Wal Fadjri (Dakar)

Afrique de l'Ouest: Les OGM dans l'agriculture : ces enjeux de la biotechnologie en Afrique de l'Ouest

Sidy Dieng, (Envoyé spécial)

17 Novembre 2005


La biotechnologie prend un pas de plus en plus important dans l'agriculture avec des avancées trèsintéressantes dans la recherche. Des recherches qui ont abouti à des résultats si probants qu'elles ne peuvent plus laisser indifférents des pays comme ceux du Sahel confrontés, pour la plupart, à de sérieux problèmes de famine et de malnutrition.

- La biotechnologie se propose comme une solution rapide mais aussi pérennepour sortir les paysans sahéliens de la pauvreté et de la faim. Définie par la Faocomme étant l'ensemble des techniques, méthodes et procédés des systèmes biologiquesen vue de la production de biens et de servicespour le bénéfice de l'homme, la biotechnologie se veut comme la huitième merveille du monde, compte tenu des énormes possibilités qu'elle offre à l'industrie agroalimentaire, à la productivité agricole, et à la protection de l'environnement. Il s'agit d'une science qui repose sur la modification du système génétique ou l'introduction de gènes étrangersdans une culture donnée pour augmenter soit le rendement ou la résistance aux prédateurs et aux aléas climatiques souvent défavorables à leur épanouissement. «Le but aujourd'hui de la biotechnologie agricole est de développer des variétés agricolesqui produisent des rendements plus élevéset capables de résister aux conditions environnementales défavorablesavec une valeur alimentaire beaucoup plus accrue pour satisfaire la demande du monde pour une meilleure alimentation de qualité avec les surfaces cultivables existantes.»

La biotechnologie agricole peut ainsi se poser, pour les Africains du Sahel en particulier et de l'Afrique de l'Ouest en général, comme un outil de lutte contre la faim et la pauvreté. En ce sens qu'elle peut favoriser, comme souligné par les techniciens de l'Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales et semi-arides (Icrisat Niger), de passer de l'agriculture de subsistance à celle commerciale par une amélioration des variétés cuturales en moins de cinq ans. En somme, une amélioration sensible des conditions de viedes paysans du Sahel qui arriveront, en un temps réduit, à s'assurer une autosuffisance alimentaire.

Toutefois et malgré toutes les potentialités qu'elle offre, cette science nouvelle peine à faire son entrée en Afrique de l'Ouest. Une difficulté inhérente à certains tabous, mais aussi à certaines considérations et autres appréhensionsde chercheurs et même despopulationsde la sous-région. Ces réticences font état du fait qu'il est hasardeux de se lancer, tête baissée, dans une science dont les tenants et aboutissants demeurent, pour l'instant, non maîtrisés.

Les craintes les plus partagées résident en ce que des gènes d'animaux comme ceux du porc ou du scorpion entre autres ou encore des gènesnon définispeuvent être introduits dans certaines plantes avec des conséquences incalculables sur la santé des populations et sur l'environnement, sans compter avec les croyances religieuses. Des craintes reconnues fondées par le Docteur Tabo, un chercheur nigérien présent au séminaire atelier sur la couverture médiatique de la biotechnologie agricole qui s'est tenu du 7 au 9 novembre dernier à Niamey et qui a vu la participation d'une trentaine de journalistes venus de la sous-région. Pour le Dr Tabo comme d'ailleurs pour leDocteur Jerémy Ouedrago, dans les colonnes du journal Les Echos du Sahel, «le risque zéro n'existe pas». Cependant, ont-ils tenu à préciser, il n'existe pas, pour l'heure, d'exemple où des gènes animaux sont transférés dans des plantes bien que cela reste du domaine du possible.

Même son de cloche du côté de Ndiogou Fall, président du Réseau des organisations paysannes et professionnelles agricoles de l'Afrique de l'Ouest (Roppa). Dans les colonnes du même journal, il soutiendra que, bien que la biotechnologie agricole soit une bonne chose, il demeure évident que certaines catégories d'Ogmne sont pas du tout bonnes.

D'où, de son avis, le problème de la réglementation et de l'application des mesures liées aux Ogm. A son avis,mêmesi les autorités des pays de la sous-région doivent encourager la recherche et le développement de la science, il leur appartient de s'entourer, au préalable,de toutes les garanties et précautions nécessaires. «Que cela ne se fasse pas au détriment de la santé des animaux et de l'environnement».

Toutes ces réticences et ces appréhensions posent le délicat problème de la biosécurité. Un problème pris en charge par le protocole de Carthagène sur la biosécurité. Lequel protocole cherche, de façon globale et légale,à assurer le transfert, la manipulation et l'utilisationen toute sécurité des organismes vivants modifiés créés par le biais de la biotechnologie moderne. Il se fixe comme objectif premier d'assurerun degré adéquat de protection pour le transfert, la manipulation et l'utilisation sans danger des organismes vivants modifiés qui peuvent avoir des effets défavorables sur la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologiqueen tenant compte des risques pour la santé humaine etcelle environnementale. Il ambitionne, entre autres, d'assister les pays en développement pour une priseen compte de leur capacité de gestion de la biotechnologie moderne. Tout un arsenal de mesures devant permettre à l'Afrique de se lancer,à moindre risque, dans l'utilisation de la biotechnologie pour ne pas rater le train de la "nouvelle révolution verte".

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