Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Réplique Nigérienne du Fouta : Tahoua vit la crise alimentaire avec dignité

9 Septembre 2005


"Le Fouta (région nord du Sénégal), ou presque !". C'est ainsi qu'à la vue de Tahoua (environ 500 km de Niamey), bourgade urbaine du centre du Niger, se sont exclamés des membres de la presse sénégalaise convoyés par l'Association Education Santé. L'ONG sénégalaise, dirigée par Mme Viviane Wade, a apporté à 10 000 enfants de Tahoua un don constitué de 45 tonnes de farine mélangée supplémentée en spiruline, complément alimentaire jugée de haute valeur nutritionnelle.

La comparaison entre cette localité nigérienne, en proie à une grande crise alimentaire, et le nord sénégalais n'est peut-être pas aussi fortuite que cela. Tahoua semble, en effet, ravir au Fouta sénégalais son paysage semi-désertique, voire désertique par endroits, ses interminables pistes latéritiques, ses constructions, nombreuses, en banco, ses gens enturbannés malgré la chaleur, ses chevaux, ses dromadaires et ses chameaux artistiquement dressés. Au fur et à mesure que la localité - elle sert de zone tampon entre le grand nord désertique nigérien et un sud un peu plus humide - se donne à voir, elle semble plonger son touriste, sénégalais, dans une certaine illusion du Fouta.

La capitale de l'Ader (autre domination de la région) fait penser donc, à l'observation, à ce je-ne-sais-quoi d'une urbanité campagnarde qui donne le ton, fait l'air et le charme de nombreuses villes africaines. Sans compter, bien sûr, le drame un tout petit peu particulier que vit cette zone, qui la caractérise un peu plus dans un Niger qui lutte, depuis mai-juin, à un grave déficit alimentaire maintenant reconnu par les autorités elles-mêmes. Selon les chiffres officiels, un peu plus d'un million de Nigériens habitant à Tahoua sont victimes de la crise alimentaire, sur les 3 600 000 victimes comptabilisées à l'échelle du pays, précise Bachir Barké Doka, représentant au Niger de Heks, Entraide protestante suisse. L'Ong suisse, en accord avec des associations locales, s'investit dans la définition de circuits de distribution de l'aide alimentaire, dans le choix, discriminatoire dans un contexte de crise généralisée, des populations bénéficiaires.

L'ampleur de la situation à Tahoua n'est saisissable que rapportée à la population totale du Niger qui fait 12 millions d'habitants répartis dans un territoire beaucoup plus vaste que le Sénégal. Barké Doka a expliqué que les Ong avaient senti la catastrophe venir depuis mai-juin, mais l'affluence de personnes en difficulté est devenue "énorme" du fait que les populations campagnardes étaient obligées de rapprocher des localités urbaines pour chercher secours médical et renforts alimentaires.

Devant l'ampleur du désastre et la modicité des moyens en disposition, les cas moyens de malnutrition sont devenus sévères, a ajouté Bachir Barké Doka. Mais les choses sont en train de s'améliorer "de manière très importante", notamment du fait de l'aide alimentaire qui est en train de venir de façon régulière, estime le représentant nigérien de l'Ong suisse. Pourtant, Barké Doka n'est pas d'un optimisme exagéré. Le Niger, indique-t-il, ne pourra sortir de cette situation que dans les deux à trois années à venir, et sous la condition expresse que l'aide continue et que certaines dispositions préventives soient assurées. Les va-et-vient des populations de leurs localités d'origine vers les lieux de secours ont fini d'entamer le peu d'énergie qui leur restait. De sorte que, selon M. Doka, il est à craindre pour les récoltes alimentaires.

Le gouverneur de Tahoua, Mahamadou Zéti Maïga, lui, préfère retenir avec satisfaction la "dignité" avec laquelle ses administrés font face à la situation. Il a d'autant mieux apprécié l'aide apportée par Education Santé qu'il a souligné à l'occasion les relations géographiques, culturelles qui existent entre Dakar et Niamey. L'essentiel des cadres nigériens ont fait leurs études à Dakar, signale à l'occasion le gouverneur avec satisfaction, brocardant au passage "les amplifications" des médias européens.

A la décharge du gouverneur Maïga, il faut dire que les médias européens ont cette particularité, s'agissant de l'Afrique, de noircir plus que de raison l'information se rapportant au continent. Ils s'y prennent ainsi sur fond d'images insoutenables et d'articles à sensation. Optimiste, le gouverneur de Tahoua, en connaisseur du Sahel, ne nie pas l'ampleur de la crise alimentaire, mais dans ce désert créé par la crise, il entrevoit une oasis : il faut éduquer les femmes nigériennes, les sensibiliser à changer leurs habitudes alimentaires, les améliorer au profit de leurs enfants.

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