Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Il a sauvé l'école à Korhogo : M. Yéo Lassina, chargé des examens pédagogiques

Martial Niangoran

22 Août 2005


Abidjan — Pour les deux ans de la crise, nous avons voulu en savoir plus sur l'école mais en sortant du cadre formel de l'administration. Nous avons voulu plutôt comprendre comment l'école a été sauvée à Korhogo.

Pour les deux ans de la crise, nous avons voulu en savoir plus sur l'école mais en sortant du cadre formel de l'administration. Nous avons voulu plutôt comprendre comment l'école a été sauvée à Korhogo. On nous a indiqué que la personne qui pourrait plus nous renseigner en est M.Yéo Lassina, coordonnateur pour la zone nord de l'ONG ECOLE pour tous. Cela ne nous a pas surpris puisque s'il y a un enseignant dont on parle le plus à Korhogo c'est bien cet homme-là. M.Yéo Lassina nous a reçu dans les locaux des " cours sociaux". Là, à travers les problèmes de l'école, nous avons découvert l'homme, un digne fils de la région. Membre fondateur de ECOLE POUR TOUS,il partage avec ses amis ce sentiment de fierté pour avoir à leur " manière gardé la maison école dans les zones sous contrôle des forces nouvelles et facilité la reprise des cours, c'est-à-dire la reprise en main de l'école par le gouvernement.

"Ils savourent aussi la reconnaissance des parents et des enfants. Les autorités lui ont particulièrement témoigné aussi ce sentiment de reconnaissance et ses mérites. Lors de sa deuxième session de l'exercice 2004 tenue le 21 août à Korhogo, le Conseil général l'a nommé responsable de la commission Education du comité économique et social." M.Yéo Lassina fait partie de ceux qui ont remis l'école sur pied à Korhogo, il connaît les problèmes de l'école; nous pouvons lui faire confiance," a commenté Le président du Conseil. Outre son poste de chargé des examens pédagogiques à la DREN qu'il occupait avant la crise, Mme Touré Mariam, la directrice régionale de l'éducation nationale a fait de lui son chargé de communication. Et qu'en est-il des cours sociaux dont nous sommes dans les locaux ? " C'est l'initiative d'un groupe d'amis dont j'assure la direction", répondit-il pour ne pas dire qu'il en est le fondateur.

En réalité, expliquera-t-il, depuis toujours, nos parents, ici, n'étaient pas très portés à envoyer les enfants à l'école pour des raisons économiques. Et ils sont convaincus, ses amis et lui, que la crise qui les a davantage appauvris leur donnera une raison supplémentaire pour ne pas les enfants envoyer à l'école. Ils sont aussi convaincus que leur région traînerait pendant longtemps, sur le plan de la scolarisation, les séquelles de cette crise." Nous étions sûrs, argumente-t-il, qu'à l'ouverture de l'école, l'enthousiasme ne manquerait pas mais les moyens manqueraient. nous avons donc décidé d'apporter une solution sociale au problème de l'école en créant les cours sociaux d'enseignement général et technique." Ici, les frais de scolarité de 40.000 F baisse jusqu'à 20.000 F pour les cas sociaux. Au total 739 enfants fréquentent cette école.

Ces cours ont donc permis de sauver plusieurs élèves jugés bon pour aller grossir le lot des déscolarisés. Par exemple Mlle Ouattara Foungnigué et le jeune Ouattara Germain ont obtenu le BEPC session 2003 mais ils n'ont pas été orientés en seconde pour avoir obtenu respectivement les moyennes de 09.53 et 10.45 au lieu de 10.50, la moyenne nationale pour être orienté en seconde. Ils se sont alors retrouvés dans cette école, les parents n'ayant pas assez de moyens. "L'école est un droit et les enfants doivent disposer de ce droit à moindres frais," se justifie-t-il. Et d'ajouter en guise de conclusion," nous souhaitons travailler dans la légalité. Aussi avons-nous monté le dossier de création de cette école." A 37 ans, marié et père de trois enfants, Yéo Lassina est professeur certifié de français. Fils d'une région défavorisée, reconnait-il,il dit être intéressé par tout ce qui touche au problème développement local.

Un centre d'alphabétisation pour les femmes

La femme et particulièrement la femme rurale tient une place de choix dans les efforts de promotion humaine. Parce que les ONG sont convaincues que la dynamique féminine est porteuse d'initiatives pour une auto-promotion durable. Aussi tenant compte des réalités socio-culturelles liées aux exigences de leurs rôles et fonctions surtout en milieu rural, les Ong amènent-elles la femme sénoufo à s'organiser en vue de construire son autonomie organisationnelle et financière. Sur ces bases, elles favorisent l'émergence d'organisations féminines qu'elles appuient aux plans organisationnel, technique et financier.

Les activités de ces organisations se déploient autour d'activités génératrices de revenus. L'Ong Nord-Nature dont la présidente est Mme Ouattara Sita s'est fixé pour mission de soutenir tout programme de développement durable touchant l'environnement et de sensibiliser la femme aux problèmes de son épanouissement socio-économique. En mars 1999, elle a initié un séminaire de formation d'un coût de 60 millions, financé par le FDFP pour 500 femmes. Elles ont été initiées aux techniques de vente, de fabrication de savon, à la gestion coopérative, à la culture maraîchère,à la fabrication du beurre de karité et à l'alphabétisation fonctionnelle. Nord-Nature, dans son projet de défense de la nature oeuvre aussi à la vulgarisation des foyers améliorés. Rejoignant l'Ong PSCD qui lutte aussi contre la déforestation.

Elle a fait construire dans les villages plus de 450 foyers améliorés d'un coût total de 18.642.000, F financés par PNUD-FEM. Cause Canada, dans l'exécution de son programme de santé communautaire lutte aussi contre la pauvreté afin de permettre aux populations d'accéder aux services de santé préventive et curative. Elle initie donc des micro-entrepises et particulièrement les projets "genre et développement. "Elle a mis sur pied depuis 1996 une micro-entreprise de confection de moustiquaires imprégnées et de fabrication de savon. Un groupe de 18 femmes chrétiennes baptistes connu sous le nom Wobè-Wognon, expression sénoufo qui veut dire "mettons-nous ensemble" confectionne ces moustiquaires.

M.Osséi Kouakou, chargé de l'administration et des finances de l'Ong nous a rassuré sur la qualité de ces moustiquaires faites en polytilène, un tissu qui dure et puis " il n'y fait pas chaud", a-t-il précisé .Wobè-Wognon fabrique aussi du savon à partir de l'huile de palme, de Karité et des fruits de neem, cet arbre dont tout le monde connaît les vertus curatives contre le palu. Ces savons baptisés " tieri timè" (médicament pour la peau) élimineraient les boutons, la teigne, la gale, les piqûres de moutique. Mais sur le terrain, l'Ong a constaté que la réalisation de leurs projets s'est heurtée à deux obstacles majeurs : l'analphabétisme des femmes et leur marginalisation socio-économique. La recherche de solutions a abouti à la construction d'un centre de formation d'une valeur de 32.900.000 f, financée par le Japon. Le centre ouvert en mai 2001 développe des programmes de formation en alphabétisation, gestion coopérative, micro-entrepreunariat et santé familiale.

Outre ces projets et ces formations, les Ong et institutions nationale et internationale veillent à doter la femme paysanne d'une plus grande autonomie financière. Le programme d'appui au développement rural de la région nord ( PADER-NORD ) co-exécuté par l'Allemagne représentée par le GTZ et la Côte d'Ivoire par l'ANADER a initié pour les départements de Korhogo et Ferké un programme de financement d'associations villageoises d'épargne et de crédit. Jusqu'à l'an 2000, 71 AFEC (Associations féminines d'épargne et de crédit) ont été créées avec 3.373 femmes,4013 crédits ont été accordés pour un montant de 117.805.000 F remboursés à 100°/° à la satisfaction des initiateurs, 20 millions de F d'épargne ont été collectés pour un capital de 15.153.000 F réparti entre la fédération des associations(FAFEC) et les AFEC.Ce système devait à long terme permettre aux femmes d'accéder au crédit bancaire par l'intermédiaire des FAFEC qui en assureront la garantie.

Résultats : ces femmes n'attendent plus les hommes pour s'acheter des pagnes, ne vont plus acheter des condiments au marcher, certaines se sont acheter des vélos alors que leurs maris n'en ont pas les moyens, sans se montrer l'égal de l'homme, elles ne se mettent plus au second rang pendant les réunions, elles participent à l'animation des villages.

Trait de culture :

La culture de l'unité Malgré leur apparente diversité, les Sénoufo gardent de façon bien entretenue une certaine unité fondée sur une personnalité culturelle. Le premier élément de cette personnalité est la langue. A l'origine, les Sénoufo s'appelaient Sénémana. Le nom sénoufo leur serait donné par leurs voisins, les mandé et repris par le colon blanc. Ils parlent la langue Syénar qui appartient à la famille des langues voltaïques. Cette langue est l'élément fondamental de leur unité. Car où qu'il se trouve, le Sénoufo se reconnaît sénambélé ( celui qui parle le syénar). Le deuxième élément de leur unité est leur structure sociale basée sur la famille élargie ou Narigbaa.

Elle concerne tous les descendants d'un même ancêtre. La notion de Narigbaa rappelle que la société Sénoufo est fondamentalement matrilinéaire où la tante, la grande aïeul, si elle ne commande pas a cependant droit au respect et à l'honneur. Et les membres du Narigbaa cultivent entre eux un esprit de fraternité et de solidarité. Enfin, le troisième trait de cette unité est le Poro dont l'existence est liée à la fondation des kaha (villages). En général, le poro concerne les hommes. Mais dans certains villages, les femmes peuvent le pratiquer mais de façon séparée. Le Poro est une initiation à la vie. Tout Sénoufo, pour être un digne fils de la communauté, doit s'acquitter de ce devoir hautement civique. Plus qu'une doctrine religieuse, le poro est une école de la vie. Lui seul a la responsabilité de la formation civique, morale, intellectuelle et physique du jeune Sénoufo. Il va donc de soi que ceux qui ne subissent pas cette initiation se marginalisent. Cette culture qui marque les Sénoufo et les pétrit ne manque pas d'étonner l'étranger.

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