Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Mme Safiatou Ndiaye Diop, ambassadrice du Sénégal à l'Unesco

interview

"La convention sur la diversité culturelle valorise notre culture et protège ses acteurs"

Adoptée avant-hier en plénière de la 33e session de l'Assemblée générale de l'Unesco qui a pris fin hier, après l'installation dans son second mandat du Japonais Koïchiro Matsuura, la convention sur la diversité culturelle peut être bénéfique pour le Sénégal. Selon Mme Safiatou Ndiaye Diop, ancien ministre de la Culture et ambassadeur du Sénégal à l'Unesco, la convention permettra de mieux valoriser le patrimoine culturel et de mieux protéger les acteurs culturels.

Pourriez-vous revenir sur le processus de négociation de la convention sur la diversité culturelle adoptée avant-hier par la 33e session de l'Assemblée générale de l'Unesco ?

Le processus de négociation de la convention sur la diversité culturelle a été assez long. Il a fallu négocier sur beaucoup de termes, d'expressions, mais aussi rendre le texte le plus consensuel possible. Aujourd'hui, nous ne pouvons que nous féliciter du résultat de ce texte qui fédère la majorité des expressions de la culture. Le but recherché était de permettre à tout un chacun de s'y retrouver.

Durant les négociations, on est passé de l'exception à la diversité culturelle. Pourquoi ce changement de concept ?

L'évolution même du monde impose cette notion de diversité culturelle. Nous ne pouvons plus nous contenter d'une exception. C'est une diversité qui se retrouve. On se rend compte que, dans cette diversité, il y a une certaine harmonie. Et c'est le but recherché. Que l'Asiatique, l'Africain, l'Européen, l'Américain puissent se retrouver autour d'une culture diverse, mais symbolique à plus d'un titre. C'est comme cela qu'on pourra s'accepter, se respecter, dialoguer pour arriver ainsi à une certaine paix dans le monde.

Justement, le contraire n'est-il pas possible en ce sens que cette convention, en favorisant la diversité, entraîne le cloisonnement des cultures qui peut déboucher sur des extrémismes ?

Je crois que ce ne peut absolument pas aboutir à des extrémismes. Peut-être que certains Etats pourraient avoir ce genre de politique. Mais les peuples ne se laisseront pas faire. Ce qui est important, ce sont les peuples qui vont prendre en charge cette expression de leur diversité culturelle. Et à travers le texte, aucun Etat ne peut imposer ce cloisonnement, dont vous parlez, au peuple. L'avenir nous dira ce qu'il en est. En attendant, je crois que ce ne sera pas le cas pour répondre à votre question.

Quelles peuvent être les conséquences de l'opposition des Etats-Unis à la convention ?

Les Etats-Unis ont voté contre le texte. Ils ont leur position qu'ils ont défendue avec des arguments. Maintenant, le problème se situe au niveau de la ratification de cette convention. Le Sénégal a appelé à ce que tous les pays la ratifient. Le Sénégal a aussi appelé les autres pays qui ne l'ont pas votée ou qui se sont abstenus, de rejoindre le groupe de pays qui l'ont votée, parce que ce texte est assez consensuel. Et on peut tous se retrouver dans cette convention. Ce n'est pas toujours facile puisque chacun a son point de vue. Nous respectons le point de vue des uns et des autres. Mais notre pays est co-auteur de ce texte et nous assumons son contenu.

L'autre dimension de la convention, c'est la mondialisation économique. La convention protège-t-elle la culture de la marchandisation ?

La culture ne peut et ne doit pas être une marchandise. C'est vrai qu'elle génère des ressources. Il faut, d'ailleurs, que la culture génère des ressources. Mais en tant que telle, la culture c'est toute la beauté de l'âme d'un peuple. Et c'est cela qu'il faut valoriser et respecter.

Que recouvre l'article 20 de la convention qui a fait l'objet de tant de discussions ?

Tout dépend de comment on le prend. Les gens lui donnent une autre perception qu'il ne contient forcément pas. L'article 20 donnera ce que les Etats voudront bien faire. C'est tout !

Pouvez-vous rappeler le contenu de cet article ?

Il protège beaucoup plus les acteurs culturels, les gens qui évoluent dans ce milieu, qui vivent de la Culture. C'est une barrière de protection. Maintenant, il ne faut pas que cette protection soit comprise dans le sens d'une orientation, d'une dictature, même si je n'aime pas ce terme. Cependant, il faut un minimum de protection.

Que peut apporter cette convention au Sénégal sur le plan culturel ?

Elle va permettre déjà au Sénégal de pouvoir s'asseoir au banquet avec tous les autres pays du monde et exprimer mieux notre culture. Cette convention va nous permettre de mieux protéger notre culture, ses acteurs. Elle va aussi permettre de mieux sauvegarder notre patrimoine culturel et de le valoriser. Cela est très important. Cette convention donne une grande part au patrimoine immatériel. Ce qui est très important pour des peuples de culture orale tel que le Sénégal. Je crois qu'il était temps que cette convention arrive.

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