Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Evènements de novembre 2004 et suspension du général Poncet : la France a peur d'aller devant le TPI

Dan Opeli

19 Octobre 2005


Lundi, la ministre française de la Défense a suspendu le général Henri Poncet, ancien commandant de l'opération "Licorne" en Côte d'Ivoire. La mesure de Michèle Alliot-Marie concerne également le colonel Bugaud, chef de corps, et un sous-officier qui faisaient partie du dispositif licorne en Côte d'Ivoire.

Selon AFP rapportant les propos du porte-parole du ministère de la défense, ces suspensions ont été prononcées pour "manquement grave à la loi, aux règlements militaires et aux ordres". Plus précisément, il est reproché au général Poncet d'avoir couvert le décès d'un Ivoirien nommé Mahé, décès qui serait survenu en mai dernier dans l'ouest de la Côte d'Ivoire dans la zone de confiance.

Problématique : que cache cette mesure ? Le fait évoqué constitue-t-il réellement la raison de cette suspension ? Pourquoi une simple suspension ? Est-ce une première étape vers l'inculpation de l'officier et de ses collaborateurs ? Désormais convaincue du manquement à la loi du général Poncet, Alliot-Marie peut-elle continuer de soutenir que Poncet s'est montré professionnel dans le dossier des massacres de novembre 2004 ? N'est-ce pas une mesure pour justement couvrir les auteurs de ces massacres ? N'est-ce pas pour soustraire ce général des poursuites judiciaires engagées par les jeunes patriotes ivoiriens et l'Etat de Côte d'Ivoire ? N'est -ce pas dans le but de devancer les souvenirs à quelques jours du premier anniversaire des crimes de l'armée française en novembre 2004 à Abidjan ? "Notre Voie" était encore à formuler les hypothèses et à les vérifier quand une source parisienne a révélé que la mesure qui frappe Poncet est plutôt liée aux évènements de novembre 2004. Selon cette source, la DGSE a mené des investigations sur les évènements de novembre 2004 et a abouti à la conclusion que le général Poncet a poussé les autorités françaises à agir sur la base du faux. L'ex-commandant de la "Licorne" a menti sur toute la ligne.

L'autopsie effectuée sur les soldats tués aurait révélé que ces derniers ne l'ont pas été par balles aériennes. Ce qui signifie que le camp qui abritait les soldats français n'a pas été bombardé. En outre, toutes les informations communiquées à Paris sur la fusillade de l'hôtel ivoire étaient erronées. Les soldats français ont tué sans raison. Les jeunes manifestants n'étaient pas armés. Michèle Alliot-Marie, qui s'était montrée très ridicule et très cynique dans ce dossier, serait aujourd'hui très embêtée. Mais elle manque de courage pour, franchement, affronter ce rebondissement. Aussi a-t-elle eu recours à un autre dossier qui certes concerne un crime, mais est moins brûlant que celui de novembre 2004 qui avait vu la destruction de toute la flotte aérienne ivoirienne, du bombardement des palais présidentiels de Yamoussoukro et d'Abidjan et surtout la fusillade de l'hôtel ivoire ayant occasionné des dizaines de morts, mais a le mérite de permettre le début d'une procédure contre le général Poncet.

Hier, à 17 heures 20 GMT, intervenant sur la chaîne de télévision française itélé, Bernard Doza, journaliste ivoirien résidant en France, a fait une analyse allant dans le même sens. Il a confirmé qu'effectivement, la mort d'un Ivoirien est une fausse piste. La vraie piste prend sa source au camp supposé bombardé à Bouaké et prend fin devant l'hôtel ivoire le 9 novembre 2004. Les autorités ivoiriennes ont décidé de porter plainte devant le tribunal pénal international. L'avocat choisi est le Français Roland Dumas qui séjourne actuellement à Abidjan. Selon lui, la suspension de Poncet cache donc la trouille de Paris. Aussi Jacques Chirac et Alliot-Marie prennent les devants en sacrifiant Poncet qui avait agi sur ordre express de l'Elysée.

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