Sans ressources financières conséquentes, les radios de l'Ouest n'arrivent pas à payer les salaires.
Malgré l'explosion des radios dans la province de l'Ouest, le problème de financement se pose avec acuité. Ici les annonceurs sont peu nombreux et la publicité est rare. Dans la recherche des moyens de financement, certaines chaînes sont en voie de solliciter le parrainage des organismes internationaux à l'instar de l'Unesco. Pour ce promoteur de radio qui compte énormément sur l'appui des bailleurs de fonds pour la prospérité de sa structure, " une radio, surtout si elle est communautaire, a besoin du soutien, contrairement aux radios privées qui doivent elles-même s'autofinancer ". Pour l'heure, les membres des communautés villageoises n'ont pas encore bien compris le rôle des radios communautaires. " Chacun veut savoir ce que vont lui rapporter les 1000 f Cfa qu'il va investir dans une radio ", explique-t-il, avant de conclure : " Les moyens financiers sont très très limités et on s'ajuste au fur et à mesure que les possibilités s'élargissent ".
Conséquence, la situation salariale du personnel est des plus sommaires. Le salaire de certains rédacteurs en chef, à en croire nos sources, varient entre 15 000 Fcfa et 25 000 Fcfa. C'est dire que certains responsables des rédactions radios touchent moins de 23 000 Fcfa, le salaire minimum légal au Cameroun. D'après les mêmes sources, certains chefs de chaîne touchent autour de 30 000 Fcfa. Pendant ce temps, certains reporters n'ont droit qu'à 5 000 Fcfa à la fin du mois. " On me dit que cela c'est une motivation qui représente mes frais de taxi ", lâche, la mort dans l'âme, un journaliste de l'une de ces radios, titulaire d'une licence depuis un an. Il se bat au quotidien, avec ses propres moyens, pour colleter des informations. Plusieurs responsables de radios n'osent pas se prononcer sur cette question. En dehors de la Crtv Bafoussam et de la chaîne publique commerciale dont les employés sont des fonctionnaires ou des salariés à plein temps, ici, les journalistes radios se débrouillent autant qu'ils peuvent pour survivre. D'autres sont devenus des " prostitués du micro ", prompts à se faire payer par des gens supposés être leurs sources d'information. Non formés pour la plupart, et en situation de chômage, ils sont à la merci de leur employeur.
Des étudiants au lieu des journalistes
Simon Djouatsa, le chef d'antenne et rédacteur en chef de radio Yemba se défend : " Nous sommes dans une ville universitaire et il faut donner la possibilité aux étudiants et à tous ceux qui aimeraient faire de la communication de pouvoir s'y exercer. Pendant les vacances par exemple nous avons des programmes tels que vacances en couleurs, vacances sans sida. Ces programmes sont entièrement animés par des jeunes gens, sous la coordination de quelques encadreurs. C'est un processus de formation des communicateurs que nous avons entamé à Radio Yemba. A ce jour, ils sont nombreux à frapper aux portes des autres radios de la province de l'Ouest voire du pays. " La plupart des étudiants qui travaillent dans cette boîte quittent la structure au terme de leur parcours académique ; ce qui n'est pas sans conséquence sur la bonne marche de la radio. Par ailleurs, le chef d'antenne soutient mordicus que radio Yemba a un personnel régulièrement recruté et qui a droit à un salaire mensuel.
A Radio Batcham, on soutient que le professionnalisme y est de rigueur. " Pour le moment, nous avons un personnel constitué de 13 permanents qui sont régulièrement payés, en plus de plusieurs autres collaborateurs avec qui nous travaillons au quotidien. Beaucoup sont des professionnels. Nous avons toujours fonctionné suivant les règles de l'art, avec le respect des droits d'auteurs à travers la création d'une régie d'antenne (ce qui n'existe pas dans les autres radios dites communautaires ou privées, ndlr) ", argue Justin Yimeli Talla Tadji. Grâce à cette rigueur et à la qualité de ses programmes, cette radio est aujourd'hui en voie de discuter le leadership avec les radios à capitaux publics émettent dans la province.

Comments Post a comment