L'expérience a été tentée plusieurs fois. Mais à chaque reprise, c'est des contres performances. Même si quelques unes réussissent, les radios thématiques de manière générale ne sont pas pour l'instant le point fort du Sénégal dans l'espace médiatique. Si les radios généralistes ont su se frayer un chemin, les radios thématiques quant à elles, ne semblent pas accrocher les auditeurs.
Hier Santé Fm, Sport Fm et Radio municipale de Dakar (Rmd), aujourd'hui Environnement Fm (Envi' Fm), les radios thématiques au Sénégal semblent avoir des difficultés à se frayer une place dans le paysage médiatique sénégalais. Toujours au bas des sondages - à l'exception notable de Radio Nostalgie Dakar - les radios thématiques au Sénégal semblent ne pas trop accrocher les auditeurs. Pourquoi ces chaînes rencontrent des problèmes pour émerger ?
L'ex-patron de la défunte Sport Fm, Abdoulaye Diaw, pense que c'est parce que les programmes de ces radios ne sont pas assez fournis. Aujourd'hui journaliste sportif à la Radio Futurs médias (Rfm), après sa retraite de Radio-Sénégal, notre interlocuteur estime que «le fait de choisir, de traiter un sujet dégage une partie du public. Ainsi pour accrocher cette cible, il faudrait varier les sujets pour donner du temps à l'auditeur». Son confrère Macoumba Mbodj, rédacteur en chef de la Rm au moment de cet entretien, mais passé entre-temps à Rfm, avoue que «nous avons l'impression que les radios thématiques ne peuvent pas marcher vraiment au Sénégal».
Directeur d'Envi'Fm, Mame Less Camara juge la radio thématique comme étant «l'hécatombe de la presse». Ces médias qui tournent le dos au traitement de l'information et de l'actualité, souligne M. Camara, ne peuvent pas encore prospérer car l'information non contrôlée par l'Etat est assez neuve dans l'espace médiatique sénégalais. Les Sénégalais n'ont pas encore, estime-t-il, la culture en profondeur de certaines questions. Pour Macoumba Mbodj, «tout dépend du thème que l'on propose aux auditeurs». Pour l'ex-rédacteur en chef de la Rmd devenu présentateur du journal à Rfm, l'échec de cette catégorie de radio est imputé aux journalistes qui ont trop mis en exergue l'actualité politique et elle seulement. Au bout du compte, regrette-t-il, «les auditeurs sont habitués à cette forme d'information politique et le public est devenu comme drogué de la politique de telle sorte que si vous lui proposez autres chose, il n'écoute pas».
Toutefois, poursuit Macoumba Mbodj, parmi les radios thématiques, celle du sport a eu le plus de chance d'aller loin. Après un an et deux mois d'émission, la radio Sport Fm s'est tue. Pour le directeur de l'époque Abdoulaye Diaw, «la faute est imputée aux fédérations sénégalaises qui n'ont pas su saisir l'occasion pour asseoir un outil de communication avec leurs publics». Au manque de moyens matériels, techniques et humains, se rappelle-t-il, les quinze fédérations qui avaient une émission sur la grille des programmes Sport Fm, n'étaient même pas capable de trouver des sponsors. Ce refus de comprendre l'opportunité ainsi offerte, Abdoulaye Diaw l'assimile «au caractère assez substantiel, au manque de professionnalisme et surtout au paysage un peu trop amateur des fédérations sénégalaises».
La réussite de ces radios, analyse Mame Less Camara, dépend d'abord de la disponibilité en ressources financières et humaines de ces promoteurs. Car, pour accrocher, révèle-t-il, il faut des spécialistes pour aller en profondeur dans les sujets proposés.
Pour le rédacteur en chef-adjoint de la Rmd, Babacar Cissé, «cette réalité ne veut pas dire que les auditeurs ne sont pas intéressés par les radios thématiques». Cela dépend des orientations et de la logique à suivre, pense la journaliste Gagnesiry Seck de la même radio. Ce flou, selon Doudou Coulibaly, est créé par les sondages qui mettent toutes les radios dans le même champ d'audience.

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