Par Ambroise EBONDA
29 Novembre 2005
A 70 ans, après quatre décennies d'un règne désastreux, le doyen des chefs d'Etat africains va rempiler.
Quelque 560 000 Gabonais inscrits sur les listes électorales étaient invités à se rendre aux urnes dimanche dernier, 27 novembre, pour élire leur prochain président. Ils avaient déjà été précédés vendredi par 15 000 à 20 000 soldats, policiers et gendarmes dont une nouvelle disposition de la loi électorale a anticipé le vote, officiellement pour leur permettre de mieux assurer l'ordre public le jour du scrutin. Le choix des électeurs devait porter sur les 5 candidats retenus par la cour constitutionnelle. Quatre sont de l'opposition : Pierre Mamboudou, 59 ans, le président de l'Union du peuple gabonais (Upg), considéré comme le chef de file de l'opposition "radicale", qu'il incarne seul depuis le ralliement au pouvoir en 2002 de l'opposant historique Paul Mba Abessolo. ll était arrivé deuxième à la présidentielle de 1998, avec officiellement16,54% des voix contre 66,8% au président sortant, déclaré élu dès le premier tour. Zacharie Myboto, 67 ans, ancien baron et fidèle du régime Bongo, récemment passé avec armes et bagages dans l'opposition. Christian-Serge Maroga, 46 ans, président du Rassemblement des démocrates (Rdd), qu'il a fondé en 1993 après avoir quitté l'Upg de Pierre Mamboundou. Augustin Moussavou King, 45 ans, Administrateur civil et président du Parti socialiste gabonais (Psg), petite formation de l'opposition dont il est membre depuis 1990.
Le cinquième candidat n'étant autre que le président sortant, Omar Bongo, doyen des chefs d'Etat africains en exercice. Au pouvoir à Libreville depuis 1967 veut encore rempiler. Alors qu'il sollicitait un nouveau mandat il y a sept ans, Omar Bongo avait annonçait qu'il partirait au terme de celui-ci. "Il faut savoir partir. [ ] Dans sept ans, je pense que je m'en irai après avoir formé des femmes et des hommes capables de me succéder ", promettait-t-il en 1998. La promesse n'engageait évidemment que ce qui y avaient cru. Omar Bongo y est pourtant revenu au cours de cette présidentielle de novembre 2005. Interrogé mercredi dernier sur sa succession, le maître de Libreville a répondu qu'il proposera le moment venu aux Gabonais " trois ou quatre personnes et ils choisiront parmi des quatre ", son successeur. Prié de dire quand ce "choix" interviendrait, le président gabonais s'est lui-même posé la question sans y répondre : " Faut-il les choisir maintenant ou bien à la fin du mandat ou bien à la fin de ma carrière politique ? "
Farce électorale
Omar Bongo qu'un de ses pairs africains a récemment traité de "rigolo" qui parle sans s'écouter, a-t-il réellement mesuré la portée de ses déclarations de mercredi dernier. En annonçant qu'il proposerait son successeur aux Gabonais à la fin de son mandat, il s'était déjà déclaré vainqueur de cette présidentielle avant même le scrutin, réduisant de fait la présidentielle du 27 novembre à une simple farce électorale. Autrement, on ne comprendrait pas au nom de quoi, Omar Bongo viendrait proposer quatre noms au peuple qui se serait déjà choisi un autre président qui ne serait pas Bongo. Davantage, en limitant le choix de son successeur à trois ou quatre personnes désignées par lui, il affirme clairement que le Gabon c'est lui, à défaut d'être sa propriété.
Les déclarations de mercredi dernier ont sans doute trahi la pensée du président gabonais qui a verrouillé cette présidentielle au point de réduire sa "réélection" en une simple formalité que les Gabonais étaient appelés à valider le 27 novembre. Normalement, Omar Bongo n'aurait pas dû être candidat à cette élection au vu de la constitution adoptée en 1990 et qui n'autorisait pas plus de deux mandats à la tête du pays. Après s'être octroyé un premier mandat en 1993 et un second en 1998, le maître de Libreville a souverainement décidé en 2003 de faire réviser la constitution pour en expurger cette subversive limitation de mandats. Et, pour s'assurer une "victoire" plus "nette" que les très controversés 51.07% de 1993 et 68.8% de 1998, le régime n'a pas lésiné sur les moyens : listes électorales douteuses, distribution orientée des cartes d'électeurs, confiscation des médias d'Etat, limitation des déplacements des candidats de l'opposition et utilisation de moyens financiers considérables ?
Bilan désastreux
Va donc pour un nouveau mandat d'Omar Bongo qui, à 70 ans, a maintenant passé plus de la moitié de sa vie dans un fauteuil de président. Mais, pourra-t-il faire en sept ans seulement ce qu'il n'a pas déjà pu faire en quatre décennies de règne ? Par rapport aux immenses ressources pétrolières dont le Gabon a pu bénéficier, le bilan de l'ère Bongo est tout simplement désastreux. Longtemps doté d'une population d'à peine plus d'un million d'habitants, le Gabon a absorbé en moyenne, sur plus de 30 ans, plus de 1 000 milliards de francs cfa annuels. Et pourtant, ce pays est aujourd'hui classé au 123e rang dans le rapport sur le développement humain du Pnud et est réduit à quemander au Fonds monétaire international un programme de réduction de la pauvreté !
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2005 Le Messager. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.