Fraternité Matin (Abidjan)

23 Novembre 2005

Cote d'Ivoire: Le PPH, un mouroir ?

Abidjan — Quand on entre ici, on n'est pas sûr d'en sortir ". Ces propos ont été tenus par une jeune fille avec laquelle nous passions devant le service de Pneumologie et Phtisiologie (PPH) du CHU de Treichville.

Un service qui, en réalité s'occupe de toutes les maladies respiratoires basses, en dessous de la glotte, et dont la majorité des malades est atteint, de tuberculose, au nombre desquels des sidéens: 75%. La majorité des malades hospitalisés sont séropositifs. Ce service est le second après celui des maladies infectieuses, à s'occuper des malades du SIDA.

Le PPH a été créé en 1958 sous le professeur Delormasse. Une centaine de cas de tuberculose y sont accueillis dans l'année. Depuis 1960, trois médicaments permettent, selon le professeur Yapi Achi, chef de service, de soigner la tuberculose : le Rifampicine, l'Isoniazide et la Pyrazinamide. La tuberculose se guérit dans 95% des cas. A condition de se soigner et de prendre correctement les médicaments. Les cas où le malade ne guérit pas sont, le plus souvent, liés à la contagion. On peut être contaminé par une personne qui a été mal soignée. Il se trouve que, dans cette circonstance, le bacille devient résistant aux médicaments. De très minces chances de guérison du malade existent cependant en associant d'autres médicaments. Mais, ce sont les rares fois où la médecine échoue. Le professeur a, par ailleurs, dénoncé le fait que les malades sont hospitalisés à un stade avancé de la maladie : " C'est très africain. Ils vont d'abord chez le guérisseur, prennent le temps de chercher d'autres moyens de guérison en dehors du circuit médical, un mois ou deux ; certains viennent un an après, lorsque la maladie a évolué, et le poumon détruit C'est ce qui fait dire à certains que lorsqu'on vient dans nos services, on ne s'en sort pas. On ne peut que mourir quand on arrive mourant à l'hôpital ", déclare-t-il. Il continue pour dire que c'est seulement en Afrique que la tuberculose continue de faire des ravages. En France, la maladie a été éradiquée. Du fait de l'évolution de la société et du niveau de vie de la population. Ainsi que l'hygiène et l'environnement qui font que les microbes ne sont pas nombreux dans ce pays. La fréquence de la maladie a également chuté du fait du traitement et de la vaccination. Les pays européens ont connu l'amélioration de leur santé, en ce qui concerne cette maladie, à partir du 17ième siècle, l'ère de l'évolution industrielle. Sur ce continent, on ne parle plus de service Pneumologie Phtisiologie, mais de service de Pneumologie. La Pneumologie étant la science qui s'occupe des maladies respiratoires et la Phtisiologie, la partie des maladies respiratoires qui s'occupe de la tuberculose.

Prof. Yapi Achi, chef du service PPH du CHU de Treichville : "Les conditions du service ne répondent plus aux normes sanitaires"

Le rez-de-chaussée du bâtiment où se trouvait votre service accueillait les malades. Nous nous rendons compte qu'ils sont à présent au premier étage. Qu'est-ce qui justifie ce réaménagement ?

Le service comprend le rez-de-chaussée et l'étage. Les femmes étant moins hospitalisées, elles occupaient le ¼ du service, et les hommes les ¾, lorsque les deux étages étaient ouverts.

Pourquoi le rez-de-chaussée a été fermé ?

Le rez-de-chaussée a été fermé à cause d'une dégradation très avancée. Les conditions du service ne répondaient plus aux conditions sanitaires. De telle sorte qu'on a été obligé de le fermer en attendant qu'on réhabilite le service. On ne pouvait pas fermer tout le service, sinon, ce serait exclure un gros service d'activité du CHU. Nous recevons beaucoup de malades. Nous avons fermé le rez-de-chaussée pour le réhabiliter, mais si nous nous trouvons dans cette situation c'est la faute aux Ivoiriens, ils font la guerre L'hôpital pose le problème de la santé des ivoiriens. Mon parti, le FPI, a compris que les Ivoiriens étant pauvres, il fallait que l'Etat s'en mêle.

Pas l'Etat qui distribuait gratuitement les médicaments, jusqu'en 1960, et qui, à un moment donné, ne pouvait plus assumer sa fonction régalienne a demandé aux populations qui n'étaient pas préparées à prendre en charge les médicaments ou à y participer. Ce qui n'était pas possible. C'est pour remplir ces objectifs, que l'assurance maladie universelle a été annoncée. L'Etat ayant les ressources humaines, il ne lui faut que le financement.

Vous rendez donc les Ivoiriens responsables de cette situation ?

Nous avons en idée de faire des hôpitaux publics, des hôpitaux de référence. Ce n'est pas seulement à la Pisam qu'on peut être bien soigné. Mais également au CHU. Il y a des personnes qui connaissent, qui savent faire, mais qui n'ont pas les moyens. S'il n'y avait pas eu cette guerre, nous aurions eu un hôpital en bonne état, avec un excellent plateau technique aussi performant que ceux de Paris. C'est cela notre ambition. Cette maison est l'une des premières construites au CHU depuis 1958. C'est le premier service du CHU de Treichville, il aurait été transformé en un beau centre par nous. Nous avons un seul Phybroscope. Nous aurons pu en avoir six ou sept avec des armoires équipées. La restauration que nous avions promis faire est tombée à l'eau. Nous n'avons pas les moyens. C'est pour cette raison que nous avons été obligés de fermer. Mon souhait était qu'on ferme tout le service. Mais le directeur n'a pas voulu. Alors, nous soignons les malades en bricolant.

En bricolant cela veut dire quoi ? N'avez vous pas le matériel adapté ?

Nous n'avons pas le matériel qu'il faut. Quand il y a une urgence, nous demandons au parent du malade d'aller acheter les médicaments. S'il a la chance, il trouve son malade vivant, s'il n'a pas la chance, il le trouve mort. C'est la guerre, c'est l'idiotie des Ivoiriens.

Combien de personnes pouvez-vous accueillir?

Au départ nous avions 175 lits au service du PPH. Maintenant nous avons à peu près une quarantaine de lits. Des salles sont devenues des bureaux, à cause de l'effectif du personnel. Les jeunes médecins sont nombreux. Dans le passé nous étions deux ou trois. Aujourd'hui, il y a une dizaine de médecins auxquels il faut trouver des bureaux. Des salles ont donc été transformées en bureaux, la capacité d'accueil du service s'est trouvée réduite. Nous recevons entre 700 et 800 malades par an.

Un préjudice est causé aux malades. Sur 175, vous ne pouvez accueillir aujourd'hui en hospitalisation qu'une quarantaine.

Ce sont tous les Ivoiriens qui subissent ce préjudice, parce qu'il n'y a plus de place. Ce n'est pas la faute à quelqu'un, il fallait laisser Gbagbo faire son travail. Nous vous aurions donné un service de Santé que vous n'avez jamais vu dans le monde. Nous sommes tous des professeurs, nous avons fait le tour du monde, et nous savons ce qui est bien. Quand nous vous le proposons Nous envoyons le plat sur la table, et il y en a un qui le renverse, et personne ne peut manger. C'est le contexte qui fait que le service est inexistant.

Vous avez des bouteilles d'oxygène dans les couloirs. A quoi servent-elles ?

En 1960, nous avions l'oxygène au chevet du lit du malade. Nous avions une citerne remplie, et une tuyauterie, qui comme pour l'alimentation en eau, vient dans chaque chambre, au niveau de chaque lit, et met de l'oxygène au malade et il guérit. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas avoir une citerne parce qu'il n'y a pas d'argent pour le faire. Nous achetons des bouteilles d'oxygène. En venant vous avez remarqué comment les escaliers sont cassées, il n'y a pas d'ascenseurs. Dans la réfection du service, j'ai demandé qu'on nous mette des ascenseurs. Mais nous n'avons toujours pas les moyens. Il faut une monte charge. Parfois ce sont les parents des malades, qui vont les chercher ; et cela pèse plus de 100 kg Il ne faut pas tomber en dessous du niveau que nous avions en 1960. Nous sommes tombés et nous nous en contentons parce que nous voulons soigner nos parents.

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