Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Mafakha Touré, directeur des ressources humaines du ministère de l'éducation : « Toutes les dispositions sont prises pour une bonne rentrée scolaire »

D. MANÉ

3 Octobre 2005


interview

Les enseignants reprennent le chemin de l'école ce matin. Leur rôle est central dans tout système éducatif, puisqu'il est le garant de la politique et de l'intégrité du système.

Le besoin énorme en enseignants suscite des réflexions quant aux modes de recrutement, de formation, de rémunération et de déploiement. Ã- quelques jours de la rentrée des élèves, Mafakha Touré, Directeur des ressources humaines (Drh) fait le point sur la gestion de son personnel.

La rentrée scolaire est pour ce 3 octobre pour les enseignants et le 6 pour les élèves. De combien d'enseignants disposez-vous ?

Il faut dire que nous avons commencé la préparation de la rentrée depuis des mois. Nous venons de boucler des Comités régionaux de développement (Crd) spéciaux avec le ministre et tous les directeurs nationaux pour la préparer. Nous avons aussi préparé un bilan et une préparation de la rentrée. Aujourd'hui, toutes les dispositions sont prises pour que la rentrée se fasse dans les meilleures conditions. Par rapport au personnel, c'est la ressource principale. Il est vrai que nous avons des besoins matériels et autres, mais la ressource essentielle est l'agent, l'enseignant lui-même et le personnel d'encadrement. Le nombre est le plus important dans la Fonction publique. Le personnel enseignant et non-enseignant est de l'ordre de 55.000 cette année. Mais cela reste à être précisé, car nous sommes en train de faire un travail d'enquête.

Ce chiffre est-il suffisant ?

Le chiffre est assez confortable. Il nous permet de faire fonctionner toutes les classes. Il y a deux ans, beaucoup de salles de classe fonctionnelles étaient fermées, faute de maître. Ce n'est plus le cas cette année.

L'année dernière, vous aviez procédé à un recrutement supplémentaire. Pourquoi ?

C'était exceptionnel. L'année dernière, pour lutter contre ces classes fonctionnelles fermées faute d'enseignant, nous avions recouru à un recrutement spécial. C'était ponctuel, exceptionnel. Cela tournait autour de 500 agents. Mais nous n'allons plus recourir à ce mode. Comme je l'ai dit, c'était exceptionnel, parce qu'on ne pouvait pas laisser en rade près de 20.000 jeunes en dehors du système, d'autant que l'autorité, les Préfets et sous-Préfets, les collectivités, les parents s'étaient beaucoup investis pour mobiliser ces élèves. Les renvoyer allait être une erreur. C'est la raison pour laquelle, lorsque la question nous été signalée, nous avons réagi prestement. C'est ce que nous avions fait en son temps.

Les départs de la fonction enseignante sont nombreux pour cause de maladies, décès. Mais il y a plus de départs vers le privé, le changement de métiers. Il semble qu'environ 3.000 enseignants n'ont plus la craie en main. Avez-vous pensé à domicilier les salaires de ces derniers pour connaître le chiffre exact et prendre des mesures ?

Oui, le nombre est extrêmement important comme je l'ai dit tantôt. Il est difficile à maîtriser. Autant l'Inspecteur départemental, l'Inspecteur d'Académie et le niveau central peuvent faire bouger les enseignants. Il arrive également que des agents changent de ministère. Il y a effectivement quelques fois des abandons, des décès, des départs à la retraite. En principe, tout cela doit être connu. Puisque nous sommes dans un pays qui cherche à mettre en place des outils de développement pour bien gérer ses personnels, il arrive que certains nous échappent. Depuis près de quatre ans, nous travaillons à avoir un fichier unique de personnel. C'est un travail très important qui a été fait. Quand j'arrivais au niveau de cette direction, la différence que nous avions au niveau du ministère et le fichier du ministère des Finances était dans l'ordre de 7.800. Cela ne signifie pas que les enseignants ne sont pas en place. Il fallait les chercher, savoir où ils se trouvent exactement. Nous avons fait une enquête complémentaire. Près de 50 établissements n'étaient pas dans nos registres, surtout l'Enseignement technique et la Formation professionnelle et les structures d'université. Ce travail a été fait, en plus des milliers de numéros de matricule erronés qu'il a fallu corriger. C'est tout ce travail abattu pendant une année qui a donné le chiffre de 3.000 que vous avez avancé. Cela ne signifie pas qu'ils n'existent pas, mais nous ne les avons pas identifiés. Nous avons fait un autre travail qui a permis d'identifier près de 200 à 300 qui sont décédés ou ont abandonné. Il est nécessaire de les nettoyer. Nous avons aussi des numéros très jeunes. Ils sont un millier qui n'est pas encore pris en compte. Il y a ceux que nous n'avons pas retrouvés. Ils sont peut-être dans d'autres ministères, dans les collectivités, en abandon non signalé ou alors dans d'autres endroits parce que redéployés et le fichier non mis à jour. C'est ce travail qu'il convient de faire, en accord avec les autorités du ministère des Finances, de la Fonction publique pour arriver à stabiliser définitivement les effectifs.

Le déploiement à temps des enseignants est nécessaire pour une bonne rentrée scolaire. Seront-ils sur place pour éviter les grèves récurrentes des débuts d'année, souvent liées au manque d'enseignants ?

Oui. Je vous l'ai dit, c'est l'une des activités les plus importantes de la Drh. Depuis le mois de décembre 2004, nous travaillons à la mise à disposition à temps du personnel. D'abord, l'activité importante concerne la mobilité, la mutation. Cela a été fait. Depuis le mois de juin, nous avons, pour la première fois, procédé à la mutation des enseignants au cours d'une première commission nationale de mutation. Nous l'avons complété avec les créations et d'autres postes qui se sont déclarés. Une deuxième commission a été faite. C'est dire que depuis le mois de juillet, les enseignants savent où ils doivent aller. La troisième chose importante porte sur les postes sédentaires. Nous avons cherché à regrouper les malades et des décisions sont sorties récemment. C'est l'un dans l'autre qui a permis d'avoir la situation des besoins. Nous avons instruit les IA (Inspections d'Académie) pour assurer le recrutement des vacataires. Ce qui est en train de se faire.

Au moment où je vous parle (NDR : ce 26 septembre), nous avons reçu 9 régions. Nous allons finir les ordres de service aujourd'hui ou demain (l'interview a été réalisé le 26 septembre). Cela signifie que d'ici une semaine, tout le personnel sera en place. J'ai oublié les volontaires qui ont été formés et qui sont à la disposition des Iden (Inspections départementales) et l'autre quota que nous avons recruté et qui sert à combler les déficits. Ils ont été tous ventilés depuis ce lundi. Dans 2 à 3 jours, les ordres de service seront disponibles à tous les niveaux. Au total, les mutations ont été faites, les recrutements assurés, tous les sortants des écoles de formation ventilés (Fastef, Efi, Enseps...) On peut considérer que toutes les dispositions sont prises pour que les enseignants soient en classe à la date prévue. Il convient de dire que nous ne maîtrisons pas tous les aléas, parce que la mise à disposition d'une bonne planification suppose plusieurs choses. Il nous faut connaître le nombre de classes à ouvrir, le nombre d'élèves à enrôler. Cela n'est pas toujours disponible à temps. On vient de connaître le nombre d'élèves à envoyer en 6è.

Cela suppose certainement la création de nouvelles structures. Nous allons bientôt connaître le nombre d'élèves en Seconde. Les décès, départs, disponibilités, détachements, retraites, tout cela est à intégrer dans le système pour avoir une planification rigoureuse, sans compter les formes d'organisation à mettre en place (double flux, classe multigrade). Donc, c'est la conjugaison de l'ensemble des éléments qui nous permet de connaître les besoins fixes d'enseignants. Mais compte tenu du nombre, du volume, de l'importance du secteur, nous devons, à chaque moment, faire des réglages. Cela se fait sur une longue période.

Combien d'enseignants ont été recrutés cette année ?

Nous avons recruté 3.799 volontaires dans l'Elémentaire, toutes catégories confondues. Pour le corps des professeurs, nous avons mis dans le circuit, près de 350 formés à la Fastef. Nous allons recruter, au minimum, 1.200 à 1.300 vacataires. Au bout du compte, plus de 5.000 enseignants seront injectés dans l'enseignement.

Cette année, la Fastef a formé 9 professeurs en Mathématiques alors que le besoin est estimé à 73. Cela ne risque-t-il pas de perturber le système et d'annihiler les efforts de l'Etat dans le processus de revalorisation des études en sciences et technologie ?

Il est vrai que la Fastef, pour le niveau Maîtrise, a recruté 9 professeurs. Nous avons au niveau du Moyen des professeurs de Maths, Physiques et en SVT. Ils sont nombreux. Nous avons aussi une réserve. Tous ceux qui ont fait, l'année dernière, l'Agrégation et qui étaient mis en position de stage seront remis dans le circuit. Nous avons aussi un certain nombre d'enseignants chevronnés, licenciés qui nous sont venus de l'extérieur. Ceux-là seront également mis dans le circuit. Nous travaillons donc à minimiser les difficultés. C'est vrai que le besoin est d'environ 73 enseignants, mais l'ensemble des éléments dont nous disposons permettra d'avoir une situation convenable. Mais, il ne faut pas se voiler la face. C'est une difficulté parce que les gens ont des ambitions qu'il convient de respecter. La solution définitive, c'est de discuter avec l'ensemble des partenaires, acteurs, universitaires, les professeurs de Maths pour statuer sur le mode de formation. La Fastef doit être au centre de la discussion.

Le ministre avait émis l'idée de prendre des mesures incitatives pour les enseignants en poste dans les zones éloignées. Où en est-on ?

Nous y travaillons. Nous sommes Drh depuis 16 mois. Nous élaborons le document de la politique de gestion du secteur. Vous avez plusieurs éléments : la formation, la motivation, la communication. Chaque thème sera discuté avec tous les partenaires et validé par le ministre. Le travail n'est pas facile, mais nous sommes au bout de la chaîne. En novembre prochain, nous irons vers des assises nationales pour faciliter tout cela. Dans le cadre de la motivation, nous prenons en compte deux aspects. Outre les aspects de formation, d'information, de mobilisation (tout ce qui permet à l'agent de jouer convenablement son rôle), il y a l'environnement de l'école convenable (clôture, latrines, salles de classe...) Nous entamons une véritable révolution dans ce domaine. Nous voulons aussi inciter ceux qui sont dans les endroits difficiles à y rester. La question des indemnités a été agitée, nous y travaillons.

Cela demande du temps et de la concertation. Mais le ministre a donné des instructions. Nous voulons que les enseignants, qui sont dans ces zones, puissent disposer de logement dans l'école. C'est prestigieux, relevant, motivant. Nous avons reçu instruction du ministre pour réfléchir, en accord avec la Direction de la planification, la Dage, la Direction de la construction scolaire pour que cet aspect soit intégré dans les programmes. La motivation est un tout qu'il convient de gérer, de partager avant la mise en oeuvre. Sachez que c'est une préoccupation et c'est le sens de la création de la Drh. Celle-ci a quatre axes : acquisition des ressources, leur allocation convenable et équitable, leur développement et leur conservation.

Dans le cadre du déploiement, il est retenu dans les études que dans les petites classes où les enjeux sont majeurs, il est nécessaire d'encourager l'affectation des enseignants les plus expérimentés. Qu'en est-il au Sénégal ?

Par la clairvoyance du ministre de l'Education, mais aussi pour permettre à chacun de réaliser son rêve, d'être autonome de son destin, il a donné des instructions pour que chaque enseignant, qu'il soit de l'Elémentaire, du Moyen ou du Secondaire, puisse rêver et réaliser son rêve dans le système éducatif, en ayant son diplôme pédagogique, la formation conséquente, arriver au sommet à travers un plan de carrière. C'est la raison pour laquelle, le nombre d'enseignants titulaires de Licence ou de Maîtrise de l'Elémentaire accéderont au Moyen secondaire général. Ils sont 366. Nous avons donné des instructions au niveau des IA pour qu'on les fasse monter. Au bout du compte, c'est un gain, non seulement pour l'enseignant lui-même, mais aussi pour le système.

La formation initiale et la formation continue sont nécessaires dans un corps en mutation permanente comme celui des enseignants. Quelle est la situation au Sénégal ?

Pour nous, la formation initiale et continue est un aspect extrêmement important. Ã- notre arrivée, nous avions constaté qu'il n'y avait pas toujours cette harmonie, cette articulation, les pôles de décision étant un peu dispersés. Dans le cadre de notre mission, nous avons pensé à réorganiser et restructurer la formation initiale comme continue, à travers une politique nationale de formation. C'est cela qu'on fait. Aujourd'hui, nous avons un document presque fini, élaboré par l'ensemble des directions impliquées dans la formation, l'ensemble des structures de formation, validé aussi par les organisations syndicales. Le document sera soumis à l'appréciation du ministre. L'instruction reçue est d'arriver à un pôle unique de formation à la disposition de l'IA, comprenant l'ensemble des corps d'inspecteurs, les conseillers pédagogiques. Le pôle sera le bras pédagogique de l'IA. Ã- côté, l'Efi pourrait se transformer en un centre de formation et de perfectionnement d'enseignants, où l'on pourrait aussi former le corps des vacataires, en attendant son dépérissement tant souhaité par le ministre. La structure pourrait également servir à la formation continue de tous les corps, maîtres, professeurs et, pourquoi pas, des directeurs.

C'est un souhait d'assurer la formation des chefs d'établissement. Par exemple, cette année, nous avons nommé plus de 500 directeurs alors que le besoin est de 1.700 dans l'Elémentaire. Les surveillants, censeurs, proviseurs méritent également d'avoir une formation. Des initiatives sont en cours avec l'appui des partenaires. Tout cela sera capitalisé, réinvesti dans le sens d'une meilleure organisation. L'idée, c'est que chaque occupant d'un poste y soit bon. C'est dire que nous aurons bientôt un plan national de la formation. Cela est différent de la politique. Le plan viendra de l'analyse de l'écart entre le poste et la compétence. Il partira de l'établissement jusqu'au sommet. Il sera analysé, validé, suivi, en accord avec les acteurs.

Ne pensez-vous pas, pour des raisons de qualité, que la formation des chefs d'établissement s'impose réellement, d'autant que ces derniers sont des enseignants que l'on transforme subitement en gestionnaires ?

Les enseignants ne sont jamais des gens simples. Quand on les met dans les conditions de faire autre chose, ils sont capables de s'adapter. Mais, en rapport au dynamisme actuel au mode de gestion actuelle, il est nécessaire d'avoir des professionnels. Si vous prenez un établissement, une institution, une école au regard du programme, cette structure a besoin d'être gérée comme une entreprise. C'est ce que demande le Programme décennal de l'éducation. Nous avons une gestion axée sur les résultats. Nous avons un programme qui a des principes directeurs très forts. C'est la responsabilisation, l'imputabilité, la transparence, la délégation. Les écoles qui ont les meilleurs résultats sont celles qui ont un directeur dont le leadership est remarquable. Il est nécessaire, en formation initiale, que les directeurs, les chefs d'établissement puissent recevoir cette formation. Je pense que s'ils la reçoivent, ils seront à mesure de le faire.

Le corps de contrôle et d'encadrement (inspecteurs) est un maillon essentiel du dispositif éducatif. Il se trouve qu'au Sénégal, ce personnel est insuffisant. Cela ne risque-t-il pas de porter un coup à la qualité, tant recherchée ?

Bien sûr. De par leur fonction, ils sont très importants. Ils font non seulement de l'encadrement, de l'animation, du contrôle, mais aussi de la formation. Or le nombre d'enseignants craie en main que le nombre d'inspecteurs ne suffit pas à les encadrer convenablement. Nous avons un inspecteur pour 200 voire 300 enseignants. Mais nous travaillons à augmenter ce nombre. Cette année, nous avons eu 46 sortants. C'est important. Notre souhait, c'est d'avoir un nombre plus important, d'arriver à un ratio convenable de 1 % ou 1,75 %. C'est l'idéal. C'est une question que nous prenons à bras le corps pour donner à l'enseignant l'encadrement qu'il mérite. En attendant d'y arriver, la Direction de l'enseignement de l'élémentaire s'est bien organisée. Nous avons les chefs d'établissement qui se sont organisés en collectif et qui servent de relais dans l'animation et dans l'encadrement. Nous avons également mis des moyens pour assurer la mobilité des inspecteurs, leur permettre de faire le travail. Nous allons renforcer les moyens matériels, financiers.

Le chef d'établissement est important dans l'encadrement. Si nous arrivons à le renforcer suffisamment, à lui faire jouer son rôle, il pourra exercer le travail. Au niveau de l'Enseignement moyen secondaire, la Direction de l'enseignement moyen secondaire général vient de créer depuis un an de nouveaux corps, les inspecteurs de vie scolaire chargés de l'animation, de l'encadrement. Nous avons des inspecteurs de discipline (Maths, SVT...) Cela est également valable pour l'Enseignement technique et la Formation professionnelle. Cette année, nous allons former beaucoup d'inspecteurs, presque une centaine. Cela nous permettra d'avoir un inspecteur pour 100 enseignants. C'est le ratio qu'on s'est fixé. Nous l'atteindrons tout de suite. La qualité constituant le défi principal de la deuxième phase du Pdef, nous insisterons sur ces corps d'encadrement, de contrôle et d'animation.

Le gouvernement s'est engagé dans un vaste programme de recrutement de volontaires et de vacataires. Mais l'intégration de ces derniers dans la Fonction publique s'opère à un rythme très faible. Peut-on s'attendre à une accélération du processus ?

Mon souhait, mais également celui du ministre, est que tous ceux qui sont titulaires de diplôme pédagogique et qui exercent comme vacataires pendant deux ou trois ans soient intégrés dans le corps de la Fonction publique. Parce que cela participe de la motivation, de la réalisation du rêve de chaque enseignant. Seulement, c'est une question qui ne dépend pas de nous, mais du ministère de la Fonction publique et de celui des Finances. Le souhait de ministre de l'Education est que le maximum d'enseignants soient recrutés. La volonté du gouvernement est que l'on puisse, chaque année, monter en puissance dans ce domaine. Nous avons recruté beaucoup cette année, 3.799 volontaires et 1.200 à 1.300 vacataires. Si aujourd'hui, le Sénégal est en mesure d'investir sur fonds propres, d'acheter des manuels, de construire des classes, c'est grâce à ces volontaires de l'Education. Ces gens ont rendu de très grands services par leurs efforts, leur engagement et la Nation leur doit reconnaissance. Ce sont des jeunes qui acceptent d'aller partout. On les rencontre dans les endroits les plus reculés. Grâce à eux, le système est aujourd'hui devenu crédible et peut investir. Parce que le Sénégal est son principal bailleur dans le domaine de l'Education. Les autres ne viennent qu'en appoint. C'est important de le souligner. Mais, il convient de saluer la coopération canadienne qui appuie les volontaires. Ã- part cela, c'est le système éducatif qui se prend lui-même en charge.

Ce corps est souvent très décrié. Le niveau est surtout remis en cause. D'aucuns pensent que les volontaires et vacataires sont responsables de la baisse de niveau noté dans l'enseignement...

Je ne vois pas où se trouve la baisse de niveau. C'est vrai que dans le passé, les volontaires recevaient un à trois mois de formation et les vacataires une petite information pédagogique. Cela est inconcevable pour tout enseignant. Je suis tout à fait d'accord. Nous pensons qu'il est normal et convenable d'assurer une bonne formation pour que l'enseignant puisse savoir les tenants et les aboutissants du système et ses difficultés. Mais ce qui est le plus important dans le système, c'est la rigueur, l'engagement, la détermination, la mobilisation, le don de soi. Et c'est justement ce que nous trouvons chez ces jeunes volontaires ou vacataires. Un exemple : les études menées notamment sur le malaise des enseignants ont montré que les meilleurs ne sont pas ceux qui ont mené les plus longues formations, mais le contraire. Les fonctionnaires sont plus enclins à faire redoubler les élèves. Or, on sait que le redoublement est un gâchis extraordinaire. Les enseignants les plus mal à l'aise, ce ne sont pas les volontaires ou les vacataires, mais bien les fonctionnaires, les enseignants des villes. Si certaines écoles privées ont de meilleurs résultats, ce n'est pas du fait de la qualité de la formation. C'est plutôt grâce à une bonne organisation et à la rigueur. Donc, il nous faut trois choses dans le système public : d'abord, travailler à créer un environnement pour une école normale, ordinaire, avec tout ce qu'il faut en termes de clôture, d'infrastructures, de matériels pédagogiques, etc. Ensuite, motiver l'enseignant afin qu'il sente qu'on s'intéresse à lui, qu'il a reçu la formation et qu'il a un avenir. L'autre élément est que l'enseignant soit mobilisé, c'est-à-dire informé de ce qu'il doit faire, qu'il comprenne les enjeux, qu'il soit impliqué dans la détermination des objectifs, qu'il soit un militant. Et cette mobilisation, cette motivation, on les trouve surtout chez les jeunes volontaires et vacataires.

Où en est-on avec la politique de logement des enseignants ?

Le gouvernement a mis à notre disposition des terrains, à travers le ministère de l'Urbanisme. Ils sont gérés par des organisations syndicales. Cela est une réalité à Dakar et dans certaines régions. Outre cette question, nous avons été instruit par le ministre sur comment, dans chaque région, en milieu rural, on peut prendre en compte cette préoccupation. Il ne faut pas que les enseignants soient dans des endroits qui ne soient pas à la hauteur de la profession. Nous ferons avec le budget de l'Etat dans le cadre des constructions. Bien entendu, ces bâtiments ne seront pas la propriété des enseignants, mais celle de l'Etat. Nous suivons et nous essayons d'impulser la question au sein de notre direction.

Quel est le bilan de ces dernières années de la gestion de l'Education ?

Si nous partons de 2000 à maintenant, en termes de construction de salles de classe, d'augmentation du budget de l'Education, de recrutement, comparé à ce qui a été fait au cours des 40 dernières années, même si nous remontons plus loin, à l'époque de la première école du Sénégal, en 1816, les efforts sont extraordinaires. Concernant la construction de classes, en quatre ans, nous avons construit plus de 8.000 salles de classe, plus les écoles construites par les autres partenaires. C'est de loin le plus important de tout ce que nous avons au cours des cent dernières années. Chaque année, nous recrutons au minimum 2.500 enseignants. Nous avons mis dans le circuit, plus de 20.000 enseignants, craie en main, on est à peu près 50.000. Il y a cinq ans, le budget tournait autour de 100 milliards. Cette année, il est multiplié par plus de 2. En effet, plus de 230 milliards sont consentis par l'Etat. Cela est différent de l'appui des autres partenaires, alors que nous avons mis plus de 40 ans pour être à ces 100 milliards. Des efforts extraordinaires sont consentis. S'il vous arrive de parcourir le Sénégal, vous constatez une floraison de classes, même dans les plus petits hameaux. Cela témoigne de la volonté du Sénégal à faire de l'Education une priorité. Au bout du compte, c'est 40 % du budget de l'Etat qui sont destinés à l'Education dont près de 80 % sont consacrés à des salaires. C'est donc la meilleure forme de lutte contre la pauvreté. Cela mérite d'être souligné à l'heure.

Est-ce cela qui classe le Sénégal parmi les 12 pays les plus ambitieux du monde dont figurent trois d'Afrique ?

C'est exact. C'est aussi le seul pays au monde qui accorde un budget aussi important à l'Education.

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