Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Mgr Victor Tonye Bakot : "L'Eglise catholique combat cette perversion morale"

Essama Essomba

30 Novembre 2005


Mgr Victor Tonye Bakot, archevêque de Yaoundé, explique pourquoi l'Eglise catholique combat l'homosexualité

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI vient de faire un vigoureux rappel sur la position de l'Eglise catholique concernant la question de l'homosexualité. Il demande notamment que soit combattue l'homosexualité. Pouvez-vous nous expliquer davantage les tenants et les aboutissants de cette prise de position ?

Le 4 novembre 2005, en la fête de St Charles Borromée, patron des séminaires, le cardinal Xénon Grocholewski, avec l'approbation du Pape Benoît XVI, a publié une instruction sur les critères de discernement vocationnel au sujet des personnes présentant des tendances homosexuelles en vue de l'admission au séminaire et aux ordres sacrés.

La présente instruction veut rappeler que tout candidat au ministère ordonné doit atteindre la maturité affective, c'est-à-dire une telle maturité le rendant capable d'avoir des relations justes avec les hommes et les femmes de manière à ce qu'il puisse exercer une véritable paternité spirituelle envers les hommes et les femmes qui lui sont confiés.

Déjà le 3 juin 2003, le cardinal Joseph Ratzinger, alors président de la doctrine de la Foi publiait des considérations à propos des unions entre personnes homosexuelles. Il affirmait alors au n°4 dudit document : " le mariage est saint alors que les relations homosexuelles contrastent avec la loi naturelle. Les actes homosexuels en effet ferment l'acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d'une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient donc pas recevoir approbation en aucun cas ".

Dans l'Ecriture Sainte, les relations homosexuelles sont condamnées comme des dépravations graves (Rom . I, 24-27). Ce jugement de l'Ecriture confirme que les actes de l'homosexualité sont intrinsèquement désordonnés.

Pour revenir à l'instruction du Cardinal Grocholewski, les actes homosexuels sont à considérer comme des péchés graves. Quant aux tendances homosexuelles que présentent un certain nombre d'hommes et de femmes, elles sont aussi objectivement désordonnées. A la lumière de cet enseignement de la Congrégation pour l'Education Catholique, en accord avec la Congrégation pour le Culte Divin et des Sacrements, il nous apparaît important d'affirmer clairement que l'Eglise, tout en respectant les personnes concernées, ne peut admettre au séminaire et aux ordres sacrés ceux qui pratiquent l'homosexualité, présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées.

Néanmoins, au cas où il s'agirait de tendances homosexuelles qui seraient l'expression d'un problème transitoire, celles-ci doivent de toute façon être dépassées trois ans au moins avant l'ordination diaconale.

En conséquence, tout candidat au sacerdoce sera soumis avec confiance au discernement de l'Eglise qui à tout moment peut écarter un candidat non idoine, c'est-à-dire qui ne remplit pas les conditions pour être ordonné.

Du reste, nous devons noter que, d'une manière générale, le seul désir de devenir prêtre n'est pas suffisant et il n'existe pas de droit à recevoir des ordres sacrés, et ce droit appartient à l'Eglise.

N'oublions pas notre catéchisme d'antan : qui peut devenir prêtre ? Celui que Dieu a choisi et qui reçoit l'approbation de l'Evêque.

La question de l'homosexualité des prêtres ou des religieux, voire des laïcs, est-elle d'actualité au Cameroun ? Avez-vous eu connaissance de cas précis et comment ont-ils été traités ?

Ainsi que je vous le disais tantôt, le cardinal Joseph Ratzinger s'est penché sur le problème de l'homosexualité en tant que phénomène social et moral dans le monde, et surtout dans certains pays ayant accordé une reconnaissance légale ou entendent le faire, en accordant à certains cas la capacité d'adopter des enfants.

Il apparaît à la lumière de ce qui précède qu'il revient à l'Eglise la noble mission de protéger et de promouvoir la dignité du mariage fondement de la famille, mais aussi de promouvoir la solidarité de la société dont la famille est une partie constitutive. L'homosexualité devient un phénomène de société. Même dans notre pays le Cameroun, il ne serait donc pas exclu que de telles pratiques se retrouvent dans nos établissements secondaires privés et publics, et qu'ils puissent éventuellement se retrouver dans des maisons de formation spécialisées. D'où la nécessité d'être vigilants dans le recrutement et l'accompagnement des jeunes qui se destineraient au sacerdoce ou à la vie religieuse consacrée. Ce qui justifie l'instruction du cardinal Grocholewski approuvée par le Saint Père.

En revanche, des voix s'élèvent pour dénoncer des comportements de plus en plus courants d'homosexuels dans notre société camerounaise. On parle même de couples déstabilisés ou dans lesquels des femmes ont dû quitter leur ménage parce que ne supportant pas ces pratiques. D'autres auraient été chassées pour mettre à l'aise des personnes ayant opté pour l'homosexualité. Certaines personnes, par la recherche des promotions, paieraient le prix en acceptant de devenir homosexuelles, sans oublier qu'on note aussi, d'après les informations reçues, le fait que la paupérisation des jeunes en milieu urbain et rural pousserait ceux-ci à devenir homosexuels pour trouver un emploi. Ce phénomène de société prendrait de l'importance dans nos grandes villes, puisqu'on parle de plus en plus aujourd'hui de " couches pour hommes " vendues dans nos supermarchés.

Quelles sont les mesures prises ou envisagées dans l'archidiocèse de Yaoundé pour combattre l'homosexualité dans les séminaires, les couvents, et autres lieux clos, voire les paroisses ?

Il me semble difficile de localiser de telles aberrations qui se situent aux antipodes de notre société traditionnelle qui abordait les questions de sexualité avec unes très grande pudeur et un respect religieux.

Autant il revient à l'Eglise de combattre cette perversion morale, autant nous devons interpeller les pouvoirs publics qui devraient indiquer des lignes de conduite qui promeuvent et défendent le bien commun de la société. Et ce bien commun est, entre autres, la famille et le mariage. Les pouvoirs publics doivent travailler à ce que le droit positif ne vienne contredire le droit naturel voulu et posé par Dieu dès l'origine. Les législations favorables aux unions homosexuelles sont contraires à la raison, et n'oublions pas que la loi civile ne peut entrer en contradiction avec la droite raison sans perdre la force d'obliger la conscience.

En ce qui concerne l'Eglise, il importe de revenir sur l'enseignement officiel de l'Eglise sur le mariage et la nécessaire complémentarité des sexes. Le mariage n'est pas une union quelconque entre personnes humaines ; il a été institué par le créateur. Il faut donc retenir cet enseignement important de l'Eglise :

1. Le mariage n'existe qu'entre deux personnes de sexes différents qui, par le moyen de la donation personnelle réciproque, propre et exclusive, tendent à la communion de leurs personnes. Aucune idéologie ne peut et ne doit effacer de l'esprit humain cette certitude.

2. L'homme, image de Dieu, a été créé homme et femme. Ils sont égaux et complémentaires, en tant que masculin et féminin.

3. Le mariage est institué par la Créateur comme un état de vie dans lequel s'effectue la communion des personnes. " Aussi, l'homme laisse-t-il son père et sa mère, et ils deviennent une seule chair " (Gen. 2, 24).

4. L'union de l'homme et de la femme est une participation spéciale à l'oeuvre créatrice de Dieu qui a béni l'homme et la femme en leur disant : " Soyez féconds et multipliez-vous " (Gen. 1, 28).

En conclusion

La doctrine de l'Eglise est restée stable et constante concernant la morale sexuelle et familiale. Elle ne peut pas changer au gré des idéologies et des avatars de l'histoire comme le rappelle constamment le document " Familiaris Consortio " (Les tâches de la famille chrétienne, 1981). De la mission qu'elle tient du Christ d'enseigner toutes les nations, l'Eglise se doit de se prononcer sur tous les phénomènes de la société et sur toutes les réalités du monde de ce temps ( cf. Gaudium et Spes n°1) à la lumière du seul critère exclusif qui est la parole de Dieu.

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