Le Messager (Douala)

Cameroun: L'air de Douala pollué au-delà de l'acceptable

Jean-Célestin EDJANGUE

24 Août 2005


A l'image de nombre de métropoles africaines en plein boom démographique, Douala, le poumon économique du Cameroun, connaît des problèmes environnementaux graves.

Notamment la pollution de l'air essentiellement causée par un secteur défaillant du transport. Une étude de la Banque mondiale, dans le cadre de " l'Initiative sur la Qualité de l'air dans les villes d'Afrique Subsaharienne ", a été réalisée en août 2003. Son objectif : " Faire l'état des lieux sur la pollution de l'air à Douala et de fournir des données nécessaires à la définition d'un programme de prévention et de réduction de la pollution de l'air dans la capitale économique du Cameroun ".

Les conclusions de cette étude indiquent " l'estimation du niveau global actuel de la pollution de l'air dans la ville, la détermination de la part due au transport, l'évaluation des risques pour la santé humaine et l'estimation des coûts résultants, l'examen de l'évolution prévisible de cette pollution, l'évaluation des résultats des mesures susceptibles d'être prises pour réduire la pollution, la proposition d'une stratégie de mise en oeuvre de ces mesures ".

Les automobilistes indexés

En l'absence d'informations sur la qualité de l'air à Douala, une campagne de mesures a été réalisée par les enquêteurs de tractebel development engineering, une structure américaine spécialiste de ce genre de travaux. Il s'agissait de se forger une idée du niveau global de la pollution de l'air. La campagne de mesures comprenait les polluants suivants : le monoxyde de carbone (CO), les oxydes d'azote (NOx), les hydrocarbures volatils (HCV), le dioxyde de soufre (SO2) et l'ozone (O3). Les points et les périodes de mesures ont été choisis de façon à pouvoir distinguer ensuite le rôle du transport dans la pollution globale.

Les résultats des mesures montrent des " dépassements importants des valeurs guide de l'Organisation mondiale de la santé (Oms-Who), principalement pour les oxydes d'azote et le monoxyde de carbone ".

Ces conclusions précisent par ailleurs que " la présence en grandes quantités de ces deux polluants est typique d'une pollution générée par la circulation automobile. De plus, le niveau de pollution sur les axes de circulation est beaucoup plus important que dans les zones éloignées de la circulation illustrant ainsi également la responsabilité importante de la circulation dans cette pollution de l'air ".

Le bilan énergétique par secteur du Cameroun montre que le secteur du transport représente 62% de la facture pétrolière du pays, ce qui est environ deux fois plus que le secteur industriel. Ce transport a surtout un impact local sur la qualité de l'air. " C'est la raison pour laquelle, la pollution atmosphérique le long des artères principales à Douala est presque entièrement causée par le transport ", explique le document.

Risques pour la santé humaine

Mais c'est incontestablement dans le domaine de la santé des habitants de Douala que l'étude sur la pollution de l'air est inquiétante : " L'impact de la pollution de l'air ambiant par les gaz d'échappement des véhicules sur la santé des personnes se détermine par une augmentation de l'incidence d'un vaste spectre de maladies allant des maladies respiratoires au saturnisme, en passant par les maladies allergiques et des maladies de peau ".

L'étude précise par ailleurs qu'" une analyse spécifique des données hospitalières disponibles montre clairement que l'incidence des infections respiratoires aiguës chez les enfants est plus élevée dans les aires polluées par les gaz d'échappement des véhicules.

De plus, les concentrations de plomb dans l'air étant, d'après les résultats de la modélisation, nettement supérieurs aux valeurs guide de l'Oms, on peut suspecter le développement d'un certain nombre de symptômes neurologiques, principalement chez les enfants ".

Le coût induit par la pollution de l'air à Douala a été évalué de manière analytique à un total d'environ 1 milliard de F cfa par an, soit 0,1% du Pib (produit intérieur brut) de Douala.

Quant à l'évolution prévisible de la pollution dans la capitale économique du Cameroun, à partir d'une estimation des émissions des transports urbains à l'aide de simulations mathématiques des trafics actuels et futurs, elle ne pourrait être maîtrisée que si l'on réduisait le nombre de véhicules quatre et deux roues sur les axes principaux de la ville. Pour cela, il faudrait que ces routes soient redevenues praticables.

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