Le Patriote (Abidjan)

Liberia: Rapatriement volontaire des réfugiés : plus de 11.000 Libériens regagnent leur pays

Anzoumana Cissé (Envoyé spécial à Guiglo et Toe-Town)

22 Août 2005


Les yeux embués de larmes, la voix à peine audible d'émotion, le jeune Kluata Moises âgé de 23 ans quitte définitivement la Côte d'Ivoire pour son Liberia natal. Il fait partie du contingent des 264 réfugiés libériens qui ont décidé volontairement de rentrer chez eux, le vendredi 19 août 2005.

« Je suis content de rentrer au pays. J'estime qu'avec les élections qui approchent, les conditions sécuritaires sont réunies. Je suis venu ici depuis l'âge de 10 ans. Mes deux parents sont décédés au Liberia et ma seule soeur qui s'occupait de moi à Zéhibly (Toulepleu) est morte, il y a quelques semaines. Je suis obligé d'y retourner. Car, je n'ai plus de parents ici», explique-t-il. Avant d'ajouter qu'une fois arrivé au bercail, il se consacrera à un «petit métier» afin de subvenir à ses besoins. A l'instar de M. Kluata, nombre de jeunes et de familles libériens ont exprimé leur joie de retrouver leur pays d'origine. Les 264 réfugiés qui ont embarqué, n'étaient pas dans des camps. Ils étaient disséminés dans les villages de Toulepleu: Zogouiné, Guéyédé et Zéhibly. Avec cet effectif, l'on est à ce jour à plus de 11000 réfugiés ayant choisi le rapatriement volontaire en l'espace de deux mois (mi-juillet à la mi-août 2005). Le contingent du vendredi dernier était convoyé par quatre cars. Le transport des réfugiés de Toulepleu jusqu'au Liberia (Toe-Town) est assuré par la coopération technique allemande (GTI) et le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). Mais bien avant l'embarquement des réfugiés, ils sont d'abord soumis à un test de «screnning».

Selon le Docteur Ghiamphy du groupe Caritas, l'objectif de ce test est de détecter les maladies contagieuses ou d'autres pathologies. «Après ce test qui a lieu à la veille de chaque départ, nous transmettons les différents résultats aux autorités libériennes», explique-t-il. Dr Ghiamphy, relève qu'une femme libérienne portant une grossesse de huit mois a été éliminée. A sa suite, cinq autre personnes. «Cette femme et sa famille enregistrées sous le n° 723012 pourront rentrer au Liberia, après son accouchement», précise le médecin du groupe Caritas indiquant que le test de screnning a également détecté un cas de lèpre, trois cas de malnutris et une réfugiée de quatre-vingts ans, atteinte de la maladie de Parkinson (maladie qui a emporté le Pape Jean-Paul II). Un membre du service d'assistance et de protection au HCR, Moïse Morokro, affirme qu'à ce jour dix huit convois de réfugiés ont quitté Guiglo pour le Liberia. Le regroupement des réfugiés se fait à la veille de chaque départ. M. Morokro annonce que 750 réfugiés se sont faits enregistrer pour les prochains départs. Selon lui, 250 réfugiés quitteront demain mardi 23 août, la région de Bin-Hounien pour le Liberia. Suivront, le vendredi 26 et mardi 30 août, 500 autres réfugiés, issus de Toulepleu (250) et Zouan-Hounien (250). Les réfugiés sont convoyés par les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) et accompagnés par le HCR et le contingent Bingladeshi de Toulepleu jusqu'au dernier village ivoirien, «Péhé-Kan barrage». A ce stade, les FANCI et les éléments de l'ONUCI regagnent leurs bases respectives. Et c'est au tour des éléments de la Mission des Nations Unies au Liberia (UNMIL) en collaboration avec le HCR du Liberia, de la Côte d'Ivoire du GTZ de les conduire jusqu'à Toe-Town (localité libérienne située à 10 km de Péhé-Kan-Barrage).

Le centre de transit de Toe-Town (Liberia)

Toe-Town, centre de transit en terre libérienne située à 10 km de Péhé-Kan-Barrage accueille les réfugiés venant de la Côte d'Ivoire. Une fois dans ce centre, les réfugiés sont accueillis par le HCR du Liberia, la mission des Nations Unies et les organisations internationales sanitaires telle «Merlin». Ils sont soumis à un autre test de screnning. Leur séjour dans ce centre est de 48 heures avant d'être conduits dans leur ville ou village respectif du Liberia. A Toe-Town, ils sont sensibilisés sur les dangers du VIH / SIDA et la création de micro-projets. «Nous vous souhaitons la bienvenue. N'ayez crainte. Le Liberia a besoin de vous pour sa reconstruction. J'espère que vous n'êtes pas venu pour retourner ensuite en Côte d'Ivoire», lance le Préfet de Grand Gedeh - Country du Liberian Georges Pajibo, visiblement ému par l'arrivée de ses compatriotes.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que nombre de réfugiés des différents villages manifestent le désir de rentrer au bercail. Pour participer aux élections présidentielles libériennes qui démarrent en octobre 2005, le chef de Bureau HCR de Guiglo, Zeidane Ould T'Feil indique qu'après les élections, il y aura une phase de promotion pour le rapatriement des réfugiés. Soulignons qu'il y a encore 52000 réfugiés en Côte d'Ivoire.

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