L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Semaine de vérité pour le sucre

Kamlesh Bhuckory

21 Novembre 2005


Port Louis — Les ministres de l'Agriculture européens voteraient jeudi la réforme du régime sucrier. Vu l'opposition de certains de ses membres, la Commission évoque une baisse de prix moindre, entre 33 % et 35 %.

Les ACP veulent une chute du prix du sucre minimum.

Quand les sirènes des usines siffleront vendredi à l'aube, la grande claque européenne aura déjà retenti. La baisse du prix garanti du sucre sera officielle. Le sucre mauricien aura alors une valeur inférieure dans l'Union européenne, un marché traditionnel. Les dés sont-ils jetés ?

Si la baisse est inévitable, elle pourrait être moins que prévu. La diplomatie mauricienne a déjà relayé aux partenaires de l'industrie sucrière les échos des discussions entre la Commission européenne et les 11 pays membres qui s'opposent à la réforme. Il s'agit d'une baisse inférieure à la proposition d'origine, entre 33 % et 35 %.

Le journal Agra Facts, publication de référence dans l'agriculture, abonde dans le même sens : "L'approche large de la Commission serait acceptée, même si la baisse du prix serait quelque peu diluée, oscillant entre 33 % et 36 %, étalée sur une plus longue période, et assortie d'une clause de révision." La réduction réelle se situerait-elle dans cette fourchette ? On n'en est pas encore là.

"La semaine sera déterminante. L'incertitude dans les négociations au niveau de l'Organisation mondiale du commerce risque d'influencer l'issue finale de la réunion à Bruxelles", souligne le secrétaire général de la Chambre d'agriculture, Jean Li Yuen Fong. En tout cas, l'heure est à l'urgence. L'Etat en est conscient. Son lobbying s'accentue au niveau des chefs d'Etat et des ministres.

Un taux de baisse réduit

Le Conseil européen des ministres de l'Agriculture doit voter la réforme de son marché commun du sucre. Le quantum de la baisse est fixé à 39 %, étalé sur quatre ans. Un tel seuil est catastrophique pour Maurice, premier exportateur des pays du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) vers l'Union européenne. Une réduction qui engendre un manque à gagner annuel de Rs 4 milliards pour l'industrie. Les ACP plaident pour une baisse de 19 % qui prendrait effet à partir de 2008, étalée sur huit ans.

Les tractations sont en cours pour amener les Etats membres réfractaires à adopter l'ensemble des propositions de la commissaire à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel. Mardi, le premier des trois jours que durera la réunion, la présidence britannique fera circuler un document de compromis. C'est auprès de cette présidence que le Premier ministre, qui quitte le pays aujourd'hui, abordera le dossier sensible du sucre lors du sommet des chefs d'Etat du Commonwealth, à Malte. Il en discutera avec son homologue Tony Blair. Tout en étant en faveur d'une baisse drastique, la Grande-Bretagne prône une forte compensation, à hauteur de 500 millions d'euros par an. Après Malte, Navin Ramgoolam cherchera, au Mali, le soutien du président français Jacques Chirac, lors du sommet France-Afrique.

Sur le plan ministériel, Arvin Boolell effectue le dernier forcing auprès de ses pairs européens. Vendredi, il a eu une session de travail avec le ministre italien Gianni Alemanno. Dans la perspective de la réforme du régime sucrier européen, l'Italie fait partie de ces 11 Etats membres qui se rallient à la cause des ACP pour une réduction plus acceptable du prix. "Il a réaffirmé son soutien à la cause des ACP de même que la solidarité régnant au sein de ces 11 pays", affirme Arvin Boolell, en mission à Rome, pour assister à la 33e session plénière de la Food and Agriculture Organisation. En début de semaine, il aura des rencontres avec ses homologues hollandais et suédois.

La réticence de ces 11 pays à entériner les propositions de Mariann Fischer Boel entraîne donc un fléchissement au niveau de la baisse finale, d'où la proposition entre 33 % et 35 %.

Certes, quelques points gagnés au final est un plus. Ils ne limitent guère la casse. Pour produire à faible coût, une réforme de notre industrie s'impose. Le vaste chantier qui s'annonce exige un investissement de Rs 23,5 milliards pour une industrie de la canne productrice d'électricité, d'éthanol et davantage de sucres spéciaux.

L'Union européenne, en contrepartie de la baisse, offre des mesures d'accompagnement aux producteurs de sucre qui seront touchés de plein fouet. De quel budget l'Europe puisera ces fonds ? Là, on nage dans le noir car les perspectives financières pour la période 2007-2013 n'ont pas été établies, par manque de consensus entre les Etats membres. N'empêche que Maurice et les ACP disposent là d'une carte politique à jouer au niveau du Parlement européen, où des députés ont déposé des propositions de résolution favorables. Et tous veulent que le vote soit pris cette semaine.

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