Carole Vann Et Rachid Kechana*
13 Novembre 2005
Tunis — A deux jours du Sommet mondial de la société de l'information (SMSI), la Tunisie semble hésiter. On débloque, pour les bloquer aussitôt, les téléphones des dissidents et les sites Internet "subversifs" (Amnesty international, Reporter sans frontièresà).
On libère des prisonniers politiques, mais on tabasse des défenseurs locaux des droits de l'Homme. Vendredi soir, un journaliste du quotidien français 'Libération', qui avait rapporté de tels faits, a été sauvagement agressé par quatre inconnus en plein centre de Tunis sous les yeux de policiers.
Mais le régime du général Ben Ali jure ses bonnes intentions. En réponse aux inquiétudes de Washington, il traite les sept grévistes de la faim (juges, avocats, journalistes dénonçant la répression) de "petit groupe d'individus" profitant du SMSI pour calomnier le pays. Alors qu'ils profiteraient de la "liberté d'opinion et du pluralisme politique vécu chaque jour dans les faits".
Depuis samedi, la capitale tunisienne est paralysée par un quadrillage impressionnant de policiers et les artères principales bouclées. Le gouvernement ne veut aucune bavure pour "son" premier sommet onusien.
Jusqu'au dernier instant, on ne sait pas si un sommet parallèle au SMSI pourra se tenir à Tunis. La Suisse et la Ville de Genève ont promis s'y participer.
Or en marge de l'événement officiel coupé du reste du pays, les organisations non gouvernementales (ONG) tunisiennes indépendantes, qui se sont vu refuser une accréditation, préparent un Sommet citoyen sur la société de l'information (SCSI).
Plus de 80 associations internationales ainsi que des diplomates de nombreux pays se sont engagés à s'y rendre. L'ambassadeur de l'Union européenne et le maire de Genève ont promis de participer à son ouverture prévue mercredi après-midi. Simon Ammann, membre de la délégation suisse, a aussi confirmé sa présence. Une tension est-elle redoutée?
Jusqu'à aujourd'hui, le lieu de fortune de cette rencontre reste secret. "Toutes les tentatives pour réserver une salle dans des hôtels ont échoué, raconte à InfoSud, la journaliste Sihem Ben Sedrine, porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie et co-organisatrice du SCSI. "Il ne s'agit pas d'un contre-sommet", précise-t-elle, "mais d'un espace où le citoyen tunisien puisse s'exprimer". Cependant, le gouvernement de Ben Ali ne l'entend pas de cette oreille : pas question de tolérer d'autres manifestations hors du SMSI.
Cette ligne semble partagée par le secrétaire général de l'Union internationale des télécommunications (UIT), Yoshio Utsumi, qui a affirmé sur les télévisions locales : "Il n'y aura à Tunis qu'un seul sommet".
L'incertitude va rester totale jusqu'au dernier moment. "Ici, il n'y a pas de rationalité politique", explique Ben Sedrine. "Et l'immunité des participants n'est pas assurée en cas de troubles. C'est mentionné dans l'accord de siège entre l'UIT et la Tunisie".
*(Carole Vann et Rachid Kechana sont des journalistes de InfoSud, une agence de presse basée à Berne, en Suisse).
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