Libération (Casablanca)

Maroc: Forêt et développement : plaidoyer pour une foresterie sociale (1)

Au sens de la FAO, la foresterie sociale se définit comme s'intéressant à "toutes les situations dans lesquelles les populations locales sont étroitement associées à une activité forestière.

Ces situations très diverses vont de l'établissement de parcelles boisées dans les régions déficitaires en bois et autres produits forestiers pour les besoins locaux, aux activités traditionnelles de communautés forestières. Ces activités s'inscrivent normalement dans le cadre de la vie rurale et ce depuis toujours. Une question s'impose: pourquoi ce vif intérêt pour les liens entre les espaces boisés et les populations locales, est-il né lors des dernières décennies? En d'autres termes, pourquoi le capital que constituent les espaces forestiers présents depuis toujours dans le paysage rural était-il en grande partie négligé autrefois?

Traditionnellement et à travers le monde, la plupart des services forestiers s'occupaient essentiellement des arbres dans des espaces, aires définies comme "forêts" alors que la plupart des services agricoles ne se chargeaient que des essences qui avaient été domestiquées et adoptées comme productions agricoles. Les services forestiers et de par leurs missions, entreprennent des initiatives visant à inciter les ruraux à planter des arbres, ces initiatives sont fréquemment soupçonnées d'être une aliénation déguisée des terres.

Partant de ce constat, la foresterie sociale a pour impératif principal d'aider les populations rurales à consacrer davantage d'efforts à la satisfaction de leurs "besoins essentiels"; cette nouvelle orientation s'est concrétisée au cours de l'élaboration et la mise en oeuvre de la première génération des programmes forestiers nationaux et des programmes d'action de lutte contre la désertification.

La place toujours plus grande accordée au développement rural a permis d'attirer l'attention sur la dépendance des populations rurales vis-à-vis de la forêt et des arbres. Par ailleurs, la préoccupation croissante suscitée par les disponibilités énergétiques à la suite de la flambée des cours des combustibles fossiles en 1973 a mis en relief la dépendance des populations dans le monde en développement à l'égard du bois, principal combustible pour la cuisson et autres besoins ménagers. Cette dépendance avait des conséquences manifestes: il fallait satisfaire les besoins nutritionnels de base tout en conservant le couvert forestier nécessaire à la stabilité de l'environnement.

De façon générale, la demande en bois de feu et en unités fourragères, a été identifiée comme une des principales causes de déboisement, et constitue également une préoccupation mondiale par ses répercussions négatives sur la diminution de la productivité des systèmes de production vivrière et la dégradation des sols.

La foresterie sociale englobe trois éléments principaux : la fourniture de "combustible et autres matériaux indispensables à la satisfaction des besoins fondamentaux des familles et des collectivités rurales"; la fourniture "d'aliments et la stabilité de l'environnement nécessaire à une production vivrière continue", enfin, la création de "revenus et d'emplois dans la collectivité rurale".

Pour mettre à profit la forestie au service du développement humain, la foresterie doit s'adresser davantage à la population et l'associe à ses activités. En ce sens, la foresterie sociale est considérée, par définition, comme fondée sur la participation et orientée vers les besoins des ruraux -en particulier des plus pauvres d'entre eux. En conséquence, les projets et programmes qui en découlent, sont caractérisées par les initiatives de faire appel à la participation active de la population locale des zones forestières et péri-forestières.

Globalement, la végétation forestière reste fortement exploitée pour satisfaire les besoins locaux en bois de feu et en unités fourragères, et qu'il n'est possible à moyen terme de remplacer dans de vastes proportions le combustible ligneux et les ressources sylvo-pastorales offertes par la forêt et que le principal moyen propre à prévenir une pénurie croissante, ainsi que le déboisement et les souffrances humaines qui en résultent, consiste à créer sur de vastes étendues des espaces boisés et pastoraux. Pour le Maroc, il serait trop ambitieux de se verser dans cette voie et que la solution qui semble la plus viable consiste à la sauvegarde et la réhabilitation du capital forestier avec et pour les populations locales dans un cadre de partage de responsabilités avec les populations locales et les différents acteurs concernés, tel est l'enjeu de la foresterie sociale au Maroc.

Enjeux de la foresterie sociale au Maroc

Les écosystèmes forestiers sont soumis à des variations écologiques accentuées et où la population rurale représente 49% dont 80% vivent principalement de l'agriculture, de l'élevage et de la forêt. Le secteur forestier joue en effet, un rôle de première importance en ce qui concerne la production ligneuse et non ligneuse, le soutien à la production agricole, la conservation et la protection de la biodiversité et l'amélioration des conditions de l'environnement.

Ces écosystèmes quoique diversifiées, restent fragiles en raison des conditions climatiques sévères et l'aridité qui touche près de 90% du national. Les principales conséquences dues à cette fragilité, vont se traduire par une amplification du processus de désertification qui gagne de plus en plus de l'espace à travers la régression des espaces boisés, des parcoursLa roue de l'histoire, ou comment on perd sa place au sein de son continent et de la faune sauvage, l'érosion, le dérèglement du régime hydrique, la détérioration de l'environnement et particulièrement par une diminution de la productivité économique et sociale des ressources naturelles.

Le poids de la pression humaine ne cesse de croître et la forêt marocaine apparaît très marquée par les interactions complexes entre les facteurs naturels et anthropiques.

Parmi les principales causes de dégradation des ressources forestières on cite:

- L'abus de l'exercice des droits d'usage reconnus dans les forêts domaniales aux seuls riverains usagers mais dont le contrôle est devenu de plus en plus difficile;

- Les défrichements en vue de l'extension de terrains de culture;

- Le surpâturage des parcours forestiers, au point de compromettre parfois la régénération des peuplements forestiers, et d'appauvrir la diversité biologique;

- Les incendies et les attaques parasitaires, dont la gravité est souvent liée aux conditions climatiques et à l'état physiologique des peuplements forestiers; et

- L'explosion démographique et les conditions de pauvreté qu'elle génère.

Par ailleurs, les zones forestières, souvent enclavées et marginalisées, abritent les populations les plus démunies et les plus vulnérables. Ces populations estimées à 4 millions d'habitants tirent directement leurs moyens de subsistances des produits de la forêt.

En conséquence, l'aboutissement d'une forestière sociale durable exige la prise en considération de toutes les composantes liées au secteur forestier et à son environnement naturel et humain, et leur intégration dans une stratégie globale considérant la forêt et les espaces boisés comme composante principale dans l'aménagement du territoire et le développement rural.

(*) Ingénieur au Haut commissariat aux Eaux

et Forêts et à la Lutte contre la désertification

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