Kgm
30 Novembre 2005
Kinshasa — C'est ce qu'on craignait qui est finalement arrivé. Mardi dans la soirée, le Ministre de la Presse et Information, Henri Mova Sakanyi, est monté au créneau dans un communiqué au vitriol.
Ce dernier se voulait une réplique, pour le moins cinglante, au dernier communiqué du Comité International d'Accompagnement de la Transition daté du 25 novembre. Communiqué dans lequel le CIAT avait fustigé la corruption, les retards dans la gestion des dossiers sensibles de la transition, les agendas cachés dans le chef des animateurs des institutions. Le CIAT avait particulièrement déploré le développement des pratiques maffieuses autour de la paie de la solde des militaires et policiers. En même temps, il avait dénoncé le peu d'empressement du gouvernement dans la définition d'un nouveau cadre de collaboration avec les partenaires sur la question de la gestion de l'armée, objet du fameux rapport EUSEC.
Le ton monte Ce qu'il faut dire à la lecture du communiqué du Ministre de la Presse et Information, c'est que le gouvernement n'y est pas allé par le dos de la cuillère en réservant une véritable volée de bois vert au Comité International d'Accompagnement.
Les termes choisis ne laissent en fait subsister aucune ambiguïté sur les sentiments du gouvernement. Quant aux intentions des autorités congolaises, on peut à juste titre se demander si l'objectif poursuivi n'est pas d'empoisonner le climat politique et d'anéantir toute perspective de sortie de crise au moment où, sous la pression du Conseil de sécurité, le Comité International d'Accompagnement entame de grandes consultations politiques.
Perplexes, les observateurs se demandent quelle mouche a pu piquer le gouvernement pour qu'il perde à ce point son sang froid et rentre sans ménagement dans le CIAT.
" Ce n'est pas en agitant la rue que le CIAT accomplirait sa tâche " a accusé, sans prendre des gants, le gouvernement. Dont le communiqué surfe dangereusement sur le registre " souverainiste " : " la gestion de l'Armée relève de la souveraineté du pays ", rappelle le communiqué, avant de condamner le " propos discourtois ", la " provocation ", les " actes d'ingérence dans les affaires intérieures et d'humiliation du peuple congolais ". Cerise sur le gâteau du partenariat, le communiqué conclut sur des accents ultranationalistes : " La République Démocratique du Congo n'étant pas une colonie, n'a pas d'autorité au dessus d'elle. Aussi rappelle-t-elle que l'assistance à un Etat ne doit pas être assimilée à l'esclavage ni à l'asservissement"
Le CIAT dos au mur Que va faire le comité International d'Accompagnement face à une rhétorique qui n'est pas sans rappeler l'épisode de mai et juin 2004 lorsque le même type de discours avait jeté contre la Monuc des foules de jeunes déchaînées après la chute de Bukavu aux mains des insurgés. Pour le reste, les accusations sont si graves qu'il sera difficile de faire semblant ou de les balayer avec juste un geste de la main.
Les analystes à Kinshasa rappellent pour leur part que le CIAT est une institution de la Transition et qu'à ce titre il est malaisé de lui demander d'adopter une altitude de stricte réserve. Bien au contraire, face aux nombreuses preuves d'amateurisme, de dysfonctionnement, d'incompétence, d'inexpérience, de mauvaise gouvernance et de pratiques maffieuses décriées par les Congolais à travers la formule 1+4=0 et dénoncées par le CIAT dans ses différents communiqués, le Comité International d'Accompagnement passerait aux yeux de l'opinion pour complice de l'effondrement de l'Etat congolais et de l'enracinement de la crise s'il ne décidait pas de tailler dans le vif plutôt que de se contenter de simples déclarations d'intention sans aucun impact. D'ici là, force est de constater que le gouvernement, au lieu de regarder les choses en face, a choisi la voie de la surenchère et de la recherche du bouc émissaire en accusant le CIAT de jouer à la déstabilisation, à l'intoxication et à la manipulation. " Le gouvernement de la République, écrit Henri Mova Sakanyi, attire l'attention de l'opinion en général et du CIAT en particulier sur les conséquences que pourraient avoir de telles affirmations sur le moral et la discipline dans l'armée. Le CIAT, institution d'accompagnement de la Transition, se doit d'adopter une altitude de réserve de manière à éviter de tomber dans le piège de l'intoxication et de la manipulation ". Une diatribe qui ressemble, à s'y méprendre, à une véritable déclaration de guerre. Ci-dessous le communiqué du CIAT et la réplique du gouvernement.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2005 Le Phare. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.