Pape Sambaré Ndour
1 Septembre 2005
La politique de secours entamée par le gouvernement depuis le lendemain des pluies diluviennes tombées, tout dernièrement, dans la capitale, n'a pas fait l'unanimité.
Si certains habitants de la banlieue se contentent, sans récrimination, des tentes de fortune, les habitants de la cité Bellevue, eux, s'offusquent d'être logés au cours Sainte-Marie de Hann. Et demandent une solution à la hauteur de leur "classe sociale". Ils ne réclament ni plus ni moins que d'être (re)logés dans des hôtels.
Victimes des inondations, les habitants de la cité Bellevue demandent un traitement de faveur à la mesure de leur standing de résidents d'un quartier huppé. C'est du moins ce qu'on comprend à travers leurs propos. Relogés au cours Sainte-Marie de Hann, où même le restaurant, pour la délicatesse de leur palais, a dû concocter un menu plus opulent que d'ordinaire, ces habitants n'en renâclent pas moins. Ils demandent d'être (re) logés dans des hôtels. Avant cela, ils ont eu droit à une visite du Premier ministre et le Conseil régional de Dakar dépense 200 000 F par jour pour ces citoyens pas comme les autres qui comptent, parmi eux, le ministre de l'Economie et des Finances.
Pendant ce temps, d'autres malchanceux et crève-la-faim des taudis - inondés eux aussi - transpirent dans les chaudes salles de classe de la banlieue. Ainsi l'aide attribuée aux sinistrés de la cité Bellevue par personne coûte dix fois plus chère que celle des inondés de la banlieue. Pendant que les autres s'offusquent de la qualité du riz que certains dénomment "thiébou fass" et d'une bouteille d'eau de javel. Et des familles entières vivent encore dans les eaux, rappelant cette mère de dix enfants qui a perdu son mari il y a un an et qui a vu son espoir emporté par les eaux, et finalement qui n'a plus la joie de vivre. Ou renvoyant l'image de ce bébé couché sur un lit devant le regard impuissant de sa maman qui n'a pas de quoi lui acheter du lait et qui ne demande que le strict minimum pour sauver son fils, en oubliant même sa personne, ce qui a failli faire pleurer toute la délégation du ministère de la Solidarité et des journalistes présents. Tout le contraire de ceux que nous avons rencontrés aux cours Sainte-Marie de Hann et qu'on a vu manger le bon riz brisé parfumé.
Quand les odeurs nauséabondes des eaux et de la saleté décomposée infectent les habitants de Yeumbeul et de Djida Thiaroye Kaw, pour ne citer que ces deux quartiers, les services publics de l'assainissement ou, à défaut, des "bonnes" nettoient presque chaque jour le quartier général de ces nantis.
Même si le bilan du sinistre n'est pas le même, même si le niveau d'études dont certains se sont prévalu n'est pas le même, les autres ont aussi perdu leurs biens et sont, comme tout le monde, des Sénégalais bon teint. A côté des maisons et voitures complètement abîmées par les eaux à la cité Bellevue, d'autres ont vu leurs cases, charrettes et autres moyens de locomotions dévastés par cet adversaire plus coriace et indifférent aux questions de classe ou de rang social.
En outre, le plan Orsec, cet acronyme importé d'Europe, n'est pas bien compris. C'est la population elle-même qui doit assurer les premiers secours et ensuite l'Etat viendra en renfort comme pour convoquer Kennedy qui disait : "Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays". Ainsi la question du relogement ne devrait même pas se poser. Mais quand on est sinistré, on est sinistré comme tout le monde. C'est une calamité naturelle, on ne peut pas faire de procès à l'Etat, ni exiger quoi que ce soit à l'Etat.
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