou, au cours d'une conférence de presse ait affirmé publiquement que "le GPP n'était pas une milice, mais un regroupement de jeunes patriotes aux mains nues, prêts à défendre leur pays qu'ils aiment ". Yao Yao avait essayé en vain, au cours de la conférence, de noyauter la presse et de diriger les questions. D'ailleurs, il a presque brusquement interrompu la conférence au grand dam des journalistes et à la grande joie des nombreux français présents ce jour-là et très mal à l'aise devant les vérités assénées par Philippe Mangou.

Bien avant cette conférence, Jules Yao Yao prendra certaines libertés et usera de la rhétorique pour condamner les actions des jeunes patriotes que toute la Côte d'Ivoire applaudissait. Ses communiqués étaient devenus de plus en plus ambigus et nous avons nous aussi pris la liberté de prendre langue avec sa hiérarchie parce que nous ne comprenions pas très bien ce qui se passait.

La goutte d'eau qui va faire déborder le vase est le communiqué pondu après le carnage de Duékoué. Alors que toute la Côte d'Ivoire libre pleurait les morts de cette attaque rebelle perpétrée par des dozos et des assaillants venus des zones occupées, Jules Yao Yao dira, et cela en conformité avec la France, le "G7" et les ennemis de la Côte d'Ivoire, que le carnage de Duékoué était le fait d'une guerre ethnique. La Côte d'Ivoire libre était outrée. Mais la sérénité a habité l'Etat-major des FANCI. Et, sans aucune manifestation d'animosité il a débarqué le fameux porte-parole qui navigue à contre courant. Découverte, la taupe, dont certaines fréquentations, faits et gestes, prises de position et analyses ont fini de convaincre le plus sceptique des militaires que Jules Yao Yao était un serpent caché dans les placards du ministère de la Défense, a choisi d'y aller à fond. Il n'avait plus le choix.

Ethnocentrique à souhait et ayant fait allégeance à certains barons de la rébellion en leur faisant croire qu'il a des appuis très forts dans la hiérarchie de l'armée et parmi les soldats, Jules Yao Yao, qui n'est en réalité qu'un bureaucrate beau parleur, se donne à fond depuis à un jeu fort dangereux. Il écrit, parle, fait des auto-interviews qu'il remet à des journaux qui lui accordent une importance qu'il n'a pas en réalité. Il faut dire cependant que cette taupe découverte et effarouchée y va un peu trop fort.

Un mythomane dangereux

Par exemple, dans une de ses auto-interviews, il dit, sans sourciller, répondant à une question sur les événements d'Agboville et d'Anyama : "Cette affaire sentait la cabale pour justifier certains actes du régime. Je pense que les troubles du pays attié et abbey ne sont qu'un prétexte pour s'attaquer au pays baoulé où, d'après mes analyses, les tueries pourraient être exportées. Dimbokro constituait que la première étape. Je pressens, en ligne de mire, Toumodi, Tiébissou et Daoukro. Des mercenaires libériens vont s'infiltrer pour terroriser les populations et casser la base électorale du PDCI. Mais je pense que si les patriotes, en face, ont d'eux de la détermination, le cours des choses peut changer. Il faut, pour cela, que les Forces de défense et de sécurité affichent de la neutralité et que les mercenaires soient mis hors d'état de nuire les choses prendront alors une direction claire si les partisans acceptent l'affrontement et si les jeunes d'Abobo et d'Anyama se mettent en oeuvre ".

Que peut-on dire d'un militaire, voire un ivoirien tout court tenant un tel discours ? Un mythomane, un fou qui prend ses désirs pour de la réalité. Dans le cas d'espèce, il s'agit d'un ethnocentrique qui raisonne avec une logique douteuse, voire approximative, à telle enseigne qu'on se demande s'il parle de la Côte d'Ivoire engluée dans une crise qui perdure. Que d'amalgames ! que d'incohérences !

Avant ces auto-interviews dans lesquelles l'irréel et l'incohérence cohabitent, Jules Yao Yao a cru bon diffamer l'institution qu'est la présidence de la République en affirmant sans un début de preuve, que les fameux escadrons de la mort y sont logés. Aujourd'hui, l'homme qui a crié haut et fort qu'il détenait des preuves irréfutables est en train de se dégonfler. Dans un entretien au quotidien français "La Croix", il dit notamment : "Je n'aurais jamais associé les escadrons de la mort à la présidence, si je n'avais pas subi, dans la nuit du 28 au 29 juin, une bastonnade qui était en fait un assassinat manqué. J'avoue ne pas pouvoir reconnaître mes tortionnaires, pour la simple raison que quand on vous bat, vous êtes plus occupé à, vous protéger et à prier qu'à chercher à identifier qui vous torture ".

Quand on a fini de lire ces lignes, on a toutes les preuves de la mythomanie de Jules Yao Yao, qui n'a pas hésité à parler d'escadrons de la mort logés à la présidence et d'assassinat manqué sur sa personne par cet escadron, alors qu'il sait très bien qu'il à eu à en découdre avec de jeunes militaires envoyés à ses trousses par sa hiérarchie parce qu'il pactisait avec la France qui, en ces périodes, est un ennemi pour la Côte d'Ivoire, le diable en personne.

C'est cela les faits. Quelle est donc cette histoire d'escadrons de la mort logés à la présidence ? Alors que lui-même affirme, dans l'entretien avec le quotidien "La Croix", que son interpellation a été commandée par le chef de l'Etat-major. C'est cela la mythomanie, le mensonge éhonté. Et l'homme joue sur plusieurs chapitres. Il joue à la foi à se faire peur et à se donner de la contenance. Tout est vraiment mélangé dans sa tête.

C'est ce qui arrive aux espions quand ils sont découverts, quand leur jeu macabre est mis au grand jour. Le lieutenant-colonel écrit à longueur de journée à ses frères d'armes, adresse des dizaines d'auto-interviews à des rédactions, joue au moralisateur. Et pourtant, cet informaticien (c'est ce qu'il est) n'est pas un exemple, loin s'en faut. C'est d'abord et avant tout un corrompu. Et c'est ce défaut qui l'a entraîné aujourd'hui dans cette gadoue où il se vautre à jouer les importants et à critiquer des journalistes qui aimeraient l'argent. Un exemple parmi tant d'autres : en avril 2003, Yao Yao a approché le service de la communication de la présidence de la République. Il voulait que le chef de l'Etat lui donne 15 ou 20 millions FCFA. Il voulait résoudre certains problèmes et retrouver sa femme en France où elle vit depuis longtemps. Il a harcelé le service de communication en vain. Deux mois plus tard, il est devenu le conseiller militaire du Premier ministre Seydou Diarra, sous le prétexte de représenter les FANCI à la CNDDR. C'est ainsi qu'il a pactisé avec le diable. Et, bien, sûr Seydou Diarra et les autres barons de la rébellion, connaissant son talon d'achille, l'ont complètement anéanti. Aujourd'hui, c'est une âme en peine qui a le toupet de dire que le président "Gbagbo règne par l'argent et les menaces". Que répondre à cet officier supérieur qui pouvait même se targuer de l'amitié du général Mangou ? Rien ! si ce n'est que l'argent l'a perdu. Et que ses menaces ne font peur qu'à lui-même.

Par ailleurs, on pourrait se demander si ce militaire, qui souhaite la recolonisation (c'est tout comme) de la Côte d'Ivoire par la France et sa mise sous tutelle par l'ONU, est réellement encore lucide.

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