Tshieke Bukasa
24 Août 2005
Kinshasa — Un atelier de restitution des résultats de l'enquête sur les «Connaissances, attitudes et pratiques des militaires face aux Infections Sexuellement Transmissibles et au VIH/sida» a été organisé, le week-end passé, à l'Etat-Major des Forces Armées de la République démocratique du Congo.
A cette occasion, Mme Thérèse Zeba, Chargée du Bureau de l'Unfpa, a renseigné son auditoire que cette rencontre était une opportunité d'échanger sur les pistes d'intervention qui devront déboucher sur un plan d'action de nature à freiner la propension de ce fléau chez les hommes en uniforme.
Elle s'inscrivait en droite ligne de la mise en ouvre du programme d'action de la Conférence Internationale sur la population et le développement qui souligne, dans le paragraphe 12.13, la nécessité de réaliser des recherches sur la sexualité, les rôles masculins et féminins, la discrimination, et les actes des violences dont les femmes sont victimes dans différents contextes culturels.
Le Général Kisempia Sungilanga, Chef d'Etat-Major Général des Fardc, a précisé que ce rapport présente les principales conclusions de l'enquête en ce qui concerne les militaires et leurs membres de famille. Il comporte d'abord des éléments sur le contexte, la justification de l'étude et l'organisation de la collecte des données.
Ensuite, il traite de la connaissance, par les militaires, des problèmes de santé comme le paludisme, la tuberculose et les violences basées sur le «genre» qui ont gagné en ampleur ces dernières années.
Ce rapport élaboré par le Département des Sciences de la Population et du Développement( Université de Kinshasa), présente les attitudes et les comportements les plus souvent adoptés par les militaires et leurs membres de famille face à ces maladies, en établissant les catégories les plus exposées aux Ist et au Vih/sida.
L'enquête visait à recueillir des informations auprès d'un échantillon de 3000 militaires à raison de 10% d'officiers, de 15% de sous-officiers, de 50% d'hommes de troupe et de 25% de membres de leurs familles. Une équipe de 113 enquêteurs a été déployée dans six sites ( Bas-Congo, Kinshasa, Equateur, Sud-Kivu, Katanga, et Province Orientale) avec un questionnaire en Swahili, Tshiluba, Kikongo, Lingala et Français.
Etat de santé préoccupant
L'état de santé des militaires est assez préoccupant. Seulement 6 militaires sur 10 ( 59,9%) se considèrent comme en bonne santé. Cette opinion des membres des Fardc sur la précarité de leur état de santé est confirmée par le nombre de consultations médicales effectuées au cours de six derniers mois.
En effet, seulement 4 militaires sur 10 n'ont pas été en consultation médicale au cours des 6 derniers mois; 2 y ont été une fois et 4 au moins deux fois. Le paludisme est la maladie dont ils se plaignent le plus. Il est la cause de 54,8% des consultations.
Sur 10 militaires, 8 ont pensé avoir une infection sexuellement transmissible, soit parce qu'ils en ont présenté les symptômes(74,2% de militaires), soit parce qu'ils ont eu des douleurs en urinant(77,4%). Ces proportions sont très élevées et rendent indispensables des mesures préventives conséquentes.
Quant à l'alcoolisme et la toxicomanie, il y a un agent seulement sur quatre qui ne les considère pas comme des problèmes de santé.
Il y a lieu de signaler l'existence des conceptions erronées sur les moyens de prévenir certaines maladies, ainsi que l'ignorance chez une forte proportion d'agents de l'ordre.
Dans le cas du paludisme par exemple qui est la maladie la plus meurtrière en Rdc, le fait de boire de l'eau propre, la consommation des aliments bien cuits, l'absence de contacts avec les personnes souffrant du palu et la non-implication dans les problèmes de sorcellerie sont cités parmi les modes de prévention par respectivement 35,8%, 23,9%, 9% et 4,5% de personnes.
Concernant les violences basées sur le «genre», sur 10 militaires, 7 connaissent une personne qui a été obligée d'avoir des relations sexuelles(66,4%) ou qui a obligé une autre à avoir des relations sexuelles avec elle(67%).
Le fait que ces proportions soient élevées est un signe que les violences sexuelles sont fréquentes dans les milieux des agents de l'ordre. Il s'agit donc d'un problème majeur dont il faut réduire la fréquence.
Ist et Vih/ sida:déficit d'information
La plupart de militaires en connaissent l'existence et les symptomes, soit 86%. Les infections les plus connues sont la blennorragie et la gonococcie. Cependant, dans la mesure où 14% des militaires ne connaissent pas l'existence des Ist, les programmes de sensibilisation doivent se poursuivre afin de mieux les faire connaitre.
En ce qui concerne le vih/sida, il est vrai que ce sont seulement 7,7% de personnes qui n'en ont jamais entendu parler, mais la proportion de ceux qui ne connaissent pas un malade du Sida est élevée, soit 24,1%. Même si les modes de transmission qui comportent des risques élevés ( rapport sexuel avec un sidéen par ex ) sont largement connus, de très nombreux militaires ont une connaissance insuffisante des modes de contamination et de prévention de la maladie.
En effet, 29,1% d'agents ne pensent pas que l'abstinence est un moyen efficace de prévention des Ist. En outre, il y a respectivement 19,5% et 90,1% qui ne citent pas le préservatif et la fidélité comme moyens efficaces de protection. D'autres modes de contamination sont appuyés par des militaires tels que l'utilisation des toilettes publiques, la pratique de la sorcellerie, le don du sang et la transfusion sanguine.
Groupes les plus exposés
Parmi les militaires, 21 personnes sur 100 ont eu à présenter les symptômes d'une maladie sexuellement transmissible. Plusieurs catégories de militaires ont des attitudes et des comportements qui favorisent les Ist et en particulier l'infection du sida. Il s'agit principalementdes moins de 30 ans, avec une faible charge familiale ( moins de 4 enfants), de sexe féminin, d'un bas niveau d'instruction ( illettrés et ceux qui se sont arrêtés à l'enseignement primaire), qui font partie de la troupe (ceux qui n'ont pas le grade d'officier), qui au cours des derniers mois, se sont absentés au moins quatre fois de leur domicile.
Ces catégories méritent des actions particulières en vue de leur protection. Le problème est que les militaires ont des attitudes qui montrent que pour eux le danger n'est pas très proche, il faut leur assurer la sensibilisation et mettre des services de santé de reproduction de qualité à leur disposition.
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