Muin Murub Fed
29 Novembre 2005
Kinshasa — L'examen du projet de loi d'amnistie a commencé le lundi 28 novembre à l'Assemblée nationale, conformément aux prescrits de l'Accord global et inclusif, signé à Sun City le 17 décembre 2002, à l'issue des négociations politiques intercongolaises.
Dès l'annonce de l'ordre du jour, les députés du Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (Pprd), ont quitté la salle des congrès du Palais du peuple. Leur argument : « l'assassinat du président Laurent-Désiré Kabila, le 16 janvier 2001 est, et reste un crime de droit commun », contrairement à la thèse soutenue par le Rassemblement congolais pour la démocratie (Rcd), qui considère par contre qu'il s'agissait d'un crime politique.
La position adoptée par le Pprd n'est pas nouvelle. Le parti présidentiel a toujours montré une réticence sans ambiguïté, chaque fois qu'il était question de l'amnistie des assassins de l'ancien chef de l'Etat, dont une trentaine ont été condamnés à la peine capitale. Parmi ceux-ci figurent son ancien aide de camp, le colonel Eddy Kapend, le général Yav Jean, à l'époque commandant de la Force spéciale de Kinshasa, et Leta Mangasa, alors chef des services secrets.
Le Rcd par contre soutient la thèse de l'assassinat politique. A l'époque de l'assassinat de Mzee Kabila en effet, l'ancienne rébellion, alors soutenue par le Rwanda menait son offensive en vue du renversement de l'ancien allié de Paul Kagame, le chef d'Etat rwandais. Plusieurs officiers et personnalités civiles citées au cours du procès, voire condamnées à mort par la suite, ont exercé de hautes fonctions dans les territoires tenus par le Rcd au Nord et au Sud-Kivu. A l'exemple de Xavier Ciribanya, ancien gouverneur Rcd du Sud-Kivu, aujourd'hui réfugié à Kigali, ou le général Bora Uzima, qui ne s'est jamais embarrassé de gagner Kinshasa, où le Rcd avait pourtant obtenu sa nomination au sein de l'état-major des Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc).
PPRD : SEUL CONTRE TOUS
Dans le bras de fer engagé désormais autour de la loi d'amnistie, il n'empêche que le parti qui se réclame du président de la République risque de se trouver bien seul. Et pour cause. Le Mouvement de libération du Congo (Mlc), émanation du général ougandais James Kazini, a bien des raisons d'emboîter le pas à l'intransigeance du Rcd, tant que les accusations de cannibalisme ( Ituri, 2002) , qui pèsent sur lui n'ont pas été formellement effacées par la justice internationale.
En définitive, et quoique les débats se soient poursuivis en dépit de la sortie des députés du Pprd, la loi en examen ne saurait être adoptée en l'absence de ce partenaire, signataire de l'Accord global et inclusif, texte précurseur de la Constitution de transition. Celle-ci soutenant en effet que qu'aucun texte de loi ne saurait revêtir d'une quelconque légitimité, s'il ne fait l'objet d'un consensus de tous les signataires.
Une opinion répandue de longue date voudrait d'ailleurs que la loi d'amnistie, matière « hautement sensible », soit renvoyée à la prochaine législature. Selon elle, seule une chambre régulièrement élue serait revêtue de la légitimité suffisante pour statuer en la matière.
Mais en attendant, le temps passe. Les élections s'approchent et les lois essentielles sont soumises aux turpitudes des politiciens congolais. Au rythme bien sûr des agendas cachés pour faire échouer la transition. Décidément, l'appel au pardon et à la réconciliation nationale du cardinal n'a pas été entendu. La transition est toujours menacée à cause de la boulimie du pouvoir.
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