Fraternité Matin (Abidjan)
Bi Bally Maurice Ferro
1 Septembre 2005
Abidjan — Le Conseil de sécurité s'est réuni et a invité toutes les parties à appliquer les accords.
Le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP, rassemblement du PDCI-RDA, du RDR, de l'UDPCI et du MFA) et les Forces nouvelles (FN, coalition des trois mouvements rebelles) vont certainement faire grise mine. Selon des informations concordantes et dignes de foi, le Conseil de sécurité de l'ONU leur a infligé un camouflet en les désavouant proprement et sur toute la ligne.
La déclaration de cinq paragraphes, qui a sanctionné les longues discussions qui se sont achevées aux environs de 15h (heure locales, soit 19 h GMT), a mis un terme définitif aux combats et aux velléités déstabilisatrices de toutes sortes. En filigrane, elle reconnaît, comme l'a toujours défendu Thabo Mbeki, que le Président Laurent Gbagbo a accompli sa part dans l'application des accords de paix. De ce fait, la communauté internationale, à la suite du médiateur, reconnaît la conformité des décisions du 15 juillet avec les accords de paix.
C'est pour cette raison que le Conseil de sécurité a voulu définitivement mettre fin à la récréation. Considérant les accords signés comme les boussoles de la sortie de crise, il a demandé que ceux-ci soient appliqués selon les voeux de l'opposition politique et armée, c'est-à-dire dans leur lettre et dans leur esprit. Le médiateur de la crise a, en effet, soutenu que le cadre défini avec l'accord librement consenti de toutes les parties (qui lui ont exprimé leur confiance totale) permet la mise en oeuvre des compromis politiques.
C'est pourquoi le Conseil de sécurité a menacé de sanctionner, conformément à sa Résolution 1572 en date du 15 novembre dernier, les opposants, et particulièrement les rebelles qui traînent les pieds dans l'exécution du chronogramme de démobilisation, désarmement et réinsertion (DDR).
Le désaveu le plus cinglant concerne l'avenir politique du régime de Laurent Gbagbo. Les opposants, RHDP et FN à qui s'est joint Francis Wodié, ont attendu la veille de la réunion de New York pour monter les enchères. Après avoir donné leur accord pour la présidentielle du 30 octobre prochain, ils ont tous dit "Non" à ce scrutin, au profit d'une transition politique, de préférence sans Laurent Gbagbo. Les rebelles ont même menacé de prendre leurs responsabilités au soir du 30 octobre, si le mandat de Laurent Gbagbo n'a pas pris fin.
Ils ont mordu la poussière. Car, selon Lekota Mosiuoa qui a mis les pieds dans le plat, la Côte d'Ivoire n'est pas la République démocratique du Congo (RDC). En Côte d'Ivoire, les Institutions fonctionnent parfaitement. Ainsi, si d'aventure la présidentielle n'avait pas lieu à la date constitutionnelle, il n'y aura ni vide juridique, ni vide constitutionnel. Le Président de la République continuerait son mandat en attendant l'organisation de la présidentielle.
"Je pense que c'est une grande victoire pour le Président Laurent Gbagbo et pour la Côte d'Ivoire", a commenté, hier en début de soirée par téléphone, l'ambassadeur Philippe Djangoné Bi, représentant permanent de la Côte d'Ivoire auprès de l'ONU. Car, premièrement, contrairement aux affirmations de certains confrères, "Thabo Mbeki n'a pas démissionné et n'a pas été démis". Il reste le médiateur à qui la communauté internationale a exprimé sa confiance. Deuxièmement, les opposants ont été identifiés comme les obstacles au retour de la paix, sur lesquels la pression doit être exercée. C'est donc sur eux que la pression doit être maintenant exercée pour faire aboutir le processus de paix. Troisièmement, "nulle part, il n'a été fait question de transition, encore moins de transition sans Laurent Gbagbo".
Ainsi, le fiasco étant consommé, les opposants et particulièrement les rebelles ont désormais un choix: se soumettre ou se démettre. Ayant mis la charrue avant les boeufs, ils ont récusé Thabo Mbeki qu'ils accusent d'affairisme et d'expansionnisme économique. C'est à leurs risques et périls. Car, ils viennent d'être déboutés. Récuser le médiateur après la réunion de New York revient à se mettre à dos la communauté internationale qui commence à être lasse de cette crise armée.
Signalons qu'à cette réunion, le ministre sud-africain de la Défense, Gerald Patrick Mosiuoa Lekota Lekota, a fait, au nom de Thabo Mbeki l'exposé de la médiation. Quant à Pierre Schori, représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU, il a fait la présentation de la situation ivoirienne. Le représentant permanent du Nigeria auprès de l'ONU, Aminu Waly, est intervenu au nom d'Olusegun Obasanjo, Chef de l'Etat nigerian et président en exercice de l'Union africaine.
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