17 Août 2005
opinion
Le syndicat des chefs d'Etat africains est vraiment puissant. Jusque là, on croyait qu'il est composé essentiellement de vieux rococos qui ont pris le pouvoir par un coup d'Etat, ou qui ont succédé au "père de la nation", décédé il y a des décennies. Que non! Même les nouveaux présidents, élus démocratiquement, apparemment, ont vite pris leur carte de membre du syndicat, et multiplient des actes de banditisme politique.
Regardez comment Wade est décidé de "finir" avec son ancien Pm au Sénégal, Idrissa Seck, que l'on accuse maintenant de tous les maux. Regardez surtout Mamadou Tandja, le président du Niger. Celui là, c'est le nouveau parrain des dictateurs, qu'ils soient en poste ou déchus. On l'a ainsi vu à l'oeuvre, lors du putsch constitutionnel de Faure Gnassingbé au Togo. C'est à peine s'il ne s'est pas proposé d'assurer lui-même la garde rapprochée du fils du défunt dictateur du Togo! Ayant contribué à installer ce pouvoir illégitime à Lomé, il vient aussi d'accueillir à bras ouverts le dictateur déchu de Mauritanie, Maaouya Ould Taya.
Nous ne savons pas si ce dernier, débarqué du pouvoir alors qu'il était parti pleurer au deuil du roi Fahd en Arabie saoudite, avait sollicité une autre terre d'asile. Mais on peut imaginer qu'il a rapidement songé à se terrer dans le pays de Tandja, protecteur en chef des dictateurs. Heureusement que, pour l'histoire, le dictateur mauritannien n'a fait que quelques jours à Niamey, avant de se trouver une vraie terre d'asile.
Délicat
Quand la carpe se met à parler. Cela pourrait être le titre d'un beau film tiré de l'actualité récente du football français, marqué notamment par le retour en sélection du brillant numéro 10 des Bleus, Zinedine Zidane.
C'est de notoriété publique, le meneur de jeu du Real Madrid est un grand timide, qui n'aime pas beaucoup parler. Il préfère souvent s'exprimer balle au pied plutôt que devant les micros, contrairement à un Anelka par exemple, qui joue plus dans les interviews que sur l'aire de jeu. Mais toute la semaine dernière, Zizou a fait tellement de déclarations qu'on se demande s'il n'a pas mangé un perroquet grillé pour être aussi bavard. Et le hic d'ailleurs, c'est que ses déclarations sont troublantes: il a commencé par dire que l'équipe de France lui "manquait", c'est pour cela qu'il est de retour. Après, il explique qu'il a "entendu une voix à 3h du matin", qui lui demandait de revenir. Beaucoup de journalistes ont alors compris que l'affaire-là était très mystique.
Le même Zidane, qui avait déjà annoncé que Thuram revenait aussi en sélection sans avoir consulté le défenseur de la Juve, s'est senti obligé de faire un démenti sur le côté "mystique" de son retour. "Les gens ont mal interpreté mes propos, c'est mon frère qui m'a appelé à 3h", a-t-il précisé, vexé. Zizou n'a pas à se fâcher: qui ignore qu'il y a le "ngrimbah" dans le football?
Noviciat
Le match de football Côte d'Ivoire-Cameroun du 4 septembre prochain est dans tous les esprits. C'est le branle-bas à tous les niveaux. Le ministre des Sports est déjà à Paris, où il tient des réunions de motivation des troupes. Des journalistes ont établi leur quartier général à Abidjan. Les charters sortent de terre comme des champignons...
Tout est donc immense dans la préparation de ce match capital, lequel va certainement décider de l'équipe de la poule 3 des éliminatoires zone Afrique qui est qualifiée pour la Coupe du monde "Allemagne 2006". Tout, sauf l'adversaire des Lions indomptables ce soir, en match de préparation du rendez-vous du 4 septembre. Encore une fois, en effet, Artur Jorge a choisi comme sparring-partner des Lions un club de Cfa, le championnat de France amateurs, équivalent de 4ème ou 5ème division. Après Moissy-Cramayel en juin, voici Villemomble. Ce dernier club a un autre avantage: il est entraîné par un Camerounais, un certain Alain Mboma, frère de l'autre, le préparateur psychologique des Lions. Mais en dehors de cela, que gagne t-on à jouer contre des équipes de quartier, au moment où les Eléphants de Côte d'Ivoire affrontent l'équipe de France?
Le sélectionneur a sa petite idée sur la question : il ne veut surtout pas de défaite qui pourrait saper le moral de ses joueurs avant un match officiel. Soit. Mais dans ce cas, pourquoi avoir honte de programmer un match amical Lions indomptables contre Vipère de Ndikinimeki, à Bafia?
Patriarcat
L'argent qu'il y a au sein et autour des Lions indomptables doit être tellement important, qu'il peut même amener les gens les plus sensés à perdre la raison. Car, manifestement, il vaut mieux être présent partout où il y a un rassemblement, pour être sûr que rien ne pourra vous échapper au moment du partage. Si ce n'était pas cela la vraie raison, on comprendrait très peu l'attitude de notre actuel ministre chargé des Sports, c'est à dire des Lions indomptables, qui, en la matière, fait exactement comme son prédécesseur, comme un vrai patriarche.
Les Lions indomptables, on le sait, préparent un match important, début septembre, contre les Eléphants de Côte d'Ivoire. Mais pour un premier rassemblement, sans importance autre que l'ambiance de groupe, le ministre Mbarga Mboa a trouvé le moyen, comme les autres fois, d'abandonner sa charge et de partir à Paris, accompagné d'une horde de collaborateurs, pour multiplier les réunions au moment où les joueurs ont besoin à la fois d'exercice et de concentration. En quoi, en effet, un ministre de la République peut-il être utile pour un match contre une équipe de 4e division dans un stade sans spectateurs ?
Il faudrait peut-être demander au ministre, à son retour de " mission ", la note salée de ce déplacement peu opportun. Pour se rendre compte qu'avec ces dizaines de millions, cela aurait constitué une source supplémentaire de motivation (et donc moins de réunions) pour les Lions indomptables, dont on ne peut pas oublier que leur vrai coach, depuis toujours, c'est... l'argent.
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