Cameroon Tribune (Yaoundé)

22 Août 2005

Cameroun: Forêt : chance ou malédiction?

opinion

La porte d'entrée du département du Haut-Nyong à l'Est du pays est un vaste chantier de construction routière qui redonne espoir à des populations jusque-là stressées par cet axe Ayos-Bonis. Les grumiers qui prennent une part très active au trafic suscitent des sentiments plutôt contrastés.

Pour ceux qui pensent à l'économie nationale dans sa globalité, la forêt est une chance pour cette province et contribue pour beaucoup à rentrer des devises dans les caisses de l'Etat. D'autres sont plutôt amers du fait que, soutiennent-ils, cette forêt aurait pu apporter bien plus au bonheur des populations. D'autres encore se plaignent des nombreux accidents causés par ces voitures transportant des billes de bois qui, par ailleurs, contribuent de beaucoup à dégrader les routes.

Depuis que sont payées les redevances forestières, les communautés à la base ont pourtant compris que la forêt pourrait désormais apporter des ressources substantielles à leur budget. Cette manne est cependant proportionnelle à l'exploitation qui s'effectue dans chaque localité. Une polémique est née et s'enfle actuellement dans le Haut-Nyong autour de ce que les uns et les autres font ou ne font pas avec cet argent. Aussi, au cours de sa dernière tournée dans la région, Jean Marie Aléokol, secrétaire d'Etat à la Défense spécialement chargé de la gendarmerie et élite locale, a-t-il réitéré l'appel afin que " la manne forestière soit pour l'heure utilisée au mieux des intérêts des populations ". Ceci d'autant que cette forêt apparaît comme passagère du fait de son exploitation. Aussi, des initiatives salutaires encourageant notamment des investissements utiles dans d'autres secteurs sont favorisées. Elles aideront ces populations à assurer la continuité.

Les communes de Mindourou et de Messok auront été à l'origine de ce débat, du fait de leurs efforts pour injecter les fruits des redevances forestières dans des actions utiles au bien-être des populations. De ce point de vue, Mindourou tient le haut du pavé. Dans la cité même qui se déploie par une grande modernisation, on est surpris par les réalisations. L'hôtel de ville a déjà des allures futuristes et, en contrebas, la résidence du maire et le foyer municipal s'offrent comme des réalisations bien pensées. Il existe aussi non loin de là une cité municipale pour les employés de cette commune qui, par ailleurs, possède une ambulance. Là n'est que l'arbre qui cache la grande forêt des réalisations : des foyers communautaires ont été construits dans une trentaine de villages alentour, avec des antennes paraboliques. Le soir, tout le monde se regroupe pour visionner la télévision et faire des commentaires. Des efforts analogues sont réalisés dans des écoles, avec l'introduction des ordinateurs et des NTIC. La modernisation est ainsi en marche, tandis que par ailleurs, il est encouragé partout la création de champs communautaires pour assurer la pérennisation de la production pour des produits comme le palmier à huile ou le vivrier. L'électrification ici, en pleine forêt équatoriale, est une réalité, comme elle l'est d'ailleurs du côté de Messok, une soixantaine de kilomètres plus au sud. Dans cette localité précisément, madame le maire Berthe Aléokol produit cette énergie à partir d'un générateur et elle est distribuée jusque dans les plus modestes chaumières à un prix relativement bas, entièrement subventionné.

Le développement à la base est ainsi une réalité. Avec l'électricité, chacun peut brancher son téléviseur, repasser ses vêtements, lire longtemps pendant la nuit. Des initiatives qui ne font plus regretter de manière absolue que la ville soit si loin. D'autres communes comme Angossas, n'ayant pas de redevances forestières, doivent déployer de l'imagination pour leurs programmes qui intègrent notamment la salubrité et le paiement des enseignants. Cependant que dans ce contexte où le bouillonnement fait dire que les progrès de la décentralisation pourront faire le bonheur des populations à la base, certaines municipalités de la région restent à la traîne. Abong-Mbang et Lomié, les plus anciennes métropoles, ne montrent aucun visage de la mutation attendue. Des échos défavorables viennent aussi d'autres localités comme Dimako et Messamena auxquelles on pourrait attribuer la mention : " peut mieux faire ". En attendant que ceux qui traînent les pas se réveillent, le débat reste constant pour savoir ce que certains de ces maires font des redevances forestières et d'autres ressources du genre.

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