Donald Tondé
14 Août 2005
Aujourd'hui, lorsqu'on parle de communauté internationale, cela provoque parfois un sourire au coin des lèvres. Avant, attention : évoquer la communauté internationale, c'était comme invoquer Dieu le Père, celui qui donne à boire et à manger, celui qui est chargé de résoudre la misère du monde, celui qu'il faut ménager parce que sans lui, rien n'est possible du point de vue du développement.
Beaucoup d'Africains avaient idéalisé cette communauté internationale. Elle traduisait à leurs yeux la manifestation de cette fraternité universelle qui faisait que les hommes, quelle que soit leur couleur, quel que soit leur lieu, étaient tous égaux devant la loi comme devant Dieu et éligibles à la solidarité universelle. C'est sans doute ce qui justifie qu'aux moments les plus tragiques où les populations étaient plongées dans le noir désespoir, on l'invoquait comme dans une prière on appelle au secours, en désespoir de cause, la Madone.
Mais il faut dire que cette vision angélique de la communauté internationale a volé en éclats depuis quelque temps. En l'espace d'une décennie, la prise de conscience sur l' envers du décor a fait un bond monumental et aujourd'hui, le rêve est brisé. Parler de communauté internationale de nos jours, c'est quasiment invoquer une sorte de "Cartel de Medellin ", d'entrelacs de réseaux qui ont fini par inféoder la gouvernance mondiale et qui manipulent, contre leur protection, des dictateurs africains à leur guise . Ce ne sont pas les principes qui guident leurs actions, oh que non ; ce sont les intérêts, les marchés, l'approvisionnement en énergie. Là, ils peuvent s'entendre comme larrons en foire, oublier toutes leurs différences, remiser au placard les beaux discours sur les droits de l'homme, de la femme, sur la démocratie . Tenez, regardez un peu comment ils traitent la Tunisie, le Gabon, comment ils courtisent la Libye. Pour leurs intérêts, ils iront jusqu'à tomber comme des rapaces sur les pauvres démunis.
Tout ça pour dire que le Burkina Faso n'échappe pas à la règle. Ici aussi, on a rêvé, on a invoqué la communauté internationale sur tous les tons. Pendant les grandes sécheresses, à l'occasion des grands crimes d'Etat, des violations des droits de l'homme et des libertés publiques, des entorses à la démocratie, comme à l'occasion de famines, de violations de la Constitution, on a fait appel à elle mais aujourd'hui, jusque dans des hameaux les plus reculés, on a pris conscience que Dame communauté internationale n'est pas le Robin des bois.
Diable, si elle s'intéresse au Burkina Faso, ce n'est pas pour ses beaux yeux, c'est parce que le pouvoir en place peut l'aider à accomplir telle ou telle action, à atteindre tel ou tel objectif. C'est à cette aune-là qu'elle agit, qu'elle se fait entendre. Dans bien des conflits sous-régionaux, dans bien des missions d'intercession, elle a trouvé à employer le régime en place. C'est pour cela qu'elle pardonne tant au pouvoir, qu'elle est si peu loquace devant la violation des libertés individuelles et collectives au Faso, qu'elle détourne les regards des opposants qui l'appellent au secours, qu'elle se tait sur la mal-gouvernance en général lorsqu'elle ne délivre pas des satisfecits pour les performances réalisées au plan politique et économique.
Ce qui vaut pour les Burkinabé vaut pour les Centrafricains, les Tchadiens , bref pour toute l'Afrique francophone. Les peuples d'Afrique réalisent depuis quelques années que leur libération reste à entreprendre contre les oppresseurs de toujours mais contre les nouveaux rois nègres qui sont leurs bras armés.
Dans un tel contexte où les désillusions sont dominantes, les deux écrits de Lise et de son époux, coopérants canadiens sur le départ, qui dans un langage frais, léger et douloureusement véridique, ont dressé un tableau poignant sur la situation au Faso, apparaissent comme une bouffée d'oxygène, une onde d'espérance.
Dans l'Observateur Paalga du 9 Août dernier en effet, où les deux écrits ont été publiés, l'attention de nombre de Burkinabé aura été sollicitée par cette manière qu'ils ont eue de dépeindre la situation du Faso. Ils n'ont pas parlé pour quelque chapelle que ce soit si ce n'est celle de leur conscience. Au moment de quitter le Burkina Faso, ils disent garder en eux des images fortes d'un peuple laborieux qui souffre des effets dévastateurs de la pauvreté mais un peuple qui a acquis leur sympathie définitive pour être resté rivé aux vertus légendaires qui ont forgé son tempérament. D'un autre côté, ils ont des images moins positives et qui concernent la fracture sociale, l'écart grandissant entre la minorité de riches et la majorité des pauvres, le désintérêt, la complicité de certains coopérants vis-à-vis de la mal-gouvernance.
Lise et son époux ne sont pas venus au Faso faire du tourisme, encore moins pour faire du " CFA ". Ils sont venus, gorgés de l'espérance de mettre leurs connaissances au service d'un pays pauvre afin de l'aider à refaire ses handicaps et ils le confessent sans fards, ils ne repartent pas avec le sentiment du devoir bien accompli. Pour eux, la gangrène de la corruption est très avancée et le décor pour la construction d'une monarchie républicaine est bien planté : au Faso, comme dans bien des pays, la succession au pouvoir risque de se faire dans la famille, à cette différence qu'elle a toute les chances d'échoir à une fille nommée " Djémila ". Ne concluent-ils pas en effet : " Le Capitaine du Faso n'a-t-il pas uniquement un ayant-droit de sexe féminin ? ".
Alors qu'on en avait gros sur le coeur contre la communauté internationale et tout ce qui s'y rattache, nos deux coopérants ont quelque peu adouci les rancoeurs, nous rappelant que tout n'est pas à jeter dans la communauté internationale. Même si les pratiques maffieuses y gagnent du terrain, même si l'égoïsme règne en maître, il existe encore des " Lise " et autres qui gardent en eux, comme des " coopéranturiers ", la foi dans le bienfait de la coopération entendue dans le sens noble du terme, celle qui repose sur le partage, le bénéfice réciproque, le respect de la dignité des uns et des autres, le refus de l'aliénation.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2005 San Finna. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.