Washington, DC — - La conjugaison des conflits et de la sécheresse due en partie aux changements climatiques peut expliquer l'aggravation de la situation en Afrique subsaharienne, a fait valoir M. Anthony Nyong, professeur de géographie à l'université de Jos (Nigeria), lors d'une conférence organisée le 18 octobre au Centre Woodrow Wilson, de Washington.
Il y a trois ans, M. Nyong était l'un des 400 scientifiques originaires de pays en développement qui ont participé à une étude dont les conclusions l'ont beaucoup surpris et qui visait à déterminer les effets de la sécheresse sur les habitants du Sahel, zone qui s'étend de l'océan Atlantique à l'océan Indien.
En général, la désertification du Sahel est imputée à la pratique du surpâturage par les populations locales. « Il n'en est rien », a dit M. Nyong en expliquant que c'étaient les changements climatiques qui étaient à l'origine du problème de la désertification et que les précipitations dans le Sahel n'avaient cessé de diminuer depuis les années 1960.
Selon lui, les changements climatiques sont aussi souvent à l'origine des conflits dans les pays du Sahel.
Prenant en exemple le conflit du Darfour au Soudan, il a expliqué que la vulnérabilité des gens aux effets des changements climatiques était souvent liée à des conflits et précisé que lorsque les ressources venaient à manquer, les gens étaient plus acharnés pour conserver le peu qu'ils avaient. « Ce qui se passe au Darfour est lié au manque de ressources », a-t-il dit.
Au Sahel, les conflits à propos des ressources opposent souvent les nomades, qui ont besoin de pâturages pour leurs animaux, aux agriculteurs qui sont sédentaires et qui ont besoin des mêmes terres pour les cultiver. En outre, la grande diversité de langues et de traditions - au Nigeria on compte plus de 400 langues différentes - complique encore plus choses.
La majorité des conflits qui sévissent actuellement en Afrique sont des conflits ethniques ou des luttes intestines et, en matière de gestion des conflits, M. Nyong prône une stratégie se concentrant davantage sur l'objet du conflit que sur les parties au conflit. « Les gens qui sont impliqués dans ces conflits ne sont pas des fous. Ce sont simplement des êtres humains qui cherchent à survivre. C'est tout ce qu'ils souhaitent », a-t-il déclaré.
Pour M. Nyong, si la diversité ethnique peut être la cause de conflits, elle peut aussi être un avantage car les groupes partageant la même ethnie sont souvent les meilleurs protecteurs des ressources qui leur tiennent à cÅ"ur. Et pour protéger ces ressources, il faut, selon lui, recourir à la diversification et à l'adoption de mesures adaptées qui tiennent compte de la sécurité des êtres humains.
Le professeur nigérian a rejeté des solutions du problème de la sécheresse qui reposeraient sur la technologie et critiqué l'adoption de mécanismes de développement « occidentaux » qui, a-t-il dit, ont sapé le pouvoir des communautés locales. « Le développement ne se fait pas dans le vide. Simplement transposer les méthodes qui ont obtenu de bons résultats (en Occident) à d'autres sociétés ne signifie pas pour autant qu'elles vont réussir », a-t-il fait remarquer.
Il est indispensable, à son avis, de faire confiance au savoir local, de donner par exemple plus de responsabilité aux chefs de village et aux conseils locaux et d'adopter des lois qui encouragent les contacts entre les comités locaux et les élus de façon à renforcer les institutions traditionnelles.
« La sécheresse ne respecte pas les frontières entre les pays (...) La moitié de la population de l'Afrique de l'Ouest vit au Nigeria et si l'on résout les problèmes du Nigeria, l'on résout la moitié des problèmes de cette partie de l'Afrique », a-t-il souligné.
Malheureusement, le chemin menant au règlement de ces problèmes est encore long, a fait observer M. Nyong qui redoute qu'à défaut d'un mécanisme efficace et durable pour gérer les conflits, les pays du Sahel ne soient pas en mesure d'atteindre les Objectifs de développement pour le millénaire, sur lesquels se sont entendus les 191 pays membres de l'ONU en septembre 2000, en particulier celui de réduire la pauvreté de moitié d'ici à 2015.
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