Jean N'saka Wa N'saka (journaliste Indépendant)
19 Août 2005
opinion
Kinshasa — Les fils et filles de la Rdc aujourd'hui âgés de plus ou moins une cinquantaine d'année, ne peuvent pas comprendre exactement ce qui se passe dans ce pays depuis qu'ils sont nés.
Ils ont vu le jour et grandi dans l'obscurantisme des régimes autocratiques. La liberté, la démocratie, la civilisation, la dignité humaine, ne sont pour eux que des notions vagues et livresques dont il ne leur a jamais été donné de jouir afin de comprendre ce qu'elles valent pour l'homme et pour son pays. Les programmes scolaires et académiques qui restent encore imprégnés de vestiges du système colonial, accentuent davantage l'aliénation et l'occidentalisation d'emprunt que le civisme sain susceptible de faire connaître aux enfants la vraie histoire de leur patrie, de l'époque près-coloniale et coloniale à nos jours. Ces lacunes d'éducation civique convenable favorisées par les dictatures successives, font que les jeunes se font contaminer par les vieux démonétisés. Placés aux affaires, les uns et les autres deviennent des oiseaux de même plumage.
Inversement, même ceux qui sont plus âgés qu'eux et qui ont été témoins ou acteurs des drames connus par ce pays, ne paraissent pas en avoir tiré des leçons pour discerner les horizons vers lesquels la Communauté internationale et les promus de Sun City nous conduisent graduellement avec détermination, prenant cette fois-ci la vitesse de croisière. D'aucuns parmi eux ne montrent pas qu'ils se sont assagis. Aussi, parler du renouvellement de la classe politique par le remplacement des vieux par des jeunes devient un argument ridicule et ceux qui l'avancent le font d'une manière sentimentale sans se donner la peine d'approfondir les raisons de l'instabilité, les causes de la crise politique et de légitimité en RDC depuis 1960.
La situation politique et les événements dont nous sommes témoins aujourd'hui ne sont pas fortuits, ni de simples accidents de parcours. Ils font partie d'une série de drames qui remontent au lendemain de l'indépendance en 1960, se sont reproduits en 1965, 1992, 1997, 2001, 2003 et cette année 2005. Engendrés par un complot international, ces drames ont toujours été provoqués par suite des mêmes erreurs et trahisons de certains compatriotes à la solde de puissances étrangères. Des compatriotes qui servent de marche-pied à ces puissances sont lâchés alors même qu'ils ont été utilisés au maximum pour nuire à leurs pays. Je n'en connais aucun d'ici chez nous qui, chassés du pouvoir, soit parti de ce monde terrestre avec les honneurs normalement dus à son rang d'homme d'Etat ami de l'Occident.
Du point de vue historique, les fourriers de l'aliénation de l'indépendance et de la souveraineté de notre pays sont parmi ceux qui se parent aujourd'hui du titre honorifique de pionniers de l'indépendance. En septembre 1960, ils s'étaient prêtés à se charger de l'élimination physique du Premier ministre Patrice Lumumba, sort décrété par le Président d'une grande puissance étrangère.
Premières erreur et trahison. On ne se rendait jamais compte de la gravité des conséquences qui s'ensuivraient. Un chaos baptisé la «congolisation» ébranla le pays dans toutes ses structures pendant plus de 5 (cinq) ans; les trois quarts de la nation tombés aux mains des partisans de Lumumba ayant pris le maquis. La sécession du Katanga, l'apparition de l'Etat autonome du Sud-Kasaï, un gouvernement central parallèle à Stanley-ville. Tous ceux qui ont trempé de quelque manière que ce soit dans la déchéance anarchique et la fin tragique de Lumumba n'ont pas fini leur vie honorablement sur cette terre. Ceux qui sont encore en vie ne perdent rien pour attendre. Depuis lors ce pays ne nous appartenait plus que de nom.
En 1965, après une accalmie qui permit d'organiser les élections jugées généralement démocratiques, libres et transparentes sous l'égide de l'ancien sécessionniste Moïse Tchombé rappelé de Madrid et devenu Premier ministre, les mêmes liquidateurs de l'indépendance et de la souveraineté ont récidivé, toujours à l'instigation des comploteurs étrangers, en basculant le pays dans une dictature cruelle et sanguinaire. Le pays sera détruit de fond en comble. Une oligarchie de nouveaux riches pillera systématiquement les richesses de l'Etat, s'engraissant du sang et de la sueur du peuple réduit à la paupérisation absolue. En 1992 lorsque le peuple se ressaisit, se réunit en conférence regroupant plus de 2.850 délégués venus de toutes les couches sociales, se dote de nouvelles institutions devant conduire à la restauration de la démocratie, au retour à la civilisation, et à l'établissement de l'Etat de droit dans deux ans, les commanditaires de la conspiration internationale qui ne dorment jamais reprennent l'offensive.
Monarchie absolue
L'espoir du peuple est anéanti par le Maréchal et ses faucons. C'est alors que l'axe de la conspiration mobilise des pays voisins de l'Est sous le couvert d'une poignée de jeunes aventuriers coiffés par un vieux maquisard. S'affichant d'abor anti-mobutu et libérateurs, ces nouveaux maîtres se sont vite révélés de grands admirateurs et émules du Maréchal, dont ils se sont mis à copier trait pour trait les méthodes de domination, d'accumulation des richesses mal acquises, de pillages, de violations des droits de l'homme, d'exploitation et de paupérisation à outrance du peuple. En somme, c'est la continuité et le parachèvement de l'ouvre de destruction entreprise par le MPR-Parti Etat. Pire encore, ils ont amené dans le pays une guerre internationale dont on dénombre aujourd'hui environ 4 (quatre) millions de morts, des milliers de personnes déplacées, la flore et la faune détruites, des pillages d'immenses ressources du sol et du sous-sol. Tout cela rien qu'en 6 ans, soit de 1996-1997 à 2003.
Entre-temps au début de l'année 2001 le timonier de la caravane de Lemera sera trahi par ses fidèles et assassiné dans son bureau à la grande joie de ceux qui l'avaient installé au pouvoir. Pour eux, il était devenu l'écorce qu'il fallait jeter après avoir pressé l'orange. A peu de choses près comme c'était le cas du timonier de Kamanyola. Mais cette même année 2001, la Communauté internationale qui est l'âme de l'éternel complot contre la RDC, établit dans les coulisses une monarchie absolue qui se nourrit abondamment d'idéologie empruntée aux systèmes précédents. Ceux qui s'érigent en tuteurs de fait de la RDC s'en accommodent et encouragent la dérive.
En 2003, la dynastie politique autour de laquelle gravitent de nouveaux et anciens dinosaures des régimes despotiques lointains et récents s'est vue auréolée de l'apothéose du sacre par la Communauté internationale. Jusque-là se considérant comme des ennemis jurés ayant des comptes à se régler mutuellement, mobutistes et kabilistes se sont tendu la main pour le meilleur et pour le pire. Témoin l'inattendu Accord partiel de l'Hôtel Cascades qui parle de lui-même, l'ouvre des artisans de l'éternel complot. Déjà c'est à la réunion de Bruxelles que le fondé de pouvoir du club de conspirateurs contre la RDC avait mis en condition les exécutants pressentis du schéma qui sortirait des négociations politiques envisagées par la Communauté internationale. Tout ce qui allait se passer plus tard n'aurait été que de la mascarade.
On peaufine par plaisir des textes juridiques tels que l'Accord global et inclusif et la Constitution de transition, subséquemment à l'Accord mère de Lusaka, qui seront traités comme des chiffons de papier. Le Comité international d'accompagnement de la transition abdique sa neutralité et devient juge et partie, faisant surtout le jeu de ceux qui sont perchés au pouvoir. Pour ne pas dévier du cadre de la cabale, le Ciat fait de la première violation flagrante des textes «un consensus le plus significatif» dans la frustration et l'exclusion de la vraie Opposition du processus de transition. Il continuera cette besogne inqualifiable dans d'autres initiatives déconcertantes comme le séminaire interinstitutionnel, l'appui à un projet de constitution trop personnalisé, le cautionnement d'une prolongation automatique sans évaluation préalable du passif et de l'actif de 24 mois de transition, la manifestation de satisfaction des opérations dites d'enrôlement émaillées d'irrégularités coupables, etc.
L'Eternel complot contre la RDC de 1960 à nos jours mérite plusieurs tomes romanesques, à tel point qu'une réflexion en guise d'article de presse apparaît comme une goutte d'eau dans l'océan. Mais cette conspiration internationale est avant tout essentiellement à base d'erreurs et de trahisons. Maintes erreurs récurrentes des puissances étrangères. Ils avaient cru que la liquidation de Lumumba n'aurait pas de conséquences néfastes durables. Le pays fut plongé dans l'anarchie et le chaos pendant plus de 5 (cinq) ans. Ils avaient soutenu la dictature de Mobutu jusqu'au bout durant trois décennies; finalement ils l'ont chassé du pouvoir et lui ont refusé le droit d'asile politique chez eux. Aujourd'hui ils en font de films mettant à nu toutes ses turpitudes quand il était au pouvoir.
Des trahisons sont celles de certains compatriotes. Ils avaient trahi et livré Lumumba. Ils avaient lâché et isolé Mobutu après le naufrage du MPR le 24 avril 1990. Ils avaient noyauté et déstructuré l'Union sacrée après la Conférence nationale. Ils s'étaient rendus à la réunion de Bruxelles comme des élèves en colonie de vacances. Ils s'étaient estimés la majorité du camp de la patrie pour une aventure qui ne les a pas avancés. Ils ont tourné le dos au peuple depuis qu'ils sont regroupés au pouvoir. Ils vont de reniements en reniements. Aujourd'hui tous sont ligués contre le peuple, mobilisés comme un seul homme pour empêcher l'ouragan d'emporter leur bateau en détresse. Bien qu'ils soient visibles physiquement, ils ne constituent qu'une simple cinquième colonne à travers laquelle la cabale internationale agit pour atteindre un objectif final. Mais toutes les erreurs et trahisons du passé, tous les drames qui se sont produits ne les auraient-ils pas rendus sages ? C'est dommage!
Que les générations postérieures à l'indépendance sachent que les comportements de nos dirigeants d'aujourd'hui et la complaisance cabalistique de la Communauté internationale qui paraissent troublants et décevants, ne sont pas des faits nouveaux ou éphémères. Ils répondent à l'évolution du décor de l'éternel complot international planté dès l'aube de l'indépendance en 1960. C'est cette conspiration qui soutient toutes les dictatures qui nous ont été imposées jusqu'ici. Quand le peuple tente de combattre ces dictatures, les princes de la terre l'en empêchent par tous les moyens, en se servant de certains compatriotes béni-oui-oui qui sont leurs intendants. Cette cabale est maintenant à sa phase cruciale pour en finir avec ce pays sans indépendance ni souveraineté.
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