Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Gouvernement-Ciat : chien et chat

Willy Kabue

2 Décembre 2005


Kinshasa — Entre le gouvernement et le Ciat, c'est désormais la bouderie. Pour ne pas dire des relations tendues du type chien et chat. Le Ciat s'est exprimé, sans porter des gants, sur les agendas cachés des animateurs de la transition. La réplique du porte-parole du gouvernement ne s'est pas fait attendre.

Réponse du berger à la bergère, le porte-parole gratte sur la corde sensible de la souveraineté nationale et rappelle les us et coutumes diplomatiques. Ramazani Baya, ministre des Affaires étrangères, embourche la trompette pour un quart d'heure académique sur la diplomatie.

Les violons ne s'accordent plus entre le gouvernement et le Comité international d'accompagnement de la transition (Ciat). Et pour cause. Le dernier communiqué de ce dernier dans lequel il recommande à l'Exécutif congolais de réserver sans délais une suite à des questions redondantes qui ont fini par lasser. Révoltés par l'insouciance des dirigeants de la transition, les représentants de la communauté internationale dans les institutions de la Rdc ont décidé de rompre avec le langage diplomatique dont se plaisaient ces derniers.

La gravité des faits est telle que le Ciat a mis fin au langage habillé et plein de tournures liées à la courtoisie qui caressait le gouvernement dans le sens du poil. C'est que l'attitude vis-à-vis de son partenaire a également changé. Pour ce faire, il a plongé sa plume dans une encre dosée au vitriol pour bien exprimer son ras-le-bol. Plus de fioritures pour appeler le chat par son nom : agendas cachés, mauvaise gouvernance, corruption, détournement de la paie des militaires, absence de coopération pour des questions vitales visant une bonne fin de la transition.

Comme il fallait s'y attendre, le communiqué du Ciat a fait mouche. Et très vite, la moutarde est montée au nez du gouvernement ou de son porte-parole. Car, des sources diplomatiques indiquent avoir reçu la réprobation de certaines composantes qui ne se reconnaissent pas dans ledit communiqué imputé au gouvernement. Ce qui aurait accentué leur ire.

Cela dit, le communiqué du Ciat a poussé le porte-parole du gouvernement à monter sur ses grands chevaux pour vider ses tripes et boyaux. Il s'est empressé de qualifier l'attitude du Ciat de provocation. Selon lui, «le Ciat s'est évertué à discréditer le gouvernement en l'accusant de poursuivre des agendas cachés et de pratiquer la corruption». «Le gouvernement ne tolérera pas les actes d'ingérence dans les affaires intérieures et d'humiliation du peuple congolais», a fait savoir le porte-parole du gouvernement, oubliant que le Ciat est membre des institutions de la transition (Cfr Constitution de la transition).

Fulminant de rage, le porte-parole du gouvernement s'est improvisé redresseur de torts : «La Rdc, n'étant pas une colonie, n'a pas d'autorité au dessus d'elle, aussi rappelle-t-elle que l'assistance d'un Etat ne doit pas être assimilée à l'esclavage ni à l'asservissement».

Jusqu'à quand va durer la bouderie entre les deux partenaires? Difficile à dire. Toutefois, l'on peut s'interroger. A quoi servirait un tel sursaut d'orgueil quand l'accompagnement de la communauté internationale se traduit en termes de prise de plus de 55 % du budget national? De quelle souveraineté peut-on se prévaloir quand la communauté internationale paie les militaires et les policiers, puissance publique qui permet à un Etat de défendre son indépendance et son intégrité territoriale?

SOUVERAINETE MITIGEE

Que dire du social auquel participent substantiellement les apports extérieurs? Le Fonds social de la République (Fsd) n'est pas financé par les recettes de l'Etat congolais, que l'on sache. Encore moins la réhabilitation des routes ainsi que la réforme des entreprises publiques dont le Copirep et autres structures s'occupent en ce moment même.

La Belgique a entrepris l'équipement des brigades brassées, après une formation assurée par les soins de l'Union européenne. L'Upi (unités de police intégrée) est entièrement prises en charge par l'Union européenne. Les vice-présidents et les ministres ainsi que les présidents des institutions d'appui à la démocratie ont été véhiculés et logés par les partenaires extérieurs de la Rdc. Les ministères sont équipés et leurs bâtiments repeints avec des fonds dégagés essentiellement par l'Union européenne. Ce n'est pas très loin d'une tutelle. Quand bien même ces partenaires extérieurs se défendraient de vouloir sortir la Rdc de l'ornière et l'aider à devenir un Etat normal sur l'échiquier international.

Que reste-t-il de la souveraineté nationale? Le nationalisme et le patriotisme que se disputent les Congolais soit individuellement, soit en groupe? Ne nous leurrons pas. Sans production interne, malgré le mirage du potentiel minier et autre, nous ne pouvons pas nous passer de la communauté internationale. Nous avons besoin de son accompagnement, même si un brin de poursuite de quelques intérêts économiques et financiers ne serait pas à exclure.

Se révolter contre le Ciat en ce moment procéderait d'une manoeuvre tendant à prolonger la transition. Est-ce que la communauté internationale va donner dans le jeu des réparties faciles avec le gouvernement de transition? Rien ne le prouve car, aux dernières nouvelles, le Ciat aurait préféré le silence à un dialogue des sourds. Il aurait retenu sa colère face à des partenaires qui ne pigent pas qu'ils ont tout à gagner à coopérer avec les bailleurs de fonds.

Ce qui est vrai, c'est que selon certains analystes, le désengagement de la communauté internationale en ce moment précis équivaudrait à l'échec de la transition. Ce qui ouvrirait la voie à la reprise de la guerre avec comme conséquence la balkanisation de la Rdc. A qui profiterait une telle perspective? On doit y réfléchir par deux fois et reprendre le dialogue en remplissant chacun sa part du contrat signé à Sun City. Car, la souveraineté nationale, c'est être un interlocuteur valable. Au sens plein du terme.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2005 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Congo-Kinshasa

Rubriques