Dr. Tharcisse Loseke Nembalemba
23 Août 2005
opinion
Bruxelles — Il ne se passe plus un seul jour sans que les analystes politiques évoquent la perspective d'échec du processus électoral en RDC. Pendant ce temps, l'Abbé Apollinaire MALU MALU, Président de la Commission Electorale Indépendante (CEI), qui pourtant nous avait habitué à des interventions médiatiques intempestives, devient subitement muet laissant son 2e Vice-président s'embourber dans les contradictions de tout genre au sujet du recensement et d'enrôlement des électeurs.
Les prolongations des opérations d'enrôlement se succèdent d'une province à l'autre et dans certaines comme dans le Bas - Congo on continue à réclamer une autre prolongation au risque de pénaliser des milliers d'électeurs potentiels. A Mbuji-Mayi le CIAT s'est retrouvé le week end dernier devant une triste réalité avec la situation chaotique qui prévaut autour de l'enrôlement des habitants du Kasai Oriental pour qui cette opération est un véritable parcours de combattant..
A cette allure, la fin des opérations d'enrôlement devra connaître un sérieux retard par rapport au calendrier de la CEI. A quoi peut-on attribuer cette situation confuse ? A une mauvaise appréciation des réalités du terrain ou à de l'amateurisme des responsables de la CEI ou aux deux facteurs à la fois ?
La controverse née autour des chiffres de personnes enrôlées bat son plein. Certains partis politiques et associations de la Société civile parlent de la tricherie programmée avec la manipulation des listes électorales.
La responsabilité de la CEI dans l'éventualité de l'échec du processus
Sauf miracle, l'échec du processus électoral pointe déjà à l'horizon. Ce n'est pas la Communauté internationale, par le biais de l'appui logistique de la MONUC, qui changera cette cruelle réalité.
Le Gouvernement de transition ayant déjà fait le Ponce Pilate par la bouche de son porte-parole sur le probable échec en vue, les yeux de tous les Congolais sont désormais tournés en direction de la CEI, spécialement son Président.
En effet, l'Abbé Président, qui aurait dû s'en tenir à l'obligation de réserve due, non seulement à son statut de prêtre, mais surtout à sa fonction du président de la CEI, ne fait rien pour rassurer tous les acteurs politiques parmi lesquels ses détracteurs l'accusent carrément de partialité. L'inventaire de ses faits et gestes depuis l'année dernière à ce jour contribue à conforter cette opinion.
Les raisons d'un éventuel échec
Plusieurs raisons pourraient être à la base de l'échec presque avéré du processus électoral. La précipitation avec laquelle l'opération d'identification et d'enrôlement des électeurs avait été déclenchée en juin dernier a été fort critiquée dans l'opinion congolaise dont la critique la plus acerbe est venue de la célèbre Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO).
En effet, après avoir tourné les pouces pendant deux ans, la CEI impose aux Congolais actuellement des délais d'enrôlement irréalistes et inadmissibles surtout pour les provinces confrontées à des problèmes insurmontables de logistique et d'infrastructures routières. A cette allure, beaucoup de Congolais ne seront pas enrôlés ; ce qui ne manquera pas de vicier le prochain scrutin.
En effet, comment comprendre que lors de son retour de la Tanzanie, il y a de cela quelques mois, l'Abbé MALU MALU avait déclaré à la presse que les opérations d'enrôlement dans ce pays prenaient 6 mois et pour la RDC il accorde seulement 5 semaines par province. La RDC dispose-t-elle des structures administratives et logistiques plus adéquates que la Tanzanie pour se voir imposer des délais d'enrôlement aussi courts ?
Une autre raison fondamentale qui pourrait concourir à l'échec du processus est le fait d'organiser les élections au mépris des aspirations profondes de tout un peuple. Les Congolais exigent des élections réellement libres, démocratiques et transparentes.
Manifestement, il y a une intention délibérée d'exclure une frange importante de la classe politique à l'instar des Congolais de l'étranger qui en sont exclus de manière cavalière.
Soulignons en passant que les Congolais de l'étranger contribuent largement à l'économie de leur pays par les envois des fonds pour un budget supérieur à celui de toute la coopération belge en RDC.
Enfin, certains observateurs politiques estiment que l'Abbé MALU MALU s'identifie lui seul à la CEI ; opinion corroborée par certains membres de la CEI, préférant garder l'anonymat, qui reprochent à l'Abbé Président son autoritarisme. On ne comprendra jamais pourquoi il a soutenu mordicus l'exclusion des Congolais vivant à l'étranger du processus électoral.
Multiplication des erreurs techniques
Faisant le bilan globalement négatif de 2 ans de transition en RDC, la Société civile/ Forces vives avait déjà dénoncé le manque criant d'expertise à la CEI. Le clientélisme et le tribalisme avaient été stigmatisés. Cela semble se vérifier aujourd'hui.
L'opinion, y compris celle favorable au pouvoir de Kinshasa, se demande toujours pourquoi la CEI a choisi d'organiser les élections en RDC avec un système informatique aussi sophistiqué et peu adapté aux réalités de notre pays.
La République d'Inde, pays de plus d'un milliard d'habitants et plus riche que la RDC, a toujours réalisé les opérations préélectorales et électorales avec des machines à écrire mécaniques alors que l'Inde fabrique les ordinateurs. Ce qui fait dire à une certaine opinion qu'il s'agit d'une juteuse opération de " gros sous " qui ne profiterait nullement au peuple congolais.
Est-il trop tard pour bien faire ?
Absolument pas. L'ultime solution passera par un dialogue politique franc et sincère en vue de garantir la réussite du processus électoral. Vouloir s'accrocher à l'Accord Global et Inclusif actuellement dépassé serait faire preuve de cécité politique. Ceux qui seraient tentés, par calcul électoraliste machiavélique, de minimiser l'absence de l'UDPS au processus électoral endosseront la responsabilité de la crise post-électorale inévitable.
Par ailleurs, la victoire hautement probable du " NON " au référendum constitutionnel de novembre 2005, à moins d'une tricherie massive ou d'un court-circuitage de cette étape, risquerait d'hypothéquer toutes les échéances électorales si rien n'est fait pour désamorcer la crise qui pointe à l'horizon. Dans un sondage récent " Facilitas Consulting ", la majorité de Congolais interrogés estime que les élections ne seront pas organisées avant juin 2006. Faut-il s'acharner dans la précipitation ?
La Communauté internationale ne doit pas nous pousser à bâcler les élections tant attendues par le peuple congolais sous prétexte qu'elle aurait englouti des gros moyens financiers pour leur organisation. Le peuple congolais ne laissera pas passer l'imposture. Les conditions optimales pour des élections libres, démocratiques et transparentes sont loin d'être remplies.
A quoi serviront les élections qui plongeront la RDC dans une période de profonde crise et d'insécurité post-électorale? La Communauté internationale a-t-elle confié à la CEI la mission de légitimer les tenants actuels du pouvoir à Kinshasa avec un simulacre de scrutin électoral ? Le peuple souverain n'a pas encore dit son dernier mot.
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