Abidjan — A M'Bahiakro, tous les déplacés de guerre n'ont qu'un seul voeu : retourner chez eux en paix et en sécurité .
Trois années après le déclenchement de la guerre, le département de M'Bahiakro continue d'accueillir sur son sol les victimes de guerre. De par sa proximité d'avec la localité de Bouaké (87 km), M'Bahiakro a servi aux premières heures de l'attaque armée, de zone de transit et d'accueil. La population avec à sa tête les autorités administratives et les élus politiques ont apporté secours et assistance aux victimes. La palme dans l'organisation des secours et assistance revient, nous a-t-on dit, aux religieux de la mission catholique. Le père GRAZIANO qui rentre définitivement en Italie, laisse derrière lui l'image de la providence divine et de l'âme charitable qui a su donner réconfort moral et assistance aux déplacés de guerre. Dans la situation de paix précaire imposée par le cessez-le-feu, la sérénité n'a cependant pas toujours été de mise dans le département.
Les incursions sporadiques et les exactions commises sur les populations de Bonguéra ont souventes fois mis les populations sur le qui-vive. Une situation de paix précaire rompue à la faveur des évènements de novembre 2004. En réaction au bombardement de leur base de Bonguéra, intervenu au cours de l'opération "dignité" des 4 et5 novembre 2004, les rebelles se sont livrés à des exactions sur les populations locales. C'est pour fuir ces exactions qui, selon M Kouadio Kouakou, une des victimes, allaient de la brimade à l'extorsion de fonds en passant par les prises d'otages, que les populations sont venues se réfugier au chef-lieu. Estimé à près de deux mille au départ, nombre parmi eux sont allés vers de nouveaux horizons . Sur place, on dénombre officiellement 1044 personnes qui vivent dans le dénuement, l'insalubrité et la maladie. Elles ne doivent leur salut qu'à l'assistance du PAM et sporadiquement de celle de l'UNICEF et du FAO.
La maladie, la malnutrition et pis, la prostitution pour les jeunes filles sont leur lot quotidien. Neuf mois exactement que ces déplacés courtisent la faim, subissent les humiliations et supportent stoïquement le regard condescendant de ceux-là qui n'ont pas encore pris la pleine mesure de la fragilité de l'humain. Tous n'ont qu'un voeu: retourner chez eux dans les conditions de paix et de sécurité qu'ils ont toujours connues. En attendant, ils demandent plus de compréhension et d'égard de la part de leurs frères. Des âmes généreuses à qui ils disent merci pour le gîte et le couvert. Mais au-delà, formulent-ils la doléance de voir leur régime alimentaire enrichi et varié à défaut d'être adapté à celui auquel ils ont toujours été habitués. Autre souci majeur, l'éducation de leurs enfants qui ont dû écourter leur scolarité pour cause de guerre. Les déplacés de Bonguéra baissent toutefois les bras. Les hommes battent le pavé à la recherche de quelques contrats journaliers pour assurer le quotidien. Les femmes de leur côté sillonnent les quartiers en quête de menus travaux de ménage pour faire bouillir la marmite. Ils se sont tous aussi intéressés au projet rizicole initié à leur endroit par le PAM sur la demande du Préfet de département.
Un total de 3.50 ha de semence de riz distribué à 13 personnes sur un total de 23 inscrits. L'initiative devrait être étendue au maïs et aux cultures maraîchères pour impliquer un plus grand nombre. On ne peut vivre éternellement d'assistance et de compassion, relève le vieux Kouadio Kouassi, un déplacé du site de la sous-préfecture. Pour dire que la prise en charge des victimes de guerre par elles-mêmes reste le souhait des déplacés des 16 sites d'accueil de M'Bahiakro. Les déplacés de M'Bahiakro sont des réfugiés dans leur propre département. Ils n'arrivent plus à pourvoir à leurs besoins élémentaires du manger, du vêtir et du loisir . Déracinés, parce que coupés du cordon qui les lie à leurs valeurs ancestrales et à leur terre. Ces déplacés sont des âmes qui errent. Tous implorent le sens de la responsabilité de leurs fils et frères, les politiques. Leur avenir, admettent-ils compte certes, mais plus compte celui du pays par un retour rapide à la paix.
Les plus petits ne veulent plus manger de la semoule de maïs
Le mercredi 14 septembre dernier, le comité de gestion des victimes de guerre de Bonguéra a procédé à la séance mensuelle de distribution de vivres à la préfecture de M'Bahiakro. Les victimes venues en grand nombre pour recevoir chacune sa ration sont habituées à cette cérémonie qui dure depuis des mois. Le responsable du comité et l'assistante sociale s'activent avec la même motivation. Le don du PAM était composé ce jour-là de 263 sacs de semoule de maïs, 63 sacs de sel de 25 kg. Au-delà du caractère officiel de la remise de dons, aucun signe ne trahissait la joie débordante des bénéficiaires. C'est qu'ils sont, depuis 6 mois maintenant que l'organisme international a pris la relève, habitués à la séance et à la ration.
La nature des dons n'a pas varié. Plus d'une fois, ils ont fait part de leurs préoccupations à Mme Bla Agathe, l'assistante sociale, mais aussi à M. Yao Bernard, le responsable du comité de gestion. Les assistés sociaux des 16 sites d'accueil rechignent à consommer la semoule de maïs. En clair, ils sont pour la plupart dégoûtés de la poudre de maïs qu'ils ont consommée sous toutes ses formes.
Si les adultes se montrent raisonnables, les enfants depuis un moment n'en veulent plus. Au site d'accueil de la sous-préfecture, les plus petits, lors de notre visite, ont catégoriquement refusé de prendre le petit-déjeuner de bouillie de maïs. Dame Kouakou Aya, à la suite de Mmes Kouassi Adjoua et N'Guessan implorent les autorités et organismes afin qu'ils varient la ration à eux allouée chaque mois.
" Nous reconnaissons les efforts fournis par ces structures, à qui nous disons encore merci. Mais reconnaissons que consommer la semoule de maïs matin, midi, soir pendant six mois, c'est vraiment difficile", plaident-elles. Pour les petits, le doyen du site de la sous-préfecture, le vieux Kouadio Kouassi, déplore de temps à autre des cas de diarrhée .Des crises diarrhéiques qu'il impute à la surconsommation de la semoule de maïs. En plus, reconnaît-il, "notre régime alimentaire a complètement changé. Nous savons que nous ne pouvons pas manger comme chez nous, mais en lieu et place du maïs, nous souhaitons qu'on nous fasse parvenir du riz". Au départ, c'était le riz qui était servi, reconnaît M.Yao Bernard. Cela, grâce au concours de la population et celui des élus locaux . Passé l'engouement du départ, le comité ne reçoit plus de dons de riz.
C'est donc le PAM qui a pris la relève et les responsables ne servent que ce qui leur parvient. Voici pourquoi à côté de ce que l'organisme leur distribue chaque mois, les victimes ne peuvent s'empêcher d'effectuer de menus travaux pour acheter des mets adaptés à leurs habitudes alimentaires. Certains parmi les déplacés envisagent d'échanger les sacs de semoule de maïs, de soja ou de haricot contre du riz. Aujourd'hui, le projet rizicole pour lequel nombre d'entre eux se sont inscrits reste, à l'horizon, la voie du salut. Parce qu'à terme, estiment-ils "nous pourrons prendre la relève pour consommer ce dont nous avons envie". La méthode de distribution, elle aussi, ne rencontre pas la pleine adhésion des victimes. Les provisions arrivent avec des fiches statistiques de rationnement par famille. Des considérations purement théoriques qui ne sont pas toujours adaptées au besoin des personnes à qui les vivres sont destinés. Des populations dont les besoins calorifiques et les habitudes alimentaires sont plus tributaires des conditions sociales de vie. Des particularités culturelles qui gagneraient à être prises en compte.
Le vieux Kouadio Kouassi et ses épouses s'interrogent à juste titre sur les différentes formes sous lesquelles ils pourraient consommer le haricot et le soja qui sont certes riches en protéines, mais apportent-ils au cultivateur de Bonguéra les oligo-éléments nécessaires à l'organisme? D'où le satisfecit que les hommes adressent aux dames qui, à travers leurs petits contrats arrivent de temps à autre à leur procurer le met qu'ils désirent. Certains parmi les hommes, au risque de leur vie, s'aventurent dans les champs qu'ils ont abandonnés en territoire occupé. Ils s'y hasardent pour s'approvisionner en ignames. La solution, reconnaissent-ils, reste le retour à la normalité.
Carte postale
Ancien maillon essentiel de la première boucle du cacao
Issu de l'éclatement du vaste Département de Bouaké, M'Bahiakro a été érigé en chef-lieu de département par la loi n° 85-1086 du 17 octobre 1985. Le département couvre une superficie de 5260 km'. Sa population est estimée à 108.907 habitants. Le territoire départemental est habité par les Baoulé Sondo, Abbey (Adjé), les N'gain et les Andoh. La sous-préfecture de Prikro est le territoire des Andoh. Celle de Bonguéra, avec ses 20 villages et une population de 15061 habitants, abrite les N'gain. Avec un ensemble de 57 villages, M'Bahiakro renferme la plus forte concentration de population estimée à 13806 habitants pour le secteur communal et 24935 pour le secteur non communal. Avant son installation définitive dans le centre-ouest ivoirien, le département de M'Bahiakro était un maillon essentiel de la boucle du cacao, dans les années 70-80. L'anacarde et le palmier à huile à un dégré moindre font en ce moment une percée notable dans le Département.
Considérée comme le grenier du Département, la sous- préfecture de Bonguéra arrive difficilement à remplir en ce moment sa mission du fait de l'occupation de son territoire par les Forces nouvelles. Une situation de crise qui a tout aussi compromis la mise en oeuvre du projet rizicole P N R ; le plus important du N'Zi- Comoé. Au niveau de l'Education, deux Lycées publics et deux autres privés assurent la formation des élèves du secondaire. Sur l'ensemble du Département, une seule coopérative agricole agréée exerce dans le secteur. Situé dans la partie centre-nord de la Côte d'Ivoire, le chef-lieu, M'Bahiakro, est distant de Bouaké de 87 km 450 km le séparent d'Abidjan en passant par Yamoussoukro. Il est limité au Nord par le Département de Dabakala, au Sud par ceux de Daoukro et Bocanda, à l'Est par Bondoukou et Tanda et à l'Ouest par Yamoussoukro et Bouaké. Sa proximité avec Bouaké a fait de M'Bahiakro, une terre d'accueil et de transit des victimes de guerre lors des événements du 18-19 septembre 2002.
Produire du riz pour s'affranchir de toute assistance
Afin de leur permettre de se prendre en charge, un certain nombre d'actions sont entreprises en faveur des victimes de la guerre. Des initiatives qui, a terme, doivent leur permettre de s'affranchir de l'assistance dont ils sont en ce moment l'objet. Le plus important de ces projets d'insertion des déplacés de guerre de M'Bahiakro reste le projet de création de périmètres rizicoles pour ces derniers. Initié et coordonné par l'autorité préfectorale, le projet a débuté au mois d'avril. Ce sont au total trois hectares et demi de semences qui ont été distribués aux inscrits de cette phase expérimentale.
Grâce à l'appui du PAM, qui a fourni les semences et à l'encadrement de l'ANADER, les premières superficies entrent en production dans les mois prochains. Au départ, 13 personnes s'étaient inscrites pour recevoir les semences. A l'arrivée, ce sont au total 20 personnes qui ont manifesté le désir d'adhérer au projet. Chacune des 13 personnes du départ a pu bénéficier de 0,25 ha de semence de riz NERICA. Chacun des demandeurs a, par ses relations personnelles, eu la charge de trouver la superficie nécessaire à la culture de ses 0,25 ha de riz. En dépit des longues distances et du manque de moyens de locomotion, leur volonté d'autonomie a permis aux déplacés de vaincre toutes les résistances et adversités.
Aujourd'hui, comme récompense ultime, les premiers sont en phase de récolte.
L'initiative a le double avantage de soulager et les victimes et les donateurs. Les uns se plaignaient déjà d'être dégoûtés de la consommation par trop régulière de la semoule de maïs. Les autres montrent des signes d'essoufflement dans la prise en charge des victimes.
L'intérêt suscité par la première phase du projet a amené les deux organismes internationaux, à savoir le PAM et la FAO, à initier un deuxième. Celui-ci porte sur la distribution de semence de riz de bas-fond et de maïs. Cinquante neuf (59) personnes cette fois se sont inscrites pour le nouveau projet dont 44 pour le maïs. Ici aussi, chaque souscripteur a obtenu pour la culture de son choix, 0,25 ha de semence.
Une nouvelle phase de distribution de semence est en attente en ce moment.
Elle portera sur les cultures maraîchères, nous a révélé M. Yao Bernard. Pour ce projet, les demandes de semence continuent d'affluer sur la table du responsable. Le programme maraîcher devrait impliquer au vu de la première liste, plus d'une cinquantaine de personnes. Il concerne la culture du haricot, de la tomate, du chou, du concombre Il est de loin celui qui suscite le plus d'engouement auprès des 300 femmes de la population des déplacés de M'Bahiakro. Les raisons de la motivation vont de la relative aisance dans l'exécution des travaux d'entretien à l'obtention tout aussi aisée de lopins de terre de petite taille nécessaire à l'activité.
Comme le soutient dame Kouakou Aya, déplacée du site du foyer féminin, "il nous sera plus facile d'obtenir des terrains non loin de la ville pour éviter les longs déplacements". L'initiative, de l'avis de nombreuses femmes leur procurera de petits revenus pour subvenir aux besoins du ménage.
Car, comme l'explique N'Guessan Ahou, du site de la sous-préfecture, " nous sommes obligés de faire des travaux ménagers chez des particuliers pour acheter du savon, du sel, de la viande pour la sauce".
D'où l'appel que lance M. Yao du comité de gestion à l'endroit de la population locale. Le responsable souhaite, en effet, qu'en plus de ce qu'elle a déjà fait, elle continue sur sa lancée en octroyant aux victimes de guerre de M'Bahiakro quelques parcelles de terre.
Le seul moyen, selon lui, pour que cette population subisse moins le poids des déplacés de guerre. Parce qu'en s'adonnant à ces activités, ils les solliciteraient moins pour leur prise en charge. C'est aussi l'avis et la volonté de ces victimes de guerre qui n'entendent pas rester d'éternels assistés.
La quête de leur nouvelle liberté, ils l'ont compris, passe par une voie : celle de l'initiative personnelle couplée à l'effort individuel.
Une soixantaine d'enfants sont hors des salles de classe
Sur dix enfants déplacés de guerre en âge d'aller à l'école, seulement trois ont réussi à se réinscrire dans un établissement primaire à M'Bahiakro. C'est avec un pincement au coeur que M. Yao Bernard livre l'information. Elle traduit la dure réalité d'une enfance qui voit s'évanouir devant des parents impuissants sa chance à l'instruction.
Un droit à l'éducation violé et piétiné par le fait d'une situation de guerre qui les a mis hors des salles de classe depuis déjà une année.
Ils étaient pour la quasi-totalité des écoliers dans leurs villages respectifs ou aspiraient pour certains à intégrer le système quand ils ont été obligés de fuir leur villages. A l'image de leurs parents, ils sont pour nombre d'entre eux obligés d'effectuer de menus travaux pour survivre.
Ils sont près de 60 aujourd'hui recensés dans les 16 sites d'accueil qui attendent dans la candeur de leur jeune âge de retrouver le chemin de l'école. Un trentaine d'enfants au moins doivent entrer au cours préparatoire première année. Plus d'une vingtaine étaient déjà dans le circuit lorsqu'ils y ont été éjectés du fait de la guerre. Les plus petits qui ne peuvent s'offrir le luxe d'une salle maternelle se comptent par dizaines. A la demande des organismes internationaux, M. Yao a dû procéder au recensement de ces enfants en âge d'être scolarisés.
Depuis, le recensement a été fait et l'on n'attend plus que les responsables de l'UNICEF pour la prise de décision et sa mise en application. Au moment où l'on parle de rentrée des classes, M. Yao est de plus en plus soucieux devant le regard inquisiteur des enfants et celui expectatif de leurs parents. Les classes dans la zone de Bonguéra, occupée par les rebelles restent fermées. C'est à juste titre que M. Soro Kayaha se préoccupe de la réinsertion de ces jeunes enfants dans le système. L'administrateur plaide pour que l'avenir de ces enfants ne soit pas sacrifié. A l'exemple de la campagne de vaccination qui a connu un réel succès ( 99°/° de couverture), il voudrait rencontrer la même compréhension du côté des forces nouvelles. " Si pour l'école admet-il, nous pouvons rencontrer la même disposition d'esprit, je pense que nous allons faire un grand pas vers la réconciliation. "
Des enfants qu'on doit sauver de l'oisiveté, de l'exploitation et de l'ignorance par devoir. A Côté du souci de la réintégration des enfants dans le système subsiste un autre chez les parents. Au cours de leur exil forcé, parents et enfants ont tout laissé derrière eux. Biens pour les parents, effets scolaires et tenues pour les écoliers. Si leur progéniture devrait reprendre le chemin de l'école, les parents voudraient voir leurs enfants bénéficier d'un kit scolaire. Il les mettrait à l'abri de sacrifices supplémentaires ont-ils dit. De son côté M. Yao Bernard est d'autant plus préoccupé par la résolution du dossier école, que de nombreux dangers guettent la communauté des jeunes déplacés. Les jeunes filles pour faire face à leurs besoins élémentaires sont guettées au détour de toutes les rues par la prostitution. Leur réinsertion dans le système les mettrait à l'abri de bien de tentations. Le recensement fait, parents et enfants nourrissent l'espoir dans une patiente attente de la reprise des cours. L'avenir du fort contingent de 557 enfants déplacés de guerre de M'Bahiakro reste le principal défi. Celui qu'ensemble doivent relever les autorités et organismes internationaux. Faute de quoi, à M'Bahiakro seront sacrifié des gamins et gamines. Des tout petits qui en plus de ne rien comprendre à cette crise, subissent la double injustice de se voir ravir un de leurs droits inaliénables : celui à l'éducation.
par Arsène Kanga correspondant régional
Le grenier
Livrés à eux-mêmes
Les déplacés de guerre de M'Bahiakro sont tout simplement malheureux. Ces hommes, ces femmes et leurs enfants, sont malnutris et désemparés. C'est que le temps de l'abandon fort redouté de tous, est bien là désormais. Vécu difficilement par les uns et les autres. En réalité, le déplacé de guerre n'émeut plus tant que ça, comme c'était le cas au cours des premiers mois qui ont suivi le déclenchement de la guerre. Le grand élan de solidarité dont on avait fait montre à cette époque, à travers de multiples dons de vivres singulièrement à ces nombreuses personnes ayant fui la guerre, s'est quasi totalement estompé. Aujourd'hui partout oû ils sont recueillis, les déplacés de guerre sont pratiquement livrés à eux-mêmes. S'adonnant pour la plupart à la grande débrouillardise pour survivre. Et le faisant, tout y passe. Depuis les petits métiers jusqu'aux pratiques les plus indignes, les plus avilissantes. Les organisations humanitaires n'en pouvant plus, leur ont dans nombre de cas tourné le dos. Du côté de M'Bahiakro le programme alimentaire mondial ( PAM ) reste la seule structure se montrant régulière dans l'assistance à apporter aux déplacés. Même s'il ne parvient pas à réussir, une variation telle que médicalement conseillée des produits alimentaires qu'il offre aux 1044 déplacés de guerre de M'Bahiakro
Cet état de fait révèle à quel point il est indispensable de multiplier et d'encourager, les initiatives en matière de réinsertion sociale des déplacés de guerre, partout où ceux- ci sont présents. Après le temps des divers dons de vivres, l'on avait vu quelques actions allant dans ce sens. Celles-ci furent aussi bien individuelles que collectives ou relevant simplement d'initiatives prises par les conseils généraux, les conseils municipaux et les organismes internationaux de développement. Ces actions disséminées, ici et là, ont aujourd'hui permis à de nombreuses personnes jadis désespérées, de pouvoir entreprendre une activité génératrice de revenus. Les rendant par ce fait même, un tant soit peu indépendantes de différentes assistances extérieures.
Toutefois, il convient de reconnaître que beaucoup reste à faire en la matière, ainsi que le démontrent assez bien d'ailleurs, les conditions hautement déplorables de vie dans lesquelles se trouvent les déplacés de guerre de M'Bahiakro. Comme ceux de Yamoussoukro également, qui demeurent encore victimes des affres de la guerre. Et dont nous nous sommes déjà fait l'écho des plaintes et complaintes. Il faut ici saluer l'initiative du préfet de M'Bahiakro, qui a lancé un projet rizicole voilà six mois avec l'appui du PAM et de l'ANADER. Il y a aussi le programme de vulgarisation des cultures maraîchères, auquel les femmes accordent beaucoup d'intérêt. Toutes ces initiatives méritent d'être amplifiées et entretenues avec le soutien des cadres, des structures locales de développement, afin de profiter au plus grand nombre.
Comments Post a comment