Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Un sénateur déballe la Commission " Condor " - X-Trail : les preuves de la magouille

Kandolo M.

25 Octobre 2005


Kinshasa — Ils n'avaient pas tort, ceux qui, depuis le début de l'opération " Condor ", avaient à cors et à cris dénoncé une opération financière maffieuse. N'en déplaise à la Commission pilotée par l'honorable Konde Vila Ki-Kanda qui, à chaque fois, a réagi sans convaincre personne. Aujourd'hui, elle est vertement prise à partie par un enfant de la maison, sénateur de son état, en l'occurrence l'honorable José Lunguana.

Souscripteur à l'opération des Jeeps Nissan de type X-Trail, José Lunguana fait des accusations-révélations gravissimes à l'endroit de cette Commission dans le chef de laquelle il met plusieurs actes de tricherie. Il ne se gêne pas de qualifier ses membres de détourneurs et se dit prêt à les affronter et à les confondre preuves inattaquables à l'appui dans une émission télévisée.

La première grosse tricherie que le sénateur Lunguana met à l'actif de la Commission Konde concerne le prix des Jeeps. Pour lui, la version de X-Trail qui leur a été livrée et qui est dépourvue d'options essentielles ne vaut pas le prix qui a été avancé par la Commission " Condor ". Après d'âpres investigations dans les milieux d'affaires, il lui est revenu, explique-t-il, que le coût de la Jeep Nissan X-Trail livrée aux souscripteurs n'est que de 14.500 Usd. Avec la réduction faite à cause du nombre élevé des unités commandées, il situe le prix aux environs de 10.000 Usd.

Le sénateur s'étonne donc que la Commission ait donné le prix de 16.000 Usd équivalant à la mise des souscripteurs et à leurs indemnités de sortie. Il bat en brèche ces chiffres et parle d'un détournement pur et simple d'environ 6.000 Usd sur chaque Jeep livrée. Ce qui fait au total une rondelette somme de quelque 2 millions Usd et ce, à la veille des élections.

La boulimie financière de cette fameuse Commission " Condor " ne s'est malheureusement pas arrêtée là. A en croire toujours l'honorable sénateur Lunguana, qui n'a pas mis des gants pour faire triompher la vérité, les membres de la Commission auraient touché une commission de 10 % sur toute l'opération. Ce n'est pas tout dans ce sombre cahier des révélations car il y a eu, soutient-il encore, une autre commission versée celle-là par le transporteur et dont la hauteur était de 60.000 Usd, tout ceci versé rubis sur l'ongle. A ce titre, les parlementaires se sont fait rouler comme des gamins si ces informations données par leur collègue se révèlent exactes après leur propre recoupement.

Selon José Lunguana en effet, sur les 16.000 Usd de la mise sur chaque Jeep, 40 % des fonds n'ont servi qu'à financer la poche d'une clique des profiteurs et jouisseurs que ce sénateur est déterminé à dénoncer pour que tous les souscripteurs rentrent dans leurs droits. Cette démarche est donc positive et les parlementaires devraient être les premiers à la soutenir dans la mesure où elle apporte encore plus de lumière sur ce qui n'était jusque là que du domaine du flou artistique.

La deuxième tricherie concerne les indemnités de sortie. Ici le sénateur Lunguana tape du poing sur la table pour mettre les points sur les 'i' en faisant voir que la transition n'étant pas encore terminée, les parlementaires ne pouvaient pas bénéficier de leurs indemnités de sortie. D'autant plus que, renchérit-il, rien dans ce sens là n'était prévu au budget 2005. Il soutient qu'il aurait peut être fallu débattre de la question dans les plénières des deux chambres.

Quant au nombre total des Jeeps, Lunguana relève une autre tricherie. Celle qui fait qu'il y ait sur un total de 620 Jeeps, au moins 80 parlementaires de moins à la livraison. Ceux-ci sont composés de 40 députés, 20 sénateurs et 15 parlementaires non validés parmi lesquels il y a ceux de l'Udps, du Front patriotique etc. Dans ce groupe il ne faut pas oublier des parlementaires qui ont souscrit à l'opération, mais qui n'ont pas été servis pour des raison inavouées. Jusqu'à ce jour, ceux-ci continuent à attendre leurs Jeeps qui ne viendront jamais car il n'y en a plus.

Aussi le sénateur Lunguana qui appartient à cette dernière catégorie, celle des non servis, exige-t-il qu'il leur soit remboursé leur argent. Il demande également au Bureau d'initier une enquête parlementaire afin de démêler l'écheveau dans cette affaire qui n'en est pas moins un détournement des deniers publics. Il constate aussi que la Commission Konde qui s'est arrogée même les compétences de celle de la partie Sénat n'a fait aucun rapport aux souscripteurs sur le déroulement de cette opération.

Ces propos qui viennent de la bouche d'un sénateur souscripteur aujourd'hui désabusé montrent à quel point on est en plein dans le tripatouillage. Ils donnent également des indications sur des pistes à suivre pour faire jaillir toute la vérité.

Comme nous n'avons jamais cessé de le dire, l'opération " Condor " sentait la magouille à mille lieux. Mais il faut encore pousser des recherches plus loin pour cerner complètement l'abcès et le fendre. Pour cela, des efforts doivent être déployés de la part de tous en commençant par les parlementaires qui risquent de n'avoir été utilisés que comme cobayes dans une opération qui a enrichi un groupe d'individus à leurs dépens.

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