Par Ambroise EBONDA
7 Octobre 2005
opinion
L'Europe tente de stopper l'afflux des clandestins africains par des moyens contestables.
Sous la forte pression de milliers de clandestins africains qui tentent de rejoindre l'Europe coûte que coûte, les petites enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au nord du Maroc, sont ces jours-ci au centre d'une agitation particulière. Cela a été encore le cas jeudi, lorsque les forces espagnoles et marocaines ont fait échouer une charge de centaines de clandestins contre la grille de Melilla. Un demi - millier de clandestins tentaient de franchir la clôture de Melilla, à la frontière entre le Maroc et cette enclave espagnole, mais ils se sont heurtés à une intervention importante et rapide des forces de sécurité marocaines. Depuis le début de l'été, il s'agit du premier échec des clandestins, après cinq attaques réussies, qui avaient permis à plus d'un demi - millier d'Africains de passer en force et d'entrer à Melilla et Ceuta.
Les candidats africains à l'émigration choisissent l'Espagne, d'abord en raison des enclaves de Ceuta et Melilla, uniques frontières terrestres entre les continents africain et européen. En plus, ils trouvent la politique migratoire espagnole plus souple que partout ailleurs. Patrick Houti, un Camerounais de 25 ans interrogé par l'AFP devant le centre d'accueil provisoire des émigrés africains à Melilla, estime que l'Espagne est la destination finale préférée pour beaucoup de Subsahariens parce qu' " elle fait beaucoup de choses pour les Noirs ". " Peut-être, a-t-elle besoin de notre main d'oeuvre, mais en tout cas, elle nous a ouvert son coeur et nous les Africains nous lui ouvrons le nôtre ", ajoute ce maçon de Douala. " De toute façon, la France n'accepte plus les émigrés, elle a tort car ses racines traditionnelles en Afrique risquent d'en pâtir ". Les émigrants africains sont unanimes à dire que les conditions de vie en Espagne, en Grande Bretagne, en Allemagne sont "meilleures" en matière notamment d'emploi, de salaire et de santé.
Aventure
Deux raisons semblent cependant expliquer l'agitation de ces derniers jours à Ceuta et Melilla. L'hiver approche et les clandestins africains savent qu'il va faire très froid dans les collines marocaines où ils se réfugient. De plus, ils craignent de voir le Maroc et l'Espagne réussir à leur barrer définitivement la route de l'Eldorado européen. Alors, ils tentent le tout pour le tout. Ce qui ne va pas sans risques. Huit clandestins ont ainsi trouvé la mort dans cette zone frontalière, depuis le début de l'été et des dizaines d'autres ont été sérieusement blessés. Les deux enclaves de Ceuta et Melilla sont séparées du nord marocain par des doubles barrières métalliques que les immigrés clandestins tentent de passer en force en grimpant sur des échelles artisanales en bois. Il faut en plus échapper aux hommes armés postés des deux côtés de la frontière par le Maroc et l'Espagne. Ce que n'ont pas pu faire quelque 6000 clandestins arrêtés par le Maroc depuis le début de l'année 2005.
Selon le ministre marocain l'Intérieur, le royaume chérifien a engagé plus de 8.500 agents de sécurité engagés dans la lutte contre l'immigration illégale en provenance de l'Afrique subsaharienne. 7.000 hommes sont ainsi postés à la frontière nord, auxquels s'ajoutent un millier d'autres aux alentours de Nador, près de l'enclave espagnole de Melilla, et 500 à 600 agents des forces de sécurité et gendarmes dans les forêts aux alentours de Tétouan, près de l'enclave de Ceuta. Comme si cela ne suffisait pas, l'Espagne a entrepris des travaux de surélévation de trois à six mètres de hauteur des clôtures de Ceuta et Melilla, surmontées de barbelés et équipées de détecteurs de mouvements et de caméras à infrarouges. Mais encore, Madrid envisage sérieusement la construction d'une troisième clôture. Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, entreprend également de finaliser des accords de rapatriement avec le Mali et le Ghana pour y renvoyer les immigrants entrés clandestinement dans les enclaves de Ceuta et Melilla. L'Espagne a déjà des accords similaires avec l'Algérie, la Guinée-Bissau, la Mauritanie, le Nigeria et le Maroc.
Réflexion
Elever des clôtures de la honte et rapatriés les malheureux clandestins qui auront été arrêtés suffira-t-il à endiguer le mal ? L'Europe peut-elle parvenir à stopper l'immigration africaine sans s'intéresser aux causes profondes de cette immigration et y trouver des remèdes ? Nombre de clandestins qui tentent l'aventure en passant par le Maroc fuient la famine et le désespoir qui gagnent la plupart des pays de l'Afrique sub-saharienne. " L'horizon sera difficile pour les prochaines années si l'ensemble de l'Union européenne ne se met pas à faire sérieusement un effort spécial d'aide à ces pays ", reconnaît le chef du gouvernement espagnol. " Ceuta et Melilla sont notre frontière sud, la frontière de l'Europe. Le fossé de richesse entre l'Espagne et le Maroc est le plus profond au monde pour deux pays voisins, avec un différentiel de revenu par habitant de l'ordre de 1 à 5 ", note-t-il.
Le Premier ministre espagnol constate que le comblement de ce fossé qui " était l'un des objectifs fondamentaux du processus de Barcelone a continué à se creuser ". Il souhaite par conséquent que le sommet euro- méditerranéen fin novembre à Barcelone, qui marquera ses 10 ans, serve à " le relancer comme instrument de lutte contre le sous-développement ". Pour cela, pense-t-il, il est " indispensable " qu'une " grande priorité de l'UE soit de changer son regard sur l'Afrique ".
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