Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Insécurité à Kinshasa : Franck Ngyke, un journaliste assassiné

4 Novembre 2005


Kinshasa — L'insécurité à Kinshasa a fait une nouvelle victime. Voire deux. Franck Ngyke, journaliste émérite au sein du Journal « La Référence Plus » a été abattu de sang froid à son domicile, alors qu' il revenait de son service. Son épouse qui était à ses côtés a connu le même sort. Elle a été également tuée. La presse congolaise est en deuil, marquée par cet assassinat. Un double crime.

La rubrique politique du quotidien « La Référence Plus » paraissant à Kinshasa, est orpheline. Son animateur principal, le journaliste Franck Ngyke - de son vrai nom François Kangundu Kengi - a été froidement abattu avec son épouse Hélène Paka Kangundu dans la nuit du jeudi 3 novembre 2005 vers 1 heure du matin. Le crime a été commis en leur domicile, au camp Mombele, alors que le couple venait de franchir le portail de la parcelle à bord de leur voiture lorsque les bandits ont surgi pour les abattre. Leur fils qui voulait porter secours à ses parents a été atteint d'une balle à l'épaule. Il est aujourd'hui interné dans un hôpital de la capitale.

Nouvelle qui a bouleversé tous ses collaborateurs du journal la Référence Plus particulièrement, et tous les journalistes congolais, en général, surtout ceux de la ville Kinshasa. Cette bouleversante information s'est propagée comme une traînée de poudre dès les premières de la matinée du jeudi 3 novembre dans toutes les rédactions, jusqu'à susciter plusieurs interrogations.

CRIME POLITIQUE OU CRAPULEUX ?

Evidemment, les premières questions tournent autour du mobile de cet assassinat. S'agit-il d'un crime politique ? Il est un fait que Franck Ngyke était un journaliste politique qui s'intéressait, analysait et suivait de très près tout ce qui avait trait à l'activité politique dans notre pays. Doté d'un sens poussé de critique, il allait toujours en profondeur lorsqu'il abordait n'importe quel point de l'actualité lié à la politique nationale.

Aurait-il suscité des mécontents, blessé certaines susceptibilités dans ses écrits ? La question reste posée. Toujours est-il que cet assassinat intervient au moment où les avis sont de plus en plus partagés au plan politique. Pourrait-on ainsi interpréter ce crime comme un signal à l'endroit des journalistes ?

Peut-on parler d'un crime crapuleux ? Dans l'hypothèse d'une réponse affirmative, pourquoi ? S'il s'agit d'un règlement de compte, quel est le mobile principal pour qu'on attente à la vie d'un journaliste, jusqu'à tuer également son épouse ? Serait-ce une bavure policière ? Encore une autre interrogation pertinente quand on sait qu' avec tous ces éléments incontrôlés de l'armée et de la police qui écument les rues de nos quartiers la nuit, cette hypothèse n'est pas du tout à écarter devant cette insécurité grandissante dans la ville de Kinshasa.

Autant donc d'interrogations qui méritent des réponses précises au terme d'une enquête minutieuse. Il est vrai que Franck Ngyke est un être humain comme tous les autres. Mais une victime de plus qui doit interpeller les autorités en charge de la sécurité des biens et des personnes. Son assassinat apporte une substance de plus à l'interpellation qui se déroule actuellement à l'Assemblée nationale pour que la réforme de l' Armée et de la Police, au sens le pus large du terme, soit accélérée.

Cependant, Franck Ngyke était un journaliste en charge des questions politiques. Ce qui soulève encore la question de la sécurité des journalistes face à certaines personnes qui n'apprécient pas du tout la contradiction. Tout laisse croire que cet assassinat a fait monter d'un cran le taux de criminalité dans notre pays, mais aussi celui de l'intolérance à l'image de ce qui se passe sous d'autres cieux. Il est fort possible que si ce cas n'est pas examiné avec plus de sérieux, que l'on assiste dans les prochains jours à un débordement, ouvrant ainsi une nouvelle ère de violence en République démocratique du Congo. Le pays aura basculé dans l'horreur.

LE RECIT DU DRAME

Désigné au marbre le mercredi 2 novembre 2005, le journaliste Franck Ngyke a dû boucler son édition à minuit. Entre-temps, son épouse Hélène Paka l'a rejoint. Ce qui n'était pas une nouveauté, selon le directeur de rédaction, Théo Kimpanga. Les deux s'embarquent donc dans leur voiture Mercedes 190 de couleur noire pour regagner le domicile conjugal, situé au n° 87 de l'avenue Ngaliema, quartier Mombele, dans la commune de Limete.

C'est vers 0 heure 30' qu'ils arrivent à destination. Franck klaxonne et sa fille Gracia, 20 ans, vient ouvrir le portail. La voiture s'immobilise dans la cour. Le couple sort. Mme Paka Kangundu s'empresse à refermer les portières de la voiture et son mari retourne à l'entrée pour fermer le portail. Juste en ce moment, deux coups de feu retentissent. Une balle perce la tôle du portail. Troublé, Franck Ngyke perd ses réflexes pendant que trois hommes cagoulés forcent l'entrée en le menaçant avec leurs armes. Il tente de fuir vers la maison, mais l'un d'eux le somme de s'arrêter. Des paroles implacables fusent de leurs bouches : «Nous sommes venus vous tuer».

Le journaliste comprend que tout se joue en ce moment pour sa vie. Il leur propose donc 200 dollars américains qu'il avait sur lui, son téléphone portable et sa voiture Mercedes pour épargner sa peau. Son épouse leur offre ses bijoux. Peine perdue.

Son fils Djoudjou, 23 ans, qui est réveillé entre-temps par le vacarme, sort de la maison pour s'enquérir de la situation. On tire sur lui, la balle l'atteint à la clavicule. Le neveu de Franck Ngyke, Cloclo Biebie Kangundu, observait la scène à travers l'une des fenêtres de la maison. Il prend son courage à deux mains et sauve Djoudjou en le traînant derrière la maison et l'aide à escalader la clôture de la parcelle pour s'enfuir. Mme Hélène qui a compris que les choses tournaient au vinaigre tente de s'enfuir, elle aussi, par derrière. On lui loge une balle dans la hanche. Malgré la douleur, elle rampe jusqu'à la porte et se met à frapper fort tout en appelant au secours. Les assaillants sont sans piété. Ils lui flanquent une deuxième balle dans le dos. Elle s'étale, mortellement touchée et commence à saigner abondamment.

Cet acte ignoble révolte le journaliste qui engage une vive dispute avec les assassins. Ils sont les plus forts et lui tirent une première balle dans les reins. Comprenant que c'était sa fin, il essaye de s'échapper par le portail. Tentative inutile. Une deuxième balle à la poitrine et il s'écroule. Le crime est commis : deux tués. Abattus à 1 heure du matin, la Police d'intervention rapide ne s'est pointée sur les lieux que deux heures plus tard pour constater les décès. Et ce malgré les efforts fournis par le neveu de Franck Ngyke pour alerter la Police de proximité. En vain.

Communiqué de presse

La Rédaction du Groupe de Presse La Référence annonce à l'opinion tant nationale qu'internationale l'assassinat, dans la nuit de mercredi 02 à jeudi 03 novembre 2005, aux environs de 1 heure du matin de son journaliste chargé de la Rubrique Politique, M. Franck Kangundu (Ngyke) et de son épouse, Mme Hélène Paka Kangundu.

Après avoir été rejoint à la rédaction du journal par sa femme qui revenait d'un deuil familial, les deux victimes sont allées tomber dans une embuscade où des hommes armés les ont abattus à bout portant au seuil du portail de leur résidence. En attendant d'avoir des plus amples éléments d'information sur ce cas malheureux eu égard à la multitude de commissions d'enquête dépêchées sur le lieu du crime, la Rédaction du Groupe de Presse La Référence invite les autorités du Gouvernement à renforcer la sécurité dans la capitale et de tout mettre en oeuvre pour retrouver les assassins. La Rédaction

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