Agnan Kayorgo
12 Octobre 2005
Ainsi donc les élections présidentielle et législatives dont on craignait un éventuel report ont finalement eu lieu le mardi 11 octobre 2005, au Liberia.
Plus d'un million de Libériens étaient appelés à élire le président et les députés à même de remettre le pays sur pied. La communauté internationale, avec les parties prenantes dans cette élection, a bataillé ferme pour que le scrutin se tienne à cette échéance.
Meurtri par quatorze années de guerres civiles à répétition, le Liberia revient de loin, et c'est à juste titre qu'on pense que l'occasion est donnée de tourner définitivement la page de la guerre et de la mal gouvernance. Pays peuplé d'environ 3 millions d'habitants, totalement ruiné, avec une économie exsangue, désorganisée, un taux de chômage de 85% et un taux d'analphabétisme analogue, tout est presque à refaire dans cette contrée ouest-africaine.
Après le départ forcé en exil de l'ancien président Charles Taylor à Calabar au Nigeria, suivi quelques temps de l'entrée en fonction en octobre 2003 du président de transition, Gyude Bryant, qui a géré cette période sous tutelle onusienne, le Liberia retrouve lentement son souffle.
Le défi qui attend l'élu est pourtant de taille. L'équation à résoudre est à plusieurs inconnues : il y a le défi de la paix et de la réconciliation, celui de la sécurité sociale, de la réforme du secteur public, de l'économie, du gouvernement et de l'application de la loi.
En un mot comme en mille, il s'agit de tourner le dos au passé douloureux, à condition bien sûr que la suite de l'élection se passe dans la sérénité.
La campagne électorale s'est déroulée sans encombre ; c'est le moins qu'on puisse dire. Les candidats en lice pour la présidence sont, rappelons-le, au nombre de 22, soit deux bonnes équipes de football. Parmi eux, d'anciens seigneurs de guerre, des hommes d'affaires, des avocats et quelques politiciens plus ou moins professionnels. Mais seulement cinq prétendants sont jugés sérieux, dont l'ancienne star du football, George Weah, et Mme Ellen Johnson Sirleaf. Cette dernière, qui a été fonctionnaire de la Banque mondiale, n'est pas inconnue du milieu politique puisqu'elle fut autrefois ministre.
Le premier n'a pas terminé ses études secondaires et a un background politique vide. Candidat de la jeunesse, pour qui il est un modèle de réussite, le prétendant du Congrès pour le changement démocratique, George Weah, a l'avantage de n'avoir pas les mains couvertes de sang ; sa réputation et sa fortune, il les a bâties à la force de ses mollets sur les terrains de football, où les chroniqueurs sportifs avaient fini par le surnommer "mister George".
Il peut donc légitimement prétendre gouverner le Liberia, n'en déplaise à ceux qui s'accrochent au mythe des diplômes. S'il est élu, tout est possible, l'homme s'aura, en bon capitaine d'équipe, composer avec des technocrates et des politiques compétents. Et on n'a véritablement pas besoin de sortir de Cambridge, de Harvard ou de la Sorbonne pour réussir un tel pari.
On a vu des intellectuels bardés de diplômes échouer dans la gestion de leur pays. Par contre, des gens qui n'étaient pas destinés à occuper des postes de responsabilités politiques ont pu relever le défi. Et comme le dit si bien l'ancien ballon d'or avec un brin de populisme, il n'a pas besoin de faire de longues études pour savoir que son pays meurtri a besoin d'écoles, d'hôpitaux, de routes, etc.
George Weah joue de ce fait le match de sa vie, et si les Libériens votent pour lui, ce sera bien la première fois qu'un sportif arrive au sommet du pouvoir. Le vainqueur devra être un rassembleur, quelqu'un qui inspire la confiance aux bailleurs de fonds et aux ONG qui ont fuit le pays à cause de la guerre.
Il y a également ces milliers de réfugiés qui attendent l'issue de l'élection pour revenir au bercail. La tâche ne sera pas moins difficile parce que c'est un intellectuel, un diplômé qui prendra les rênes du pouvoir. Ainsi donc, que ce soit George Weah, ancienne star du football dont l'image a fait le tour du monde et qui ne manque pas de séduire, ou que ce soit Ellen Johnson Sirleaf du Parti de l'Unité, ou quelqu'un d'autre, le Liberia a besoin de paix pour se développer.
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