Xavier Roger Ondoa
17 Août 2005
La plupart des grands criminels locaux ont fait leurs classes au quartier des mineurs.
Derrière le quartier 8, le fameux couloir de la mort. Résidence des condamnés à mort de droit commun. Ces hommes meurtris par la décision faisant d'eux des défunts sursitaires sont d'une méchanceté peu ordinaire. S'attendant chaque jour à être choisis pour le peloton, leurs réactions sont souvent dépourvues de tout sentimentalisme. Véritable eldorado du proxénétisme carcéral, les rares condamnés à mort n'ayant pas le courage de s'accoupler avec des hommes transforment néanmoins leurs cellules en auberges où seront massacrés les adolescents ayant succombé aux tentations causées par la famine et surtout ceux habitués à la facilité.
Certains ayant parfois pris connaissance de la chose avant leur mise en taule, ce qui est monnaie courante dans notre capitale po et d'autres grandes villes, les prostituées se plaignant depuis belle lurette que de jeunes garçons leur discutent aisément les "clients" dans les hôtels, les boîtes de nuit et allant au delà des convenances, dans la rue. Nous nous acheminons ainsi volontairement vers un autre Harmageddon. Heureusement notre Père céleste fit jadis la promesse de ne plus nous détruire mais, n'oublions pas que son Alliance concernait la destruction par l'eau. Cessons d'attirer ses foudres. La majorité des condamnés à mort est ainsi très friande de cette pratique.
A la question de savoir pourquoi, les réponses varient: qu'attendons-nous encore de la vie, jamais plus nous ne connaîtrons la femme, nous pouvons d'un moment à l'autre être conduits au poteau, autant partir avec quelques derniers bribes du plaisir sexuel quel que soit le genre. Pourtant, chaque jour ils sont là au complet. Nul ne vient les chercher pour les passer par les armes. La nation entière étant témoin des efforts entrepris par le chef de l'Etat actuel pour abolir cette peine.
Depuis près d'un quart de siècle, les exécutions publiques, sauf populaires ont presque disparu des conversations locales. Ces hommes donc, au lieu de chercher à se racheter tant devant les hommes que la nature, continuent à faire du mal, à faire plus de mal que jamais. Un garçon que l'on a transformé en femme représentant parfois l'espoir d'une famille, un espoir détruit dans son embryon. Il y'a de cela quelques années, un condamné à mort de Kondengui qui passa pratiquement vingt ans dans cette peine fut libéré et avec toutes les belles créatures féminines qui avaient vu le jour durant son absence, il trouva mieux d'aller renouer avec un garçon de ses femmes. Le pauvret qui avait gardé en lui ce triste souvenir et toutes les misères qu'il avait endurées durant leur relation, remercia la nature en voyant cet être qu'ils qualifiaient de monstre devant lui et en train de le relancer. Rendez-vous fut pris dans un restaurant et après s'être attablés, le garçon mit simplement de l'arsenic dans le plat de son ex conjoint.
Le couloir de la mort est aussi le centre des trafics de tous genres. Les gardiens et gardiennes servant d'agents de ravitaillement, quantités industrielles de stupéfiants se retrouvent ainsi facilement au backside1 allant du chanvre indien, comprimés, faux whisky à la colle qui est aussi une grande drogue. Parfois dans ce méli-mélo, on ne sait qui est le maître: le gardien ou le détenu. Les deux tirant toutefois des bénéfices qui rendraient jaloux les industriels. Une cigarette Bastos jaune vendue officiellement à 10 francs est passée en prison à 100 voire 200 francs, le prix d'un paquet. Conduisant ce paquet à 4.000 francs. Ces individus sont ainsi à mesure d'employer le fabricant de ces cigarettes.
Providence
Les condamnés à mort étant les maîtres de la cage, ils n'hésitent pas souvent à vouloir abuser de leur titre mais la loi est toujours là pour un rappel à l'ordre, n'hésitant pas, lorsque besoin se fait de les mater par tous les moyens, même les plus illégaux. Avant la prise effective de position des Droits de l'Homme au Cameroun, ces hommes entrèrent en grève. Les gardiens de prison n'étant pas à la hauteur, l'Etat dépêcha l'armée, avec pour mission d'instaurer l'ordre à tout prix. La scène se passa vers les années 80, mais les survivants ont encore en mémoire ce triste événement. Un hélicoptère fit d'abord le tour en larguant des gaz lacrymogènes.
Durant la panique générale, des commandos de notre glorieuse armée, qui ne nous a vraiment jamais convaincus, sauf dans des conflits intestins, firent irruption dans le couloir de la mort. Bilan: à ne pas évoquer. A quoi nous sert une armée aussi privilégiée, sinon à trucider de pauvres détenus sans défense et à maintenir au pouvoir depuis l'indépendance une dictature Père et Fils et pourquoi pas dans un lointain -proche avenir Petit-fils? Nous autres n'avons jamais été à la Sorbonne, ni à Saint-Cyr, ni fait Sciences po, mais un jour, traînant nos galères, la providence fit que nous tombâmes sur un bout de papier en bordure de la rue. Malgré notre petit niveau du cours moyen deuxième année, nous pûmes déchiffrer les hiéroglyphes qui étaient inscrits dessus: les origines de l'Armée ayant pour véritable nom Garde du territoire et réservée aux orphelins de l'Etat uniquement. De qui et de quoi nous protégeons-nous?
Pourtant, un de nos voisins, très petit d'ailleurs et sur lequel nous posons nos pieds car en dessous de nous, joue paisiblement aux billes dans la rue avec les enfants de ses concitoyens depuis plus de trente ans sans inquiétude et surtout ayant l'entière conviction de tirer sa sève du bas. Nous au contraire, préférons loger au dernier étage de la Tour de Babel sans tenir compte de l'état croulant des fondations.
Au pays, pour voir Papa national, il faut traverser cent cinquante mille soldats, l'équivalent de Yaoundé-Melbourne à pied. Tout ce que nous connaissons de lui, c'est sa gracieuse main à la chevalière qu'il avait par magnanimité osé laisser filtrer de la lucarne de son char à la montée New-Town de Mbalmayo, pour rendre le salut que nous, joueurs de cartes désoeuvrés, lui adressions. Que devenons-nous quand Papa est absent? Les rats essayent leurs dents sur nous. Nos dons sont détournés, nous-mêmes molestés dans les locaux des forces de l'ordre, nos terres qui nous aidaient à vivre à la paysanne, comme tous bons villageois de Yaoundé arrachées de force par la Maetur, et même lorsque nous gagnons le procès en justice, nous subissons les contours de celle-ci dénommés voies de recours extra-judiciaires. Difficile à comprendre pour des cervelets imbus de jus de cafards comme les nôtres. De grâce, sensibilisez nous davantage sur les gros termes de La Haye.
A côté du quartier spécial 11, celui des mineurs. Véritable centre de rééducation tant positive que négative, tout dépendant dans tous les cas des concernés. Toutefois, l'administration fait tous les efforts pour essayer de récupérer ses enfants en âge scolaire. Pourtant, nombre d'entre eux refusent de l'encourager dans ce sens. A l'intérieur de ce quartier, des salles de classe, de conférence et un terrain de basket-ball. Leurs enseignants sont choisis parmi les détenus qui, avant la glissade, avaient exercé dans le domaine. Des cours sont dispensés du primaire au secondaire et, de temps en temps, des résultats satisfaisants sont enregistrés.
Les mineurs bénéficient aussi de la présence des assistantes sociales et des soins médicaux plus contrôlés que les majeurs. Cependant, la grande partie se déverse dans la négativité. La cause étant leur infiltration dans les quartiers des majeurs malgré les mesures sécuritaires mises en place par les autorités pénitentiaires. Ils y prennent connaissance avec la drogue et son ombre, l'homosexualité. Les bandits de grand chemin, pour les courtiser, leur font miroiter les avantages mirobolants du grand banditisme: millions coulant à flots, grosses cylindrées, une vie de nabab en quelque sorte, alors que plusieurs d'entre eux se retrouvent au Tribunal militaire, parce qu'ils ont braqué des cabines téléphoniques et, pire encore, des braiseuses de poissons sur lesquelles on ne peut même pas trouver cinquante mille francs.
Erreurs
A Kondengui, tous les malfrats multiplient leurs performances et avoirs par cent ou mille. Un individu mis aux arrêts pour le larcin d'une chèvre dira être là pour un troupeau, et tel autre qui n'a jamais possédé cent mille francs, s'attribuera des coups de plusieurs millions. Chacun d'eux aussi a laissé un immeuble, mais en faisant des comptes, nous constatons que notre chère capitale po ne contient guère quatre mille cinq cents gratte-ciel. Sans doute, les leurs ont été élevés dans l'espace à coup de milliards de rêves, sous la haute bienveillance de la technologie nipponne. Encourageant, la volonté étant là, reste les moyens et avec ce que les détenus camer ont dans leurs cabosses, nous ne sommes pas loin d'évincer les States. Du fond de ma tombe un jour, je sourirai de fierté. Mais pour y arriver, il faut la précision et surtout, surtout l'application. Toujours bien faire ce que l'on a choisi, dans le sens héroïque. La plus grande de nos erreurs est l'anticipation. Pour déclarer la guerre totale au grand banditisme, il faut avoir les moyens et surtout les mettre en jeu dans la recherche. En un jour, nous voulons réaliser ce que les grandes nations ont passé un siècle à étudier seulement. Aux Etats-Unis, par exemple, il existe des prisons de haute sécurité réservées spécialement aux irrécupérables notoires. Nous autres, nous nous acheminons vers le désastre ou plutôt la catastrophe en claudiquant.
Le mal ne se perdant jamais, un grand criminel ne pouvant transmettre son esprit maléfique à un adulte ira tout droit du côté des adolescents larguer ses germes et, au moment de leur remise en liberté, la patrie aura droit non à des redressés, mais à des monstres provenant tout droit du Harvard du crime. Lutter contre la grande criminalité consiste donc non seulement à recruter chaque jour des policiers et gendarmes qui représentent depuis le deuxième pouvoir, la plus grande plaie de notre nation, le plus grand ulcère lépreux mais à trouver la solution pour l'éradication, même partielle, de son extension. Dans la même prison, on retrouve le voleur de poules, l'accidenté, le cambrioleur, l'assassin, le braqueur ou voleur à main armée etc des individus qui ont certes tous enfreint la loi, mais qui n'ont que cela en commun. La plupart des grands criminels locaux ont ainsi fait leurs armes au quartier des mineurs et, à titre de référence, nous citerons, même si cela choquera les consciences des familles, les ennemis publics numéro 1 Essono et Anani, l'intérêt national passant avant tout.
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