Kgm
20 Octobre 2005
Kinshasa — Kinshasa a vécu mercredi l'une de ces journées chaudes durant lesquelles tout semble à la fois si fragile et si prêt de basculer. Un vent de panique s'est en effet répandu hier comme une traînée de poudre dans toute la capitale, précipitant parents affolés et enfants paniqués dans la rue. Au propre comme au figuré et de l'avis général, on a frôlé la catastrophe.
Mais que s'est-il réellement passé ? Tout au long de cette journée folle, personne n'a été en mesure de proposer une version à la fois cohérente et rassurante. Seul le très volontaire Jean Kimbunda Mudikela, gouverneur de la ville de Kinshasa, a tenté de faire front en accusant, dans une espèce de confusion de langage, à la fois la rumeur au bois dormant et la cruelle manipulation des laboratoires, sans que l'on ne sache, en fin de compte, quelle piste privilégier.
N'empêche. Les observateurs pour leur part ne manquent pas de noter que la peur panique qui a déferlé mercredi sur Kinshasa survient dans un contexte politique et social particulier. Un contexte politique gagné par l'incertitude du lendemain au regard d'un processus électoral dont la crédibilité s'arrête aux statistiques quotidiennement alignées, comme des trophées, par la CEI. Mais aussi un contexte social dominé par des grèves répétitives dans l'enseignement, l'administration publique et le secteur du commerce de détail.
Malaise
Certes, le mouvement qui a secoué les écoles du secteur primaire et secondaire n'en est pas à sa première vague. Tout au long de la récente grève des enseignants, la même rumeur a semé la panique dans les écoles, sans que les autorités réussissent à mettre la main sur le plus petit délinquant ou le plus grand manipulateur. En revanche, la répétitivité à la fois du phénomène et du comportement paniquard des parents a plutôt confirmé toutes les récentes analyses selon lesquelles les Congolais ne font plus confiance à leurs institutions, au point de se fier à la première rumeur en doutant de la capacité de l'Etat à assurer la protection des écoliers et élèves. De là à ce que les parents soient eux-mêmes la cause d'une belle pagaille.
Plus grave est le fait qu'au moment où tout le monde savait déjà que les étudiants faussement pointés du doigt n' étaient pour rien dans ce délire, aucune autorité ne s'est levée ni pour apaiser la tempête ni pour entreprendre une action déterminée contre les groupes des voyous clairement identifiés par des témoins pour avoir semé des troubles dans certaines écoles de Lemba et Matete. Apparemment, on préfère encore et toujours la douce et belle quiétude de la facilité en RDC pour mieux s'exonérer de l'exigence de l'effort, quitte à accuser à la fois la rumeur et la manipulation, sans en désigner autrement les auteurs que par une vaine et ridicule gesticulation.
Mais il n'y a pas que le déficit de confiance, lié à l'impuissance de l'Etat et à son incapacité à assurer la sécurité tant individuelle que collective. L'autre leçon des événements de mercredi porte sur le fait que dans un contexte dominé par les revendications sociales et les grèves à répétition, la RDC semble avoir atteint un stade de décomposition très avancée. A tel point que la population se saisit désormais de la moindre occasion pour lancer des messages sans équivoque de rejet à l'égard des institutions et de leurs animateurs.
Des chaises qui volent vers la tribune des leaders syndicaux faisant le compte rendu de leur rencontre avec le Chef de l'Etat ; des chants à l'honneur de la IIème République à l'Hôpital Général, à St Alphonse ou à Notre Dame du Congo; des populations accourant des communes de Barumbu, Kinshasa et Lingwala pour défendre un terrain de football et lancer des quolibets sur un pouvoir taxé de prédateur. Tout cela n'est pas qu'une fantaisie de l'esprit particulièrement délirant des Kinois. Mais bien autant de signaux qui ne sont pas sans rappeler un certain 10 janvier et un certain 30 juin à Kinshasa, ou encore un certain 17 mai à Mbuji-Mayi. De sorte qu'aux yeux des analystes avisés, il suffirait désormais d'une étincelle pour que tout explose. Dommage que pour leur confort, les leaders congolais préfèrent ne pas regarder la réalité en face. Pourtant, le malaise est bien là. De plus en plus palpable.
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