Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Le temps des reniements : la fin de la logique des Composantes

16 Août 2005


Kinshasa — Le mouvement n'a pas encore atteint la dimension d'une chronique qui s'étale à la Une des médias.

Mais la réalité est incontournable, quoiqu'elle reste encore souterraine: les bateaux des partis politiques, du moins les mieux ancrés dans les institutions de la transition, prennent eau de toutes parts. Au gré des intérêts et des frustrations liées au positionnement, des personnalités en vue abandonnent leurs alliés d'hier au profit de nouvelles coalitions au sein desquelles pensent-elles avoir les coudées plus franches. L'hémorragie est d'ailleurs appelée à s'accentuer, avec la fin, au 30 juin 2006, du processus de la transition qui sera précédée par l'organisation des élections.

En effet, à mesure que l'on se rapproche de la fin de la période de transition fixée au 30 juin 2006, les principaux partis politiques sont agités par des conflits internes qui découlent, la plupart du temps, de l'insatisfaction des uns et de la boulimie des autres, en matière de partage des responsabilités.

Des incompatibilités idéologiques apparues une fois que les formations politiques jadis dans l'opposition armée ou non sont parvenues au pouvoir font également le lit des scissions, sinon de véritables hérésies qui finissent par éroder les efforts d'édification d'un électorat encore mouvant et hésitant entre d'anciens rebelles, des partis à mouvance mobutiste, ou des ex-croissances du kabilisme pur et dur. En réalité, les défections auxquelles on assiste ces derniers temps au sein des formations politiques, démontrent la précarité, voire la fragilité de partis montés à la-va-vite, par des personnes que tout séparait encore, à la veille des négociations politiques intercongolaises de 2002 en Afrique du Sud, et qui ont accouché des textes qui régissent la transition.

A l'époque déjà, l'opinion avait exprimé de l'étonnement face à des alliances contre nature entre belligérants soutenus par des puissances étrangères et « patriotes » irréductibles d'une part, ou entre partisans kabilistes et mobutistes revenus d'exil d'autre part, sans compter les technocrates recrutés sur internet. Ces derniers, parfaits inconnus, se sont trouvés subitement hissés au rang de leaders par la magie et l'alchimie de Sun City.

DES « GRANDS » S'EN VONT

Pourtant, des défections, il en arrive tous les jours. Bien des anonymes passent d'un parti à un autre, sans que ces départs ne suscitent des commentaires. D'autres, par contre, créent de petits tsunamis internes, et leurs reniements laissent des traces profondes et durables. Le dernier départ en date est celui du sénateur François Kimasi qui, du Bas-Congo où il se trouve en vacances parlementaires, a annoncé son retrait du Mouvement de libération du Congo (Mlc), et la création de l'Alliance des bâtisseurs Kongo. Le sénateur - qui garde son siège au Parlement en vertu de l'Accord global qui stipule que députés et sénateurs sont désignés pour la durée de la période de transition - justifie sa position et prédit « une gestion conflictuelle » par les composantes qui auront à gagner les sièges à l'Assemblée nationale. Il craint que « les intérêts du peuple kongo ne puisent nullement être défendus par le Mlc, le Rcd et le Pprd ». (Sic).

Peu de temps avant François Kimasi, c'est Me Omari Lea Sisi qui claquait la porte du Mouvement populaire de la révolution Fait privé (Mpr/Fp). Comme toujours en pareille circonstance, les raisons des fâcheries ne sont pas étalées sur la place publique. Mais la presse a vite découvert que la pomme de discorde résidait en une mauvaise répartition des postes dévolus au parti de Catherine Nzuzi wa Mbombo.

Le même Mpr/Fp avait connu par le passé d'autres départs mémorables, notamment celui de l'actuel ministre de l'Enseignement primaire, secondaire et professionnel, Ndom Nda Ombel, qui avait alors rejoint le Mlc au profit duquel il se serait engagé à apporter «sa base » de sa province natale du Bandundu. Il était précédé de peu de Henri-Thomas Lokondo, parti créé l'Ucl, une formation du giron kabiliste. Chose confirmée peu après par la nomination de ce dernier en qualité de conseiller privé du chef de l'Etat.

Un départ qui a tout de même défrayé la chronique dans les dernières semaines est celui de Endundo Bononge, ancien ministre Mlc ( limogé pour malversations financières). Le cas de celui-ci est intéressant à plus d'un titre. Homme d'affaires prospère sous le régime du maréchal Mobutu dont il était l'un des proches, il fait son apparition en 1998 à Goma dans les rangs de la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (Rcd), soutenu par le Rwanda, avant de rejoindre plus tard le Mlc de Jean-Pierre Bemba à Gbadolite, en compagnie d'autres « poids lourds » mobutistes. A la transition, il lui échoit le poste de ministre des Travaux publics et Infrastructures qu'il quitte de façon peu honorable. Dans ce ballet, le Pprd a été souvent accusé de chercher à « débaucher » de hauts cadres de partis adverses, à l'instar de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Antoine Ghonda qui rejoignit le camp présidentiel, après que le Mlc lui eut retiré et sa confiance et son poste pour d'obscurs griefs de rapprochement avec le président Joseph Kabila. Autant de départs tapageux.

DEPARTS « HONORABLES »

Pourtant, il y a eu des départs qui se sont déroulés en l'absence de toute attitude infamante. Le cas le plus en vue est celui de Lunda Bululu, ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, passé aussi dans la rébellion du Rcd d'abord, puis du Mlc. Sénateur, il a quitté cette dernière formation et renoncé à son mandat de parlementaire, avant de reprendre en main les rênes de son parti, le Rsf. Expliquant clairement que son passage dans les deux mouvements s'étaient passés sur fond d'un accord qui n'impliquait pas l'abandon de sa propre formation politique.

Liens Pertinents

L'on se souvient par ailleurs que Fuka Unzola, premier gouverneur Afdl du Bas-Congo en 1997, a décliné l'offre du Pprd à ce même poste, rejoignant du coup le Mlc, pour des raisons de convenance personnelle. Deux reniements qui n'ont pas défrayé la chronique négativement, chose rare au sein d'une classe politique minée par des luttes acharnées de positionnement au détriment de la dignité et de la réputation d'autrui.

Il reste qu'à 8 mois des élections générales et présidentielle, la classe politique est en voie d'attraper une forme de maladie de Saint Guy, un authentique « delirium tremens », à l'idée que la seule chance d'espérer grappiller repose sur cette alternative : occuper un poste de gestion, pour des raisons évidentes, ou s'appuyer sur un fond tribal, au détriment de la stabilité et de la solidarité nationale. Au demeurant, l'heure de la fin de la logique des Composantes et Entités a sonné. Elections obligent.

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